Le tsunami japonais a notamment frappé l’industrie automobile


L'industrie automobile est pratiquement à l'arrêt au Japon. (Ph. EPA).

Après le séisme, de nombreux secteurs économiques sont à l’arrêt au Japon, y compris l’industrie automobile, deuxième exportateur mondial et symbole du dynamisme japonais qui a longtemps impressionné les observateurs occidentaux qui ont tenté de s’en inspirer.

Impossible de ne pas être marqué par ce qui se passe au Japon depuis quelques jours, entre l’horreur des conséquences du Tsunami et le spectacle de l’angoisse grandissante des « Tokyoïtes » face à un éventuel nuage radioactif qui pourrait se rapprocher d’une agglomération de 35 millions d’habitants. A vrai dire, en tant que journaliste automobile, on y est très sensible, pour avoir eu l’occasion à de nombreuses reprises ces vingt dernières années, au rythme du Salon bisannuel de Tokyo, d’approcher, à défaut de connaître,  ce peuple très particulier dont la dignité face au drame humain ne cesse de nous étonner aujourd’hui. De la même façon qu’après avoir découvert le site d’Hiroshima et le musée à l’entrée duquel un compteur continuait à enregistrer les victimes succombant à la  bombe atomique plusieurs dizaines d’années après 1945, il était difficile si  non impossible d’aborder ce sujet avec un interlocuteur local.

Entre tradition et modernité, entre religion et pragmatisme, nous avons perçu par touches successives l’évolution de  ses travailleurs à la fois humbles et conscients de leur valeur, imprégnés jusqu’à l’excès du sens de la hiérarchie et dont la volonté de progresser et le sens du travail organisé et soigné justifient encore aujourd’hui la fiabilité des voitures nippones, malgré les problèmes de Toyota aux origines partiellement politiques.

En revanche, la dévotion au travail n’est plus nécessairement partagée par toutes les jeunes générations actuelles et, malgré une évolution sensible  depuis le roman à succès d’Amélie Nothomb, l’égalité hommes-femmes n’est pas encore vraiment d’actualité. Et puis, en référence au drame actuel de tout un peuple, l’occasion nous a été donnée à diverses reprises de constater que la rigidité des structures ne n’accommodait guère du moindre imprévu et laissait peu de place  l’improvisation.

Nous en étions là en octobre 2009, après avoir parcouru un Tokyo Motor Show durement touché par la crise économique et les forfaits des marques étrangères, au point qu’on se demandait s’il y aurait une suite. Celle-ci était bien prévue et confirmée par l’annonce à Genève début mars du déplacement de l’exposition dans des halls plus proches du centre de Tokyo. Des prévisions qui ont perdu toute signification aujourd’hui, alors que l’industrie automobile est frappée de plein fouet par les événements en cours. Le choc est d’autant plus fort que, de longue date, les usines fonctionnent suivant le principe du « just in time » et du « kanban » (= étiquette), c’est-à-dire à la demande. Pour limiter les stocks et réduire les coûts, les pièces et composants sont livrés par les soustraitants en fonction des besoins et à un rythme parfois quotidien. L’état du réseau routier actuel a bien sûr stoppé ces livraisons, de la même manière que les ports dévastés de la côte orientale empêchent partiellement les exportations. Le voyage durant en moyenne six semaines, c’est donc dans un mois et demi qu’on pourra évaluer la pénurie de véhicules et de pièces en provenance du Japon qui produit une voiture sur dix dans le monde.

En pratique:

– Honda a fermé les usines de Sayama, Ogawa, Tochigi, Hamamatsu et Suzuka et la production de l’usine de Kumamoto est suspendue jusqu’au 20 mars. Honda va aussi participer à la reconstruction des régions dévastées en fournissant une aide  de 300 millions de yens et 1.000 groupes électrogènes.

– Toyota prolonge l’arrêt de ses usines jusqu’au 22 mars et la production de pièces destinées aux usines étrangères reprendra le 21 mars. Les livraisons en Europe ne devraient pas être affectées. Toyota va aussi offrir 300 millions de yens pour aider à la reconstruction.

-Nissan prolonge la fermeture des sites d’Oppama, Tochigi, Yokohama et Shatai  jusqu’au 20 mars, alors que les usines de Fuji et Fujinomiya ont été touchées par le séisme de ce mardi.

–  Mazda, peu touché,  prolonge la fermeture de ses usines d’Hiroshima et de Hofu jusqu’au 20 mars.

– Suzuki a fermé toutes ses usines japonaises jusqu’au 22 mars.

Et si les usines rouvrent leurs portes dans quelques jours, la production risque d’être à nouveau stoppée rapidement, faute de pièces mais peut-être aussi de courant…

En dehors de la production locale, d’autres constructeurs vont subir les conséquences de la catastrophe. Ainsi, Ford reçoit les batteries de ses véhicules hybrides de Sanyo et General Motors a beaucoup de fournisseurs au Japon. La question aujourd’hui est de savoir quand le Japon pourra retrouver une production normale et qui profitera, notamment en Corée du Sud et en Chine, de la situation actuelle.

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3 réflexions sur “Le tsunami japonais a notamment frappé l’industrie automobile

  1. Je pense que personne ne profitera de cette situation. Tous les producteurs de voitures dans le monde ont des fournisseurs japonnais ( en première, seconde ou troisième ligne). il suffit qu’il manque une pièce pour que la voiture ne puisse pas être livrée. C est donc l’ ensemble de l ‘industrie qui sera touchée.

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  2. Deux informations à cet égard: anticipant un arrêt prévu pour adapter sa production à la demande, Ford Genk va fermer pendant une semaine afin d’être sûr d’avoir des pièces en temps voulu; d’autre part, les problèmes d’une quarantaine de sous-traitants japonais, dont Hitachi qui fournit des composants électroniques pour des moteurs diesels, affectent des marques travaillant à flux tendis comme PSA Peugeot Citroën et Renault. Elles ont déjà ralenti les cadences dans les usines européennes, parfois entre 40 et 50 % de leur rythme normal. La chaîne de la 207 est ainsi à l’arrêt à Poissy.

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