Diesel: pas d’hypocrisie


Après avoir largement encouragé l'achat de voitures à moteur diesel, le futur gouvernement pourra-t-il pénaliser brutalement ce choix à l'usage? Ph. ALAIN DEWEZ/ LE SOIR.

OPINION. Nos quatre ministres belges de l’Environnement reprochent à la Belgique de mener une politique pro-diesel, sans tenir compte de l’effet de ce carburant sur la santé. N’auraient-ils pas pu y penser plus tôt?

La mobilité automobile, plus personne ne l’ignore, est à un tournant, même si son futur prendra encore un peu de temps à se dessiner. L’opportunité ou non de privilégier le carburant diesel en fait partie. Les constructeurs automobiles en sont bien conscients et, face à de nouvelles réglementations européennes antipollution qui ne prendront plus en compte que le seul C02, ont développé des systèmes de dépollution des moteurs diesels et multiplié parallèlement de nouveaux moteurs essence de plus petit gabarit, plus sobres et parfois turbocompresssés. Dans un horizon plus lointain (2050), la Commission Européenne veut interdire l’essence et le diesel en ville  et favoriser de ce fait les voitures électriques.

Que les moteurs diesels, émetteurs d’oxydes d’azote et de particules fines, soient peu adaptés à la ville, des scientifiques le disent depuis des années. Le constat est d’autant plus vrai que les filtres à particules, s’ils n’ont pas le temps de chauffer – c’est le cas sur une distance de quelques kilomètres- , sont totalement inefficaces. Et lorsqu’ils fonctionnent, ils laissent encore passer 1 à 2% des particules très fines considérées comme les plus dangereuses. Par l’intermédiaire de l’air ambiant, les personnes fragilisées subissent donc une pollution   qui se traduit par une gêne respiratoire,  la toux, des maux de gorge ou une irritation des yeux. Ces mêmes particules, parfois agglomérées à d’autres, peuvent aussi provoquer des crises d’asthme.

En revanche, comme on le sait, le développement des moteurs diesels permet toujours d’atteindre des consommation sensiblement plus basses et de concurrencer largement à ce chapitre les moteurs à essence et même les véhicules hybrides. Avec un effet collatéral bien connu et largement mis en évidence depuis l’évocation des risques de réchauffement de la planète: des rejets de C02 largement inférieurs.

Sur base de ce dernier constat, plusieurs constructeurs, surtout français, se sont fait le chantre des moteurs diesels qui ont envahi de nombreux marchés européens. Le diesel n’est donc pas uniquement une histoire belge et concerne par exemple 70% des immatriculations en France.  Soucieux de réduire eux aussi les rejets de C02 tout en rajeunissant le parc automobile et donc sa pollution globale, nos gouvernants, encouragés bien sûr par les principaux distributeurs de voitures, ont pris les mesures que l’on connaît. Avec un succès qui a peut-être dépassé leurs espoirs: plus de 30% des immatriculations actuelles de nouvelles voitures sont liées aux primes.

Un soutien exagéré? Peut-être,  mais le fait est là. De bonne foi, quelque 160.000 Belges ont acheté l’an dernier une voiture dite « propre ». Parfois en investissant un supplément dans un filtre en particules ou en décidant dans le même temps d’adapter une conduite plus responsable. Lorsqu’un gouvernement sera enfin formé, sera-t-il en droit de modifier dans la foulée des accises ou, d’une manière ou d’une autre, l’usage des voitures à moteur diesel? Ce serait pour le moins hypocrite. La remarque vaut aussi pour les voitures de société où, fiscalement, le choix d’un moteur diesel a été largement encouragé. Des choix discutables mais à assumer dans l’immédiat, avant de repenser ses priorités pour l’avenir avec des vues à un peu plus long terme. Et à propos, où en sont les infrastructures nécessaires  au développement des voitures électriques? Pas vraiment loin, on le sait.

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13 réflexions sur “Diesel: pas d’hypocrisie

  1. Si c’est pour remplacer les moteurs diesels par l’électricité, c’est transposer le problème: l’électricité est produite soit par le nucléaire soit par le fuel…. J’ai un véhicule diesel avec filtre à particule, il consomme 20% de moins que le même véhicule à essence et les entretiens se font tous les 30.000 km. Le jour où les véhicules électriques auront une autonomie suffisante et des prix abordables, alors peut-être ….du moins si l’électricité est produite de façon non polluante.

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  2. Certains rappels me paraissent nécessaires ! 1°) Le CO2 n’est pas un polluant, mais un constituant naturel de notre atmosphère produit par toute activité humaine, animale et végétale. Un des ses effets est qu’il retient le rayonnement solaire comme d’autres gaz tel que le méthane (60% de l’ensemble des gaz à effet de serre) ! 2°) Il n’y a pas plus polluant que les moteurs diesel à cause de la production de micro-particules presque aussi néfaste que les particules d’amiantes et responsables d’un grand nombre de maladies respiratoires, de cancers et d’allergies ! 3°) Les filtres à particules ne servent à rien pour les micro-particules !!!!! Argument préféré de l’industrie automobile européenne (qui a tout misé sur le diesel) pour nous tromper en nous faisant croire le contraire !!!

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    1. Entièrement d’accord, le problème est que tout a été misé sur le mazout à grand renfort de campagnes lobotomisantes que tous les petits moutons ont suivi scrupuleusement en ayant bonne conscience, « je suis écolo, je n’émets que 99gr de ce diable de CO² », laissez moi rire.
      La plupart des conducteurs de diesel ne roulent pas suffisamment pour amortir le véhicule, le problème est qu’ils ont été convaincus par des vendeurs hors pair qui gagnent bien plus à vendre des diesels (dictats des fabricants).
      Je l’ai dit tout à l’heure, je roule au gaz et j’en suis très content, ma berline familiale relativement puissante me coûte une citadine diesel au km, cqfd…Le tout sans rejeter la moindre particule qui enfume nos villes.
      J’adore la campagne d’une marque française (je pars en R….T, je reviens en vélo…) où l’herbe pousse après le passage d’une voiture, de qui se moque t-on ?
      Dernière chose, j’espère que les utilisateurs de diesel n’auront pas à changer un injecteur ou pire, une pompe d’injection ou encore une vanne EGR, ces réparations décuplent les frais au km, j’attends les retours des pannes du régénérateur du FAP, on va rire…..
      Pour résumer, je comprends qu’on achète ces véhicules pour des raisons économiques, mais il faut y réfléchir à deux fois et surtout ne pas se laisser influencer par les palabres de bonimenteurs qui ne voient que leur commissions à la vente.

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    2. Avant 2000, Le Soir a publié un de mes articles sur la nocivité du Diesel ! Tout était connu dès cette date mais le lobby du diesel ( VAG et marques françaises e.a.) ont fait le reste pour favoriser cette calamité !
      Honte à nos politiciens de n’avoir rien fait car une catastrophe sanitaire va se révéler ds qq années !!!! Reynaerts Guy 4670 Blegny

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  3. C’est très bien. Donc, pendant des années, on nous a venté les mérites du Diesel, nous nous sommes donc acheté des voitures roulant au Diesel, croyant que le Diesel était plus propre, se disant que l’on ferait des économies d’énergie et voilà qu’aujourd’hui, on décide d’augmenter les prix de ce carburant alors que les prix flambent déjà. C’est très bien. Ca va ravir deux ou trois écologistes qui ne pigent malheureusement pas qu’un véhicule est nécessaire entre autres aux citoyens malades ou handicapés, ou aux personnes qui vivent dans des campagnes reculées. Tant mieux pour eux. Ceci dit, à force de tirer sur la corde sans proposer de solution alternative (et si on roulait à d’autres énergies ?), on risque bien d’atteindre un point de non retour et les conséquences seront bien difficiles à maîtriser.

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  4. Tout changement doit être graduel Le diesel est nuisible (et peu rentable pour ceux qui roulent peu/des courtes distances) certes. Mais : préconiser un changement trop rapide serait punir tous les consommateurs qui on décidé d’acheter une diesel en faisant confiance a la politique en vigueur jusqu’à présent.

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  5. Attention aux généralisations. Je suis particulier, mais j’ai volontairement payé (de ma poche, donc) un supplément de 2000 EUR à l’achat de ma voiture actuelle (break familial, moteur diesel) pour l’équiper d’un filtre à particules. Je consomme 3.7 l aux 100 (données constructeur; mais pas plus de 4l d’après mes relevés à la pompe, sur environ 60000 km). J’ai choisi cette voiture en particulier selon des critères écologiques (FAP, mais aussi absence d’airco par ex) et je pratique l’éco-conduite. Donc vouloir affubler le diesel de tous les maux de la terre, c’est un peu facile. Il faut aussi et surtout tenir compte des comportements des acheteurs/conducteurs ! Dans un sens, comme dans l’autre.

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  6. Et combien de temps faudra-t-il encore pour se rendre compte que les cartes essences (diesel en fait) des voitures de société sont un chèque en blanc pour polluer gratis ? Que si ça fasse plaisir à certains d’avoir une voiture de société soit, mais le fait d’utiliser ce carburant polluant sans payer ne responsabilise certainement pas les gens à au moins l’utiliser avec parcimonie. Supprimer les cartes diesel est une mesure qui peut être prise au niveau belge sans problèmes (pas de concurrence avec les autres pays européens.

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  7. Le problème, ce sont les microparticules. Je propose d’essayer de piéger ces particules en faisant circuler les gaz à la sortie du pot dans un compartiment rempli d’eau qui les condensera. Il faudra changer l’eau tout les mille km dans un endroit prévu à cet effet. Ca ne couterait pas grand chose, beaucoup moins que de passer au gaz dont aucun moteur actuel ne support la sécheresse de l’explosion au niveau des soupapes et de la culasse.

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  8. Il y a quelque chose d’indécent, d’opportunisme fuyant que de se voir remettre en temps opportun un rapport (scientifique ?) accusant le diesel d’être le chancre des pollutions de l’air, d’émettre collégialement une vindicte concertée qui préconise comme mesure d’urgence… de taxer les utilisateurs du carburant honni. Encore heureux s’il n’y a pas de taxation rétroactive… *** Je ne dis pas que le diesel est sans défaut, j’ai moi même opté pour un retour à l’essence mais je ne peux admettre qu’après l’avoir encouragé, on lui tombe dessus à bras raccourcis, sans nuance, sans délai et que, je vous en fiche mon billet, une campagne de culpabilisation accompagnera la sainte croisade dieselophobe. Mais oui, il n’y a qu’à invoquer le pollueur-payeur… *** Si au moins, ils avaient l’honnêteté de dire : « nous ne pouvons plus nous permettre de détaxer le gasoil routier… » mais non, des élections sont proches.

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  9. Pour avoir roulé 15 ans au diesel, 10 ans au LPG, et quelques années à l’essence, maintenant en hybride Toyota, je peux vous assurer que cette dernière solution est la meilleure alternative au diesel. Les problèmes des diesels: particules fines, NOx, entretiens chers, fiabilité moindre. Le problème du LPG: pas toujours pratique (coffre réduit, autonomie relativement limitée, pompes après 19h uniquement sur autoroute, etc…), installateurs compétents rares, et surtout garantie constructeur du véhicule supprimée. Le problème de l’essence: consommation encore élevée. Contrairement à ce que dit Mr de Partz, qui n’a pas l’air de bien connaître les hybrides, leur faible consommation n’est pas probante qu’en ville. Certes, sur autoroute, certains diesels font un peu mieux, mais avec 5l/100 km à 120 km/h, ma Prius ne se défend pas trop mal. D’autres part, les entretiens sont peu coûteux et les organes d’usures tiennent longtemps. La fiabilité est proverbiale. Les rejets de CO2 sont parmi les plus bas du marché. Les défauts des hybrides: moteur essence bruyant sous fortes accélérations, coffre souvent réduit (Auris HSD), agrément très différent, mais pas forcément moindre, sauf si l’on cherche un véhicule sportif. Mais ces véhicules ont aussi le grand avantage d’inciter à une conduite calme et coulée, ce qui n’était pas le cas de l’Opel Astra diesel que je possédais juste avant.

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  10. J’adore ces gens qui découvrent l’eau tiède ! Tous les amateurs d’autos connaissent depuis longtemps cette évidence, mais quand Yves de Partz l’écrit, on crie au lobby automobile et on ne commence à tendre l’oreille que lorsque des ministres le répètent.Avoir favorisé fiscalement ce poison qu’est le diesel est un scandale sanitaire. Je suis certain que cette sortie des quatre ministres fait suite à des études épidémiologiques révélant des hausses de cancers et autres joyeusetés provoquées par le diesel.
    N’oublions pas non plus que les normes EURO pour les bus, cars et camions permettent des rejets infiniment plus élevés que pour les voitures particulières ! Un bus, même avec 30 personnes à l’intérieur, c’est une arme chimique, n’en déplaise aux partisans des transports en commun-gratuits-pour-tous.

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  11. En Autriche et en Suisse, le prix du litre d´essence est plus faible que le litre de diesel. Donc uniquement les gros rouleurs utilisent un véhicule diesel, les autres roulent en essence, ce qui est logique. Le problème en Belgique et en France vient des constructeurs français et du groupe VW qui prônent le diesel.

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