Mieux partager l’espace public bruxellois


L'espace public appartient à tous. (Ph. ROGER MILUTIN, LE SOIR)

OPINION. Selon les déclarations du commissaire Johan Berckmans de la zone de police Bruxelles Ouest ce matin dans « De Morgen », les radars et caméras mobiles installés à Bruxelles flasheraient à partir de 57 km/h dans les zones « 30 » et à partir de 76 km/h dans les zones limitées à 50 km/h. En dessous de ces vitesses et à la demande du Parquet, les conducteurs ne seraient pas verbalisés.

Comme le signale un certain nombre d’internautes, il y a lieu de s’interroger sur les intentions éventuellement cachées de cette annonce peu en phase avec des PV récents reçus par des automobilistes dont l’auteur de ces lignes. Mais qu’importe. Le débat est ouvert et mérite qu’on s’y attarde à la lecture de commentaires mettant en évidence, si besoin était, un sentiment très présent dans un monde individualiste: le « chacun pour soi« . De quoi mettre en exergue « ces fous d’automobilistes qui ne respectent rien » ces cyclistes et piétons « ignorant le code de la route ou prenant la priorité au mépris de leur vie », voire ces politiciens locaux et régionaux « votant des décisions à l’emporte pièce et qu’ils sont incapables de faire respecter ». Quelque part, ces trois catégories de personnes existent bel et bien et, à travers nos comportements quotidiens, chacun de nous, à un moment ou l’autre, fait partie au moins des deux premières. Faut-il s’en étonner? Pas vraiment. Basé sur la compétitivité et la performance, le monde dans lequel nous vivons encourage ces comportements individualistes et le pouvoir politique, à défaut d’imaginer des mesures originales favorables à une meilleure cohabitation des usagers de la route, accumule les restrictions qu’il punit ponctuellement ou par des opérations coups de poing.

Dans le cas qui nous occupe, faut-il une fois de plus repenser l’organisation  du réseau routier bruxellois après la prise de mesures coûteuses et aux effets limités, de ces rétrécissements des rues favorisant bouchons et pollution aux casse-vitesses reportant le trafic vers d’autres rues via l’extension abusive des « zones 30″ou les sens interdits autorisés aux cyclistes? La complexité de nos structures régionales et locales sera un premier et long frein à l’adoption d’un plan global et plus cohérent, ce qui n’empêche pas d’y penser. Et à moins de placer un policier à chaque carrefour, le respect strict de mesures  actuelles tient de l’utopie.

En revanche, deux approches pragmatiques devraient favoriser une réponse au moins partielle. Comme on l’a réussi à travers les campagnes de « Bob », il doit bien y avoir de trouver à l’IBSR et dans d’autres administrations quelques têtes bien faites susceptibles d’imaginer des campagnes mettant le doigt sur ce qui empêche un meilleur partage de l’espace public, encourageant un autre comportement urbain et annonçant une sévérité ciblée et tenant du simple bon sens.

En parallèle, après avoir répertorié les vrais problèmes de sécurité routière en ville, pourquoi ne pas réprimer les abus manifestes de manière ferme et constante?  L’automobiliste sachant que devant telle école et à certaines heures les contrôles sont permanents se pliera aux règles; idem si la sécurité impose de ralentir le trafic dans tel boulevard ou tel tunnel ou d’empêcher les cyclistes ou les piétons de négliger le code de la route dans un carrefour précis.

N’en déplaise à la communication officielle, ce n’est pas ce qui se passe aujourd’hui où chacun peut multiplier les exemples de répression choisis en fonction de la probabilité de coincer le contrevenant avec des moyens techniques toujours plus sophistiqués. L’automobiliste, puisque c’est effectivement lui le principal coupable, a ainsi l’impression de jouer au jeu du chat et de la souris avec les autorités, ne ralentissant pas en fonction du danger mais bien du risque potentiel d’un PV. Et s’il écope de celui-ci, il l’attribue à « pas de chance » ou à la faute de la police qui « veut faire rentrer des sous ».

Loin de toute considération sociale ou politique, c’est pourtant bien, au-delà d’une répression inefficace, de la cohabitation au quotidien dont il s’agit. L’objectif est donc de dépasser ce « chacun pour soi » grandissant que l’on retrouve dans beaucoup de comportements, y compris sur les pistes de ski comme nous le disait récemment un secouriste. Sans prétendre refaire le monde ou faire du « préchi-précha », un peu de respect des autres dans l’espace commun serait au moins aussi efficace que tous les radars que l’on nous promet. Dans un sondage récent sur les comportements au volant, la France en a fait le constat amère.

Bref, au-delà des attaques dont elle est l’objet et du manque de subsides dont elle souffre pour développer notamment les transports publics, Bruxelles doit rester une ville conviviale grâce à ceux, Bruxellois ou non, qui y circulent!

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9 réflexions sur “Mieux partager l’espace public bruxellois

  1. De l’enfant à l’ado Il est inenvisageable aujourd’hui (en bien des endroits) de laisser encore les enfants jouer à proximité des routes, ce que tous les gamins de ma génération (je n’ai pas encore 40 ans pourtant) ont fait… Dans la pratique – ces « statistiques » de Touring et les commentaires de beaucoup sur ce forum tendent à le prouver -, ce sont les adultes éternels ados qui s’arrogent tous les droits au détriment de ceux des plus faibles (les petits, les usagers faibles…). Et dire qu’on parle encore parfois d’une société de l’enfant roi !

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  2. Il faut interdire tout véhicule motorisé dans le centre-ville. Le rendre aux vélos et piétons. Quitte a encourager les vélos-taxis de type tchuk-tchuk. L’air est devenir irrespirable. J’en ai encore fait les frais lors d’un rdv a un café trottoir a la bourse. Mes fringues puaient les échappements de voiture lorsque je suis rentrer, je n’évoque même pas les démangeaisons cutanées au visage. Stop aux voitures en centre urbain, toutes les voitures tant qu’elles ne seront pas électriques a 100 %.

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  3. Le seul et unique problème, c’est que l’excès en tout est un défaut! Des zones 30 sur des grands axes, soit permanentes, soit sans panneaux lumineux allumés seulement aux heures critiques sont excessives. Dans le même temps, beaucoup de conducteurs roulent de manière permanente à des vitesses inadaptées et de manière trop brutale, non respect des distances de sécurité, des priorités, stationnement sur les trottoirs, pistes cyclables,etc… De plus, beaucoup de gens ont des comportements d’achat inciviques (4×4, grosses cylindrées). Tout ce qui donne du grain à moudre aux talibans anti-voitures.

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  4. Bonne idée de parler des zones 30 pendant les congés. Aux USA, ils ont des feux clignotants qui ne sont allumés que lors de la présence d’enfants (rentrée du matin, sortie du soir,…). De plus, un membre de la police est souvent là à ces heures. Si les feux sont éteints, les gens roulent normalement suivant la limitation classique. Quand les feux sont allumés les gens roulent moins vite et sont vigilants. Si un automobiliste est pris à rouler trop vite, il est immédiatement mis en prison car il savait que les enfants étaient présents il est considéré d’avoir fait un acte délibéré afin de tenter de blesser des enfants. Ce système est efficace.

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  5. Pour qui a déjà roulé sur autoroute en Allemagne, il est frappant de constater que les automobilistes respectent les limitations de vitesse, passant du 250 au 120 dès le premier panneau. Peut-être parce que la limitation est adaptée à la réalité de la route ? Peut-être parce qu’on ne les prend pas pour des imbéciles ? Peut-être parce qu’on ne les prend pas (que) pour des vaches à lait ?

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    1. Je suis Allemande vivant en Allemagne et je ne veux pas vous décevoir mais de un les Allemands ne sont pas des fans des limitations et deux ils ne les respectent à peu près que si ils savent qu’il y a beaucoup de flashs!

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  6. Trop de petites infractions additionnées font que le sentiment d’incivilité domine. Et pas seulement à Bruxelles (c’est pas le nombril du monde !). Combien de zones 30 près des écoles en province sont signalées par un petit panneau rikiki, souvent haut perché et parfois dans la végétation ?? Combien de conducteurs utilisent encore leur clignoteur ??? Combien respectent encore les emplacements handicapés sur les parkings de grande surface ??? Finalement, tout le monde est devenu chacun un monstre d’égoïsme, enfermé dans son monde, avec un seul objectif dans sa voiture : que les autres s’évaporent…..! Mais à quoi sert-il de se plaindre, les égoïstes ne se regardent même plus dans une glace…

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  7.  » la prise de mesures coûteuses et aux effets limités, de ces rétrécissements des rues favorisant bouchons et pollution aux casse-vitesses reportant le trafic vers d’autres rues via l’extension abusive des “zones 30″ou les sens interdits autorisés aux cyclistes?  »

    Oh, la belle prise de position idéologique pro-voiture que voilà… Un blog sponsorisé par Touring ?

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  8. @interrogateur: il est clair que ces rétrécissements favorisent encore plus les bouchons. Je le vois bien quand je vais à Bxl. Certains endroits qui ne bouchonnaient que peu avant deviennent à présent de véritables calvaires. Tant que les pouvoirs publics n’amélioreront pas réellement les transports publics, ces mesures anti-bagnoles ne feront qu’aggraver le problème de pollution.

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