La Jaguar Type E, une quinqua revisitée à 200 km/h


Jaguar fête cet été le demi-siècle de la Type E, son modèle fétiche.
Jaguar fête les 50 ans de la Type E. L’occasion d’une prise en mains de cette voiture mythique dans la campagne anglaise.
Londres, Goodwood,

De notre envoyé spécial

C’était à Londres, en juillet dernier, dans les jardins du London Syon Park. Elles étaient toutes là avec leurs carrosseries clinquantes, prêtes à reprendre vie entre les mains d’une poignée de passionnés. Dans ce petit groupe, on pouvait distinguer l’accent typique de Coventry qui semble débiter la langue de Shakespeare à coups de cisaille.

Il y avait là une Jaguar – dites “Jag” – XK150 de 1958,  une 240 Saloon de 1969 et bien d’autres encore. Mais, ce sont les  Type E qui retenaient surtout l’attention. La marque de Coventry fête cette année le demi-siècle de son modèle fétiche, et le mythe qu’il incarne suffit à donner tout son intérêt à cette voiture.

“N’oubliez pas votre ceinture”, prévient notre pilote. Dans sa chemise blanche à l’écusson Jaguar, il nous explique qu’il a passé quarante ans de sa vie à travailler pour la belle marque. “Wonderful time!”. Aujourd’hui, à la retraite, il se porte invariablement volontaire lorsqu’il s’agit de faire prendre l’air à ces ancêtres. Belle loyauté, le patron doit être content, pense-t-on. John parle des “old timers” comme un enfant parle de ses jouets. Son regard cherche la route par-delà le capot longuissime de la Type E.

Conduire une telle voiture ramène à d’autres réalités. Dans les ruelles étroites qui sillonnent les quartiers proches de l’hôtel, la Type E est à l’étroit. On la sent rigide, mal à l’aise à la manoeuvre et dans les virages trop serrés. Les inévitables casse-vitesse torturent son châssis dans les craquements épouvantables de la boîte de vitesses. Mais lorsqu’elle se retrouve dans son élément, dans les longues lignes droites et les grandes courbes qui excitent son potentiel, alors la Jaguar est un félin malgré ses 50 ans.

“Le 12-cylindres s’accommode mal de la boîte de vitesse”, explique notre pilote. “Il est trop smooth pour elle”. En revanche, lorsque la machine est lancée, le moteur de 5,3 litres débite les chevaux en un flux continu. Et nous voilà à près de 200 km/h dans les allées du London Syon Park où des clients intrigués nous regardent passer comme des extraterrestres.

Un peu d’histoire

Un peu d’histoire? La Jaguar Type E, qui est aussi appelée Jaguar Type E au Royaume-Uni et Jaguar XK-E de l’autre côté de l’Atlantique, renvoie aux années fétiche de la marque anglaise. Présentée à Genève en 1961, elle sera produite jusqu’en 1975 et se déclinera en trois modèles (cabriolet, coupé et 2+2), trois séries et deux éditions limitées. Elle pouvait monter à 240 km/h,  selon les chiffres du constructeur (laissons tomber les miles et les galons, please, on s’en est fait une migraine).
C’est une tornade d’un type inédit qui déboule alors sur le marché automobile, à commencer par le marché américain qui l’accueillera mieux que tout autre. Au fil des années, les évolutions et les modifications seront nombreuses mais c’est bien l’abandon en 1971 du moteur 6 cylindres en ligne au profit d’un inédit V12 Jaguar qui fera sa renommée. Ce gros moteur nécessitera une grille de radiateur surdimensionnée… qui ne l’empêchera pas de connaître tout au long de sa carrière des problèmes de refroidissement.
En 1975 , la construction de la Type E sera abandonnée au profit de la XJS fondée sur la plateforme XJ. Moins sportive, elle sera aussi moins chère… La crise du pétrole vient de frapper l’Occident de plein fouet.
Plus de 70 000 exemplaires de Type E seront vendus pour le plus grand bonheur de Jaguar. Elle sera la voiture par excellence des Swinging Sixties, un symbole de cette période avec la mini-jupe et les Beatles. Elle jouera également les vedettes dans des dizaines de films au cinéma, de « Casino Royal » aux « Aventuriers » en passant par « Emmanuelle » ou les « Austin Powers ».
Pari sur l’avenir
Ce jour-là, après s’être arc-bouté au pare-brise de la Type E en bénissant les airbags de notre cher présent, on a dîné avec Mark Phillips, quadra tout en énergie cérébrale qui dessine l’intérieur des Jaguar actuelles. Mark nous a expliqué combien il est prenant et difficile de donner de nouvelles formes à une marque aussi ancrée dans la tradition que Jaguar. « Le marché est de plus en plus exigeant », a-t-il insisté, l’acheteur de la Jaguar dernier cri souhaitant avoir tout le confort et toute la sécurité modernes tout en revendiquant sa part d’histoire. Mark Phillips s’est toutefois montré optimiste quant à l’avenir de Jaguar, se plaisant à souligner combien il est épanouissant de travailler pour l’Indien Tata.
On s’en souvient. En 2008, après le lancement de la Nano, la voiture la moins chère du monde, le géant indien Tata avait annoncé avoir racheté à Ford les marques Jaguar et Land Rover, pour un montant de 1,4 milliard d’euros.  Le conglomérat indien entrait ainsi dans un secteur où il était absent jusque-là: la voiture de luxe.
Après des années difficiles, Jaguar s’attelle à reconquérir le marché du haut de gamme. Le constructeur n’a écoulé que 51.443 voitures l’an dernier. Ses volumes  ont légèrement baissé en 2010 alors que l’autre marque reprise par Tata, Land Rover, accroissait les siens de 26 %.  En avril dernier cependant, on pariait chez « Jag » sur « une croissance à deux chiffres » en 2011. Un sacré boulot, mais qui en vaut la peine, ne fût-ce qu’en raison de l’aura de la marque.
Jaguar n’oublie pas son passé. Pour preuve, la sculpture géante de 150 tonnes de la E-Type qui a tenu la vedette en juillet dernier au  Festival of Speed de Goodwood. Sa  structure composée de tubes d’acier évoquait les lignes épurées du célèbre modèle. L’auteur de cette sculpture de 28 mètres est le Britannique Gerry Judah. A quelques pas de là, trônant au milieu d’une organisation dont le professionalisme n’a pas fini de séduire, on pouvait également admirer les XKR-S, les Type C, D ou encore la XK120  de 1948.

All right Jag, go on!

PASCAL MARTIN

L’historique

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