Ronds-points: la surenchère


La multiplication des obstacles physiques à la circulation, dont les ronds-points, déresponsabilise le conducteur et conduit à une surenchère sans fin. (Ph. Pierre-Yves Thienpont)..

Dans une chronique du « Soir » de ce jour, le politologue Vincent de Coorebyter évoque la « civilisation du rond-point« , c’est-à-dire les dispositifs empêchant physiquement de  commettre des infractions mais dont la multiplication s’apparente à une surenchère, sans pour autant faire progresser les mentalités.

Les touristes belges se rendant autrefois en Grande-Bretagne découvraient une particularité de la circulation locale : le remplacement des feux rouges par des sens giratoires fluidifiant le trafic. Aujourd’hui, note  Vincent de Coorebyter, on assiste à la « civilisation du rond-point qui s’étend à un nombre toujours plus grand de carrefours, y compris sur des routes moins rapides ou moins dangereuses ». Le rond-point, rappelle le  politologue, « n’est qu’un élément parmi d’autres d’une foule d’aménagements de la voie publique qui procèdent de la même philosophie: forcer les automobilistes à se comporter de manière vertueuse en les empêchant physiquement de commettre une infraction ».

Cette obéissance forcée ne constitue en aucune manière un respect des règles

Et de citer les dos d’âne, rétrécissements de chaussées, casse-vitesses, barrières, zig-zags et sites propres inaccessibles aux voitures  qui transforment certains quartiers en jungle urbaine pour les automobilistes mais aussi pour d’autres usagers. Loin de fustiger les pouvoirs publics qui ont pris conscience de leurs responsabilités après une trop longue période où les accidents de la route faisaient figure de facilité, l’auteur s’inquiète en revanche de la multiplication de ces dispositifs: ils s’apparentent, dans un Etat, à la succession de lois presque  identiques parce qu’elles restent sans effet. Faute de pouvoir convaincre du bien-fondé des règles, on les impose physiquement,  « cette obéissance forcée ne constitue en aucune manière un respect des règles et  peut être interprétée en outre comme un encouragement, là où la voie reste libre, à contourner la loi ».

Ce « pas vu pas pris » régit effectivement de plus en plus la circulation routière à travers des comportements où se mêlent la nervosité (face aux pertes de temps provoquées par les  bouchons et les ralentissements artificiels), l’agressivité entre conducteurs et la transgression des règles: usage des bandes réservées aux transports publics ou aux véhicules tournant à gauche ou à droite, insertion forcée dans les files, passage des feux rouges, parkings sauvages sur les trottoirs encore accessibles.

En réaction, les pénalités pleuvent (100 euros pour deux roues sur un trottoir à un  endroit non autorisé) et les véhicules sont enlevés pour l’exemple même s’ils ne gênent pas le trafic, en plus des amendes salées pour excès de vitesse qui défrayent la chronique depuis de nombreuses années.Une politique qui fait le succès des systèmes permettant aux automobilistes de s’avertir entre eux de la présence de radars mobiles.

De prévention, il est rarement question en dehors de campagne d’affichage très discutables, malgré les outils disponibles dont des simulateurs de conduite aussi éducatifs que ludiques et des cours encouragés par les compagnies d’assurance mais onéreux. Et si la route tue heureusement moins – grâce aussi à la technologie des voitures modernes-, les bulletins en radio continuent à égrener chaque jour la liste des accidents plus ou moins graves.

A qui la faute? A l’automobiliste d’abord qui ne respecte pas les règles de bonne conduite et adopte des comportements purement individualistes que l’on retrouve moins dans d’autres pays que la Belgique. Aux pouvoirs publics ensuite qui, en l’absence de formation efficace à la conduite, de solutions  ou d’alternatives au trafic automobile, ont pris le parti de la fermeté à outrance. Avec un corollaire non négligeable, une « justice de riches », le coût des pénalités n’ayant pas la même valeur pour chaque contrevenant.

Jusqu’où faudra-t-il poursuivre l’escalade des aménagements et des sanctions pour obtenir des résultats satisfaisants?

La civilisation du rond-point

La surenchère des sanctions

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8 réflexions sur “Ronds-points: la surenchère

  1. C’est même pire que ça : certains rond-points sont dangereux. Avenue des croix de guerre récemment réaménagée, ils sont couverts de végétation qui empêche les automobilistes assis assez bas de voir ce qui se trouve de l’autre côté. Alors, ils ne voient rien à gauche, à droite, et ils foncent. Problème : ils se retrouvent souvent face à des piétons qui traversent. Et si comme l’hiver passé, il neige beaucoup, les voitures dérapent dans la pente pour emporter les bornes alentours. Auparavant, des voitures étaient garées au milieu de l’avenue, ce qui réduisait la visibilité sur toute la longueur et il n’était pas très facile de rouler à fond sur une si petite largeur. Résultat, j’ai assisté à une mort sur le long tronçon bien dégagé et à voir la vitesse pratiquée, ce n’est pas fini.

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  2. Les « autorités » perdent de vue un principe fondamental : une loi n’est respectée qui si elle est respectable. Or la réglementation routière manque manifestement de cohérence. Des limitations de vitesses excessives qui dépendent de l’autorité communale, provinciale ou régional selon le cas. L’indication d’un tournant dangereux alors qu’il est banal. Un 30k/h près des écoles même hors les moments d’école, etc…….
    Cette réglementation à également pour effet de faire perdre un autre principe : le sens de la responsabilité, l’adaptation de la conduite en fonction des occurrences.

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  3. « Un 30k/h près des écoles même hors les moments d’école, etc……. »

    Parce que vous, vous connaissez par coeur les dates des vacances scolaires et les horaires de toutes les écoles, dans tous les pays que vous visitez ??? Dans quel monde vivez vous ? Ah oui, la Belgique….

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  4. La tolérance zéro est la seule méthode acceptable face à l’imbécillité de certains automobilistes, incapables de se contrôler dès qu’ils sont derrière un volant.La vie en communauté implique les mêmes règles pour tout le monde. Donc tolérance zéro. CQFD

    Quand on sera revenu à un esprit un peu plus civilisé, peut être pourra-ton revoir cela, mais pour le moment, on en est loin.

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