Ford Genk : le spectre de la sidérurgie wallonne


Pas de Mondeo, pas plus que de future Galaxy ou de S-Max: Ford Genk fermera fin 2013 ou au début de 2014.
Exit  Ford  Genk. Les délégués syndicaux présents au conseil d’entreprise extraordinaire de l’usine limbourgeoise l’ont annoncé peu après 9 h. ce mercredi matin. Quelque 10.000  emplois directs et indirects sont concernés par ce nouveau drame social très inquiétant pour l’assemblage automobile en Belgique et en  Flandre en particulier.

Après les aventures similaires vécues chez  Renault à Vilvorde puis Opel à Anvers, on ne peut même plus parler de surprise. Même si le plan d’avenir signé en 2010 avait redonné l’espoir, tout comme il y un mois l’annonce du choix de Genk pour assembler la nouvelle Mondeo en 2013 Signe avant-coureur? En septembre, l’attaché de presse de Ford Genk s’était fait tancer par la direction européenne pour s’ être réjoui un peu trop vite et avec trop d’enthousiasme de cette annonce. Ford Genk devrait achever le cycle de production des Mondeo, Galaxy et S-Max avant se fermer ses portes fin 2013 ou début 2014.

En fait, il faut avoir fermé les yeux depuis vingt ans pour ignorer  les réalités de l’industrie automobile européenne : surproduction chronique, usines tournant au ralenti, coûts salariaux trop élevés, évolution des goûts du consommateurs, poids réduit des petits pays face aux constructeurs et surtout déplacement progressif des centres de gravité vers  d’autres régions et continents. Seule l’Europe de l’Est résiste provisoirement grâce à des salaires sensiblement plus bas. Si, en 1997, la fermeture de Renault Vilvorde provoqua un gros choc émotionnel, c’est  parce que le monde automobile et politique belge croyait pouvoir compenser  nos coûts de production élevés par la qualité de la main d’œuvre et sa flexibilité. On sait depuis quelques années que ces atouts ne suffisent plus face à une réalité que la crise économique et financière n’a fait qu’exacerber. Ils ont seulement permis de retarder l’inévitable, à l’image d’Opel Anvers qui s’est battu corps et âme lors du lancement de chaque nouveau produit pour rester compétitif par rapport à d’autres usines du groupe. En vain finalement.  En 2009, on estimait que l’Europe comptait 16 usines automobiles en trop.

Deux ans auparavant , sous le label « Flanders Investment & Trade », la Flandre vantait encore les mérites de son industrie automobile, évoquant la production d’un million de véhicules dans la région… en incluant VW  à Forest. Et avant de rappeler que depuis plus d’un siècle, la Flandre jouait un rôle prépondérant dans la production automobile en Europe. Quitte à oublier à nouveau  Bruxelles (Citroën, Volkswagen) ou la Wallonie et à  citer parmi les constructeurs flamands  Imperia dont, sauf erreur de notre part,  plus de 20.000 unités furent produites à Nessonvaux, sur  les hauteurs de Liège !

Ces annexions géographiques ne sont que broutilles  par rapport à une situation économique inquiétante : située effectivement majoritairement en Flandre, l’assemblage automobile belge a chuté de 1,2 millions de véhicules en 2001 à 525.000 en 2010. Plus récemment, si la production d’Audi  Brussels a augmenté de 8% au premier semestre 2012, celle de’ Ford Genk a reculé de 16% avec les Mondeo, Galaxy et S-Max en fin de vie et répondant moins à la demande actuelle de la clientèle. Sans perdre de vue des périodes de chômage technique à répétition qui laissaient craindre le pire.

Ce matin à Genk, les promesses de 2010 et les 28 millions d’euros prêtés par la Région flamande à Ford Genk en échange d’une production garantie jusque 2020 ont eu peu de poids face à la dégradation du marché automobile et à 1 milliard de dollars perdus en un an par Ford Europe. Si la fermeture de Ford Genk pourrait coûter 1,1 milliard de dollars à Ford , cette perte sera rapidement compensée par le déplacement de la production belge vers Valence (salaire  horaire de 33 dollars/heure au lieu de 57 à Genk)  et le renoncement partiel à l’investissement de 785 millions d’euros prévus à Genk.  Restent heureusement pour la Belgique Volvo Gent et Audi Brussels .

Quid dès lors de l’avenir de l’assemblage automobile en Flandre ? Ces dernières années, il y a  eu des tentatives de reconversion, notamment à Anvers, vers l’assemblage de batteries, et Umicore a  inauguré il y a un peu plus d’un an une usine de recyclage de batteries à Hoboken. D’une part, on connaît les incertitudes pesant sur le succès de la voiture électrique à moyen terme, et d’autre part, on imagine davantage ces entreprises s’installant à proximité des constructeurs automobiles, à l’image du Coréen LG Chem  qui envisage de produire 100.000 batteries par an.

En définitive, l’ inquiétude  pesant sur l’industrie automobile ne concerne plus la Flandre ou la Belgique, pas plus que les pays voisins, mais bien l’Europe dans son ensemble. Et chez nous, la situation actuelle au nord du pays fait craindre le spectre de la sidérurgie wallonne, avec des autorités régionales investissant à fonds perdus pour sauver l’emploi puis réclamant l’aide du pouvoir fédéral, comme vient de le faire le « Premier ministre » flamand Kris Peeters.

Cette fermeture dramatique pour la ville de Genk et la région est aussi l’occasion de rappeler l’émergence régulière, pour des raisons conjoncturelles ou structurelles, de cycles économiques et sociaux auxquels  peu de régions échappent. Même si la supériorité momentanée  nourrit ici et là des tendances au repli et à l’individualisme, et des soifs autonomistes trop bien connues aujourd’hui en Europe. Et c’est un Liégeois qui vous le dit, originaire d’une région formidablement prospère il y a 60 ans encore et qui, forte de son industrie et et son histoire, se voyait  à l’ époque – et se voit parfois encore… – plus « principautaire » et francophile que belge.

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4 réflexions sur “Ford Genk : le spectre de la sidérurgie wallonne

    1. Le constructeur suédois Volvo Cars a annoncé jeudi son intention de réduire sa production en 2013 sur le site de Gand (nord-ouest). Le volume de production passera de 59 voitures par heure actuellement à 54, ce qui conduira à la non-reconduction de 300 contrats temporaires. Les contrats temporaires concernés arrivent à échéance à la fin de cette année. Volvo Cars emploie 5.200 travailleurs à Gand.

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