L’ agressivité au volant, cela se soigne


C’est tout un apprentissage dans la gestion de nos émotions qu’il convient de revoir pour mettre fin à l’agressivité au volant.

Constatant le doublement des cas d’agressivité au volant en 5 ans, l’association belge d’automobilistes Touring explique cette situation notamment par une politique de mobilité inadéquate. Mais la road rage, comme disent les Anglais, a des origines beaucoup plus complexes.

C’est l’exemple banal d’un détournement de trafic qui se prolonge sans raison: le risque d’affaissement d’une rue à Watermael-Boitsfort, dans la région bruxelloise, a provoqué la fermeture provisoire d’un quartier. Si les canalisations et le fondement de la voirie ont été remis en état, le sous-traitant chargé de poser une couche d’asphalte sur quelques dizaines de mètres se fait attendre et le chantier est bloqué, provoquant la colère des commerçants et des automobilistes contraints à un détour d’1 kilomètre ou plus. De quoi inciter ces derniers à essayer de regagner ultérieurement ces quelques minutes. Le temps perdu pour des motifs variés  et que l’on essaye de rattraper est une des causes de l’agressivité au volant dont la croissance va de pair avec l’augmentation du trafic. Le comportement inadéquat des autres automobilistes en est une autre: parking en double file, dépassement sur la bande d’arrêt d’urgence, slalom sur l’autoroute, persistance à entrer dans des carrefours bloqués etc. Et bien sûr, des infrastructures inadéquates  ne font qu’accentuer le phénomène.

Il n’est pas sûr pour autant qu’une  meilleure organisation de la circulation suffira à réduire cette « road rage » qui provoque chez certains conducteurs contrariés par d’autres des émotions telles qu’ils ne peuvent plus les contrôler. Effectuer un dépassement sur autoroute en France en respectant les limitations de vitesse nous a valu pendant un bon quart d’heure un véritable harcèlement du conducteur qui nous suivait et avait dû ralentir « de notre faute »: au volant d’une petite voiture tirant en outre une remorque, ce quinquagénaire nous dépassa à son tour avant d’accumuler queue de poisson, passage sur la bande d’arrêt d’urgence pour être à notre hauteur, gestes menaçants, injures et incitations à une explication musclée. Autrement plus dramatique: à Craiova (Roumanie) ll y a quelques années, un piéton agressé par un automobiliste lui reprochant de ne pas traverser assez vite le passage protégé  est mort de ses blessures!

Selon Leon James, professeur de psychologie à l’Université de Hawaï  interrogé par le site français Caradisiac, les campagnes de prévention et l’amélioration des infrastructures ne sont pas efficaces pour freiner ce phénomène et c’est toute une culture de l’agressivité qu’il faut modifier. « Quand nous entrons dans l’habitacle, nous l’utilisons comme un exutoire permettant de regagner un sentiment de contrôle. Les automobiles sont puissantes, obéissantes et répondent instantanément à nos  commandes, nous apportant un sentiment de bien-être ». Lorsque quelqu’un entrave leur  liberté en les obligeant par exemple à freiner, les conducteurs agressifs se sentent contrariés parce qu’ils ont dû interrompre ce qu’ils étaient en train de faire. Cette émotion, on peut la laisser s’éteindre, ou l’alimenter avec des pensées rancunières.  » La frustration, ajoute le psychologue, génère ainsi une hostilité qui peut rapidement se transformer en véritable haine. C’est donc tout un apprentissage dans la gestion de nos émotions qu’il convient de revoir pour mettre fin à l’agressivité au volant. »

La voiture, c’est ma liberté, disait un slogan. Mais cette liberté a des limites trop souvent dépassées dans une culture dominée par l’individualisme et le refus de toute contrariété à notre marche en avant.

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Le communiqué de Touring: le nombre de cas d’agressivité de la route a doublé en 5 ans

Bruxelles, novembre 2012. En 2008, il a été enregistré 24 victimes sur nos routes suites à des bagarres. Cette année, nous en avons déjà 47, le chiffre a donc doublé. L’organisation de mobilité Touring a étudié les nombres de cas avec des blessés, il s’agit des cas qui ont été déclarés à la Police et poursuivis par les tribunaux. En 2008, il y a même eu un décès suite à une bagarre entre usagers de la route. Touring souligne qu’il s’agit ici uniquement des cas avec des bagarres et des blessés et donc pas du nombre de cowboys de la route qui roulent d’une façon agressive mais sans impact physique. Ce nombre doit être innombrable. Tout le monde connaît sans doute le fameux petit doigt du milieu, dit Touring.

Nous pouvons facilement dire que chaque semaine, il se passe au moins un cas d’agressivité physique sur nos routes. Dans 90% des cas, ce sont  2 conducteurs qui se sont gênés mutuellement, par exemple en ne respectant pas la priorité de droite. Les deux chauffeurs descendent de leur véhicule pour se taper dessus. Important : dans 1 cas sur 3, il s’agit d’une agressivité d’un conducteur contre un cycliste. Il n’est pas toujours clair qui est alors à l’origine de la faute pour évoquer une telle agression. Nous constatons que c’est souvent le « coupable » qui a fait une faute sur la route qui est le plus agressif. Les gens ne savent même pas s’ils ont fait une infraction de route, ne connaissant pas le règlement. Une deuxième cause est une dispute pour un emplacement de parking pris en vitesse par un automobiliste sous le nez d’un autre qui attendait la place; enfin, comme troisième cause, une petite collision peut être aussi à l’origine d’une attaque physique entre les conducteurs et même les occupants.

En général, les personnes concernées se tapent à poings nus, mais il arrive qu’ ils empoignent un extincteur ou tout autre objet qu’ils ont sous la main (parapluie par exemple). Il a été rapporté deux cas où  du pepperspray a été utilisé et  7 cas des coups de couteau ont été donnés.

Selon Touring, une agressivité généralisé dans notre société est une possible explication pour cette attitude. En outre, les usagers de la route sont de plus en plus confrontés à des situations frustrantes et illogiques, souvent à cause d’une politique de mobilité peu réaliste des autorités. Pensons seulement aux feux non synchronisés qui font stopper les conducteurs tous les 100 mètres, ou les files qui se forment à cause d’une fermeture d’un tunnel en pleine nuit, sans prendre des mesures pour assurer une bonne circulation sur les déviations. Pensons à l’aménagement de bandes de bus sur des axes où avant il n’y avait pas d’embouteillages  ou le rétrécissement de routes. Pensons à la suppression d’emplacements en voirie qui oblige à tourner en rond  pour trouver un parking . Ce sont des situations que l’usager de la route considère comme frustrantes et source de stress. De plus, il a le sentiment qu’il doit de plus en plus payer pour remplir les caisses de l’Etat et sans rien avoir en retour comme facilités et sécurité. Cette frustration est la plus grande source d’agressivité. Ce sont des raisons, dit Touring, mais pas des excuses pour justifier des attaques physiques sur nos routes. Bien sûr, ceci est intolérable et devrait être sanctionné plus sévèrement par la justice et les parquets.

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