Les limitations de vitesse non justifiées ne sont pas respectées


Imposer selon les lieux et les circonstances une limitation de vitesse justifiée inciterait les conducteurs à la respecter davantage.

Le constat ne surprendra personne: selon Touring, une association belge d’automobilistes, quatre automobilistes sur dix ne respectent pas des limitations de vitesse qui n’ont pas de sens. Mais qui est prêt à entendre ce message en dehors des automobilistes?

C’est un peu le pot de terre contre le pot de fer: d’un côté, les automobilistes de la plupart des pays d’Europe se plaignent de limitations de vitesse parfois inappropriées et de radars assimilés à des machines à sous pour les Etats; de l’autre, les autorités en charge de la mobilité et de la sécurité n’en finissent pas de durcir les peines pour contraindre les automobilistes à réduire la vitesse considérée comme la cause majeure des accidents. Le dernier exemple en date est la Suisse où, à partir du 1 er janvier prochain, les grands excès de vitesse entraîneront un retrait de permis de deux ans, voire des peines de prison de 1 à 4 ans.

Qu’une partie des automobilistes se croit au-dessus de toute loi ou contrainte au volant, c’est l’évidence et on ne sera jamais assez sévère  à leur égard. Un récent reportage dans « Devoir d’enquête » (France 2) était édifiant à cet égard: considérant la conduite comme un indispensable défouloir ou antidote à leurs frustrations, des automobilistes en état de récidive se disaient incapables de renoncer à certaines pratiques comme la course sur le périphérique parisien au retour de soirées en général arrosées. Nous mêmes avions été témoins il y a quelques années sur l’autoroute Bruxelles-Liège d’une poursuite entre deux voitures de sport qui s’ était terminée un peu plus loin par la mort d’un des deux protagonistes.

Le problème est l’amalgame entre ces situations extrêmes où se mêlent  vitesse, alcool et drogues et la conduite au quotidien où tout contrevenant est aujourd’hui puni avec une sévérité souvent excessive, y compris sur des routes où la limitation à 30, 50 ou 70 km/h n’a pas de sens en fonction de l’environnement incitant naturellement à une vitesse plus élevée. C’est ce que dénonce Touring en demandant une meilleure coordination entre les différents échelons de pouvoir, une politique de mobilité plus logique  et une révision des limitations non justifiées.

Individualiste sans doute, l’automobiliste n’est pas crétin par nature et peut admettre l’existence de limitations de vitesse justifiées et les infractions découlant du non respect. Quand la réglementation est en revanche absurde, la pénalité est assimilée à une taxe vexatoire. A contrario, un des bons exemples est l’Allemagne où, entre portions d’autoroutes libres, limitations locales permanentes ou temporaires et routes strictement contrôlées, l’automobiliste sait à quoi s’en tenir. Et lorsqu’il dépasse légèrement la vitesse en agglomération comme cela nous est arrivé (un peu plus de 10 km/h) , la pénalité de 25 € est perçue comme un rappel à l’ordre justifié. Aujourd’hui en Belgique, rouler en agglomération à 65 km/h au lieu de 50 est punissable d’une amende de 100 euros.

A travers certaines législations ou prises de position, on a même la conviction que certaines autorités ou groupes de pression n’ont pas d’autre but que de dégoûter l’automobiliste de rouler en voiture, surtout si celle-ci reflète un  niveau social. Et alors?

A propos, le but premier poursuivi par ces différentes réglementations n’est-il pas de réduire le nombre de victimes de la route? A défaut de pouvoir limiter tout le trafic à 50 km/h ou de mettre un agent de police à chaque carrefour, la première question à se poser avant de choisir l’emplacement d’une mesure  coercitive est dès lors d’évaluer son impact positif sur la sécurité.

En agissant ainsi aux quatre coins de la Belgique, beaucoup de radars devraient être déplacés, nombre de mesures devraient  être assouplies mais aussi d’autres durcies. Qui se préoccupe par exemple de l’effet de la pluie ou du brouillard sur le trafic? Et quelle autorité surtout est prête à investir dans la formation à la conduite?

Le communiqué de Touring

« Des limitations de vitesse illogiques incitent à commettre des infractions »

Bruxelles, le 21 novembre 2012. Lorsque la limitation de vitesse imposée parait illogique, il y a seulement 4 conducteurs sur 10 qui la respectent. Touring a fait une expérience sur une route typique dans notre pays. « Des limitations de vitesse illogiques sont ressenties comme une mesure vexatoire, surtout quand c’est à ces endroits précis que des radars sont installés en vue de réaliser des contrôles de vitesse. C’est comme si le gouvernement faisait davantage pour faire rentrer de l’argent que pour la sécurité routière. C’est principalement le cas sur les routes où on ne peut circuler qu’à 50 km/h, tandis que l’infrastructure – avec des pistes cyclables sécurisées et protégées, avec deux bandes dans chaque sens et une berme centrale -, invite à rouler en toute sécurité à 70 km/h. A l’inverse, il y a parfois des routes qui n’ont pas une infrastructure sécurisée mais où il est permis de circuler à 90 km/h. Ce serait mieux de réduire la vitesse maximale autorisée à ces endroits à 70 km/h « .

Touring a contrôlé le comportement des automobilistes par rapport à ces limitations de vitesse sur une route qui est un exemple typique et où une limitation de vitesse à 50km/h a été instaurée. « Il n’y a pas cyclistes, car ils ont une piste cyclable séparée, agréable et rapide. Il n’y a pas de piétons ni de passages pour piétons non plus, il y a une berme centrale, il y a deux bandes dans chaque sens et il n’y a jamais eu d’accident grave. Ce sont des conditions qui devraient permettre une limitation de vitesse à 70 km/h « . Seulement 4 conducteurs sur 10 respectent les 50 km/h, ce qui signifie que quelque chose ne va pas, dit Touring. «Ce genre de situation engendre un sentiment de frustration chez  les  usagers de la route en réaction à ces mesures vexatoires et n’est certainement pas propice à la sécurité routière ». Touring est en faveur du principe scandinave où l’on se base sur la vitesse pratiquée par la moyenne des automobilistes. « La vitesse de 85% des conducteurs  détermine la limitation de vitesse. La plupart des gens adaptent alors leur vitesse d’une manière correcte. Le résultat est que beaucoup moins de personnes commettent une infraction et surtout respectent plus les limitations sur les routes où la vitesse est réduite à juste titre à 50 ou 30 km/h comme dans les quartiers résidentiels et les zones urbaines « .  C’est donc possible et à la demande de Touring, le précédent ministre de la Mobilité à Bruxelles a prouvé que la limitation de vitesse dans certains tunnels pouvait passer de 50 à 70km/h.

« Les situations sont particulièrement illogiques quand on compare des routes qui n’ont pas une telle infrastructure sécurisée, mais où le 90 km/h est autorisé. C’est précisément ce type de situation qui démontre une politique de la mobilité mal pensée et à court terme ». Touring veut une évaluation des routes où il n’y a ni piste cyclable ni trottoir séparé et où le 90 km/h est autorisé. Sur certaines de ces routes, la limitation de vitesse devrait être abaissée.

Touring demande une évaluation approfondie des limitations de vitesse existantes et de les adapter sur base de principes concrets et réalistes. Aujourd’hui, il n’existe pas de coordination dans ce domaine entre les régions, les communes et les villes et encore moins entre les autorités locales elles-mêmes. Une situation absurde que nous ne voyons pas dans les pays voisins. Pour la crédibilité des limitations de vitesse, les facteurs suivants devraient être pris en compte:
– Une berme centrale,
– Des pistes cyclables et des trottoirs séparés de la chaussée,
– Des carrefours avec une bonne visibilité et des feux synchronisés,
– Des routes avec des bandes de circulation bien délimitées,
– Des contrôles de vitesse.

Exemples

Av. Henri Simonnet Anderlecht; Route de Lennik Vlezenbeek-Anderlecht; Bd. Industriel Anderlecht; Av. Van Praet Bruxelles; Av. Des Croix du Feu Laeken; Av. du Parc Royal Bruxelles; Av. De L’Exposition Laeken; Bd. du Souverain Bruxelles; Bd. Du Triomphe Bruxelles; Koning Boudewijnlaan Heverlee; Singel Antwerpen; Della Faillelaan Zwijnaarde; Zwijnaardsesteenweg Zwijnaarde; Ruggeveldlaan Deurne; Petit Ring Charleroi; Tunnel de Cointe à Liège.

Les amendes pour excès de vitesse en Belgique

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3 réflexions sur “Les limitations de vitesse non justifiées ne sont pas respectées

  1. Une info ce soir de l’ACA (Automobile Club Association) française qui plaide pour un traitement différencié des petites infractions: En 2010 , 22 428 408 infractions au Code de la route ont été constatées en France; 46% d’entres elles concernaient la vitesse. Sur ces 10 millions d’excès de vitesse, ceux de moins de 20 km/h représentaient 8.869.828, soit plus de 88 % !

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  2. Heureusement, tous les conducteurs ne sont pas comme ce Parisien… (via Le BlogAutomoble)

    On doit ce triste exploit enregistré dans la nuit du 15 au 16 novembre dernier à un conducteur de 28 ans. L’affaire se déroulait au niveau de la Porte de Bercy où le périphérique est, comme partout, limité à 80 km/h.
    Notre brillant « gagnant » a commencé sa belle série en se faisant flasher à 181 km/h au volant d’une Renault Clio, Les motards qui l’interpellent lui demandent de montrer son permis de conduire et… les policiers constatent que l’homme n’a pas de permis de conduire et ne l’a d’ailleurs jamais eu !
    Vient le moment du dépistage d’alcoolémie. 1.1 g d’alcool dans le sans (soit plus du double de la limite autorisée !)… Pour finir en apothéose, ce beau vainqueur avoue avoir fumé un petit pétard fait de cannabis et autres herbes.
    Nos amis de Caradisiac ont fait le décompte des sanctions et c’est du lourd :
    – Grand excès de vitesse : 1.500€ d’amende, confiscation du véhicule, suspension de permis pouvant aller jusqu’à 3 ans, perte de 6 points
    – Conduite sans permis de conduire : un an d’emprisonnement, 15.000 € d’amende (notre conducteur aura certainement droit à un traitement de « faveur » sachant que c’était la 4eme fois qu’il se faisait contrôler sans permis)
    – Alcoolémie : Pour un contrôle au delà de 0,8 g/L, la contravention devient un délit, 4.500€ d’amende, perte de 6 points, peine de prison pouvant aller jusqu’à 2 ans
    – Conduite sous l’emprise de stupéfiants : 4.500€ d’amende, peine de prison pouvant aller jusqu’à 2 ans.
    Le conducteur est en séjour à la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis en attendant sa comparution devant le tribunal.

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  3. Félicitons d’ailleurs le Secrétaire d’Etat Melchior Wathelet, qui ne voit aucune contradiction entre augmenter les perceptions immédiates et refuser l’usage obligatoire de pneus neiges (au motif que ça pénaliserait les finances des ménages moins aisés…) On croit rêver.

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