L’arme « imparable » de la politique de sécurité routière: relever le coût des amendes


Peu ciblée, la campagne massive de contrôle de l'alcoolémie cet hiver a été plutôt un coup d'épée dans l'eau.
Peu ciblée, la campagne massive de contrôle de l’alcoolémie cet hiver a été plutôt un coup d’épée dans l’eau.

Tout le monde s’accorde sur la nécessité de faire progresser la sécurité routière. Sur les moyens, les opinions divergent, sauf au sein du monde politique où une méthode prime invariablement: relever le coût des amendes.

Dès le 1er mars, préparez-vous à ouvrir plus largement votre portefeuille si vous contrevenez aux lois sur la circulation routière: 55 € a lieu de 50 pour une infraction du 1er degré, 110 € au lieu de 100 pour le 2e degré, 165 au lieu de 150 pour le 3e degré. L’absence de port de la ceinture de sécurité sera encore plus lourdement puni: 110 € au lieu de 50 pour un adulte, 165 au lieu de 50 si les adultes laissent un enfant sans ceinture. Autre cheval de bataille: la lutte contre l’alcoolisme avec, notamment, une perception immédiate de 165 € déjà d’application.

Dans l’absolu, on ne peut pas reprocher à Melchior Wathelet, Secrétaire d’Etat à la Sécurité routière, d’essayer d’améliorer la situation actuelle, mais avec quels résultats? L’exemple le plus caricatural est celui de l’alcool au volant, avec des contrôles massifs cet hiver et un maigre bilan à l’arrivée: 3% de cas positifs, ce qui ne veut pas dire 3% de conducteurs en état d’ivresse. Comme…270.000 automobilistes, nous avons été contrôlés: en l’occurrence, un soir de semaine vers 19h, un impressionnant comité d’accueil nous attendait sur un boulevard à la sortie de Bruxelles: dispositif de signalisation, camionnettes, policiers battant la semelle, motard prêt  prendre en chasse un éventuel fuyard. A la souriante gendarmette désignée pour nous faire souffler dans l’éthylomètre – « « parce que j’aime bien les BMW, » j’ai expliqué que je n’avais bu que de l’eau mis que j’allais passer à table: « Oui, Monsieur, mais on doit vous tester pour les statistiques! » Bref, cette opération d’envergure a plutôt eu les allures d’un coup d’épée dans l’eau.

Les conducteurs rendus fous sous l’emprise de l’alcool et prêts à tous les excès, notamment de vitesse, on a plus de chance de les croiser la nuit ou les week-ends: « j’ai placé un éthylomètre à la sortie de mon établissement pour aider les clients à mesurer leur taux d’alcool avant de prendre le volant, nous raconte un tenancier de boîte en province. En fait, les jeunes font des concours pour récompenser celui qui fera grimper le testeur à son niveau le plus haut.  A l’évidence, des contrôles de nuit seraient sûrement les plus utiles, mais ils sont aussi les plus onéreux en main d’oeuvre!

La même incompréhension vaut pour le coût de certaines amendes; tous les jours à la sortie d’un grand magasin à Bruxelles, on voit des dizaines de voitures profiter d’un feu rouge dans la rue jouxtant le parking pour franchir une ligne blanche et tourner à gauche. Une infraction valant aujourd’hui 150 euros, la même que celle sanctionnant un franchissement de ligne blanche pour dépasser. Et inutile d’expliquer dans ce cas ou d’autres votre bonne foi via le formulaire adéquat:vous n’obtiendrez aucune réponse et vous risquez  seulement un surcoût administratif pour paiement tardif. Plus globalement, le relèvement perpétuel des amendes, s’il irrite de plus en plus les auteurs d’infractions occasionnelles, n’arrêtera  pas les vrais chauffards sans foi ni loi, ceux à qui il faut s’attaquer en priorité.

Vis-à-vis des autres conducteurs, mieux vaut se servir fermement du bâton quand il est vraiment efficace et manier parallèlement la carotte à travers diverses initiatives concrètes: une politique de prévention, des forces de police visibles dans des zones dangereuses, une formation et une évaluation plus poussée des jeunes conducteurs ou une réévaluation régulière de la capacité des conducteurs. Si au moins, une partie des « bénéfices » des contrôles était réinvestie dans ce but, les amendes donneraient  moins l’impression d’ être des « pompes à fric ». Là comme ailleurs, le monde politique donne l’impression d’agir uniquement sur le court terme.

Formulée il y a quelques années à l’adresse d’Etienne Schouppe, cette réflexion relative à la formation des jeunes conducteurs  avait entraîné un haussement d’épaules de l’ancien Secrétaire d’Etat  à la Sécurité routière … et des commentaires approbateurs de Melchior Wathelet. Mais il s’agissait de Melchior Sr, pas de son fils…

Les 6 mesures qui vont tout changer

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2 réflexions sur “L’arme « imparable » de la politique de sécurité routière: relever le coût des amendes

  1. C’est presqu’un gag: le relèvement du prix des amendes routières n’interviendra pas avant début avril parce que les services informatiques de la police n’ont pas encore intégré les nouvelles données chiffrées.

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