« Si l’objectif est de chasser l’auto des villes, cela relève d’un choix de société »


Jean-Marc Ponteville D'Ieteren) :  "il faut d'abord savoir si c'est ou non un débat anti-voitures".
Faut-il  à terme chasser l’auto des villes? De la réponse  plus ou moins nuancée dépendra l’orientation des débats.

La mobilité, surtout urbaine, est au centre des débats cette semaine avec, en point de mire,l’auto tolérée, plébiscitée ou honnie. « La question est de savoir, explique Jean-Marc Ponteville, PR Manager de Volkswagen en Belgique, si on est à la recherche d’une solution constructive ou si on est simplement contre la voiture ». Interview.

Comment voyez-vous la mobilité aujourd’hui?

« Il existe un préalable à la discussion, lance ce cadre appartenant au premier importateur automobile belge. Si on a comme seul objectif de chasser l’auto des villes, cela relève d’un choix de société qui dépasse notre activité, et il faudra en tirer les conséquences en termes d’emplois et de taxes. A l’inverse, cela fait 200 ans, depuis les premières voitures à cheval, que D’Ieteren s’occupe de mobilité. Le problème à résoudre dépasse largement l’automobile: tout le monde veut être au même endroit au même moment. On peut trouver des solutions -transports en commun, télétravail, taxe au kilomètre si elle est correctement appliquée et stable dans le temps- sans obligatoirement retirer du trafic 50% des voitures. »

– Les embouteillages ne sont-ils pas liés prioritairement au trafic automobile?

« Oui, mais fait-on ce qu’il faut pour fluidifier le trafic,  à l’image de la synchronisation dynamique des feux et des flux pratiquée dans d’autres pays? On ne peut pas créer artificiellement des problèmes de circulation puis se plaindre ensuite de leurs conséquences. Déjà pénalisé par les embouteillages, l’automobile l’est une deuxième fois à travers les taxes. Or, beaucoup d’automobilistes roulent sans plaisir mais parce qu’ils n’ont pas d’autre choix, la voiture étant un outil de travail prenant en charge les carences des autres moyens de transport. Si on veut décourager l’auto, il faut des alternatives crédibles.Dans la négative, la ville deviendra infernale pour les voitures et les gens la fuiront, En tant que société installée au centre de Bruxelles et soucieuse d’ attirer des talents, le sujet nous concerne: trouvera-t-en encore demain de bons profils si l’accès chez nous n’est plus possible en voiture? »

D’Ieteren offre-t-il à son personnel des alternatives à l’automobile?

 » Oui et sous différentes formes: navettes gratuites vers les gares, parking à vélo,  « deux roues » pour circuler en ville après avoir déposé sa voiture au garage, carpooling ou indemnités encourageant la formule voiture + transports en commun + vélo. 

– Et que proposez-vous à vos clients?

« Sous le slogan « let’s move », nous prônons la multimodalité depuis les années 90 et avons testé différentes formules avec plus ou moins de succès. Le contrat « 6 roues » (choisir une voiture moins chère couplée à un scooter ou à un vélo) n’a pas fonctionné, notamment parce que le risque des « 2 roues » est trop élevé pour des contrats avec des sociétés; idem pour la voiture des vacances car chacun voulait le même véhicule au même moment. Quelques entreprises utilisent par contre notre système de gestion partagée »Keyzee » applicable aussi dans un immeuble  à appartements:  via le GSM, vous réservez une plage horaire et la clé virtuelle d’un véhicule commun à plusieurs personnes et/ou familles. A Kortenberg, les clients venant pour un entretien  peuvent emprunter un vélo ou un scooter. Et, pour être plus confortables dans le trafic, nos voitures sont couplées à des systèmes de navigation dynamiques, au téléphone mains libres et au réseau wi-fi, avec évidemment un effet pervers: la technologie renforce le poids de la voiture. Plus globalement, D’Ieteren veut être partie prenante (« stakeholder ») du débat sur la mobilité, et un groupe de réflexion a été créé pour réfléchir à des solutions d’avenir, avec ou sans voiture.

Que pensez-vous du remplacement des voitures de société par une intervention de l’employeur dans le loyer?

Cela peut être une piste mais on  a néanmoins intérêt à ce que le plus grand nombre de kilomètres soit parcouru avec des voitures sûres et peu polluantes. 

– Faut-il d’abord écarter des villes les moteurs diesel rejetant des particules néfastes pour les habitants?

Les moteurs diesel modernes (Euro V ou Euro VI) rejettent un peu plus de particules que les moteurs essence équivalents mais cela va aller en s’amenuisant. Et ces derniers consomment plus et donc rejettent plus de CO2 dans l’atmosphère. C’est un choix à opérer. Le gaz naturel offre une alternative pour la ville mais l’infrastructure fait encore défaut ».

(Propos recueillis par Yves de Partz)

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