La sécurité routière reste focalisée autour de la vitesse


Contestée parfois, la vitesse reste libre sur une partie des autoroutes allemandes.
Contestée parfois, la vitesse reste libre sur une partie des autoroutes allemandes.

La France veut réduire les vitesses autorisées de 10 km/h, l’Allemagne résiste tant bien que mal aux projets de limitation sur autoroute, l’Australie va libérer 200 kilomètres: la vitesse  reste au coeur du débats sur la sécurité routière.

C’est une expérience non dénuée d’intérêt: redécouvrir les autoroutes allemandes à vitesse libre. Sans doute faut-il un moment pour se réhabituer à rouler à un rythme interdit chez nous, bien surveiller dans ses rétroviseurs l’arrivée d’autres véhicules – des radars peuvent y aider- et ne pas s’étonner d’être dépassé  alors qu’ on n’a pas vraiment l’impression de traîner. Les adeptes de la formule noteront  qu’en référence au nombre de tués sur autoroute par habitant, l’Allemagne était en 2010 le 3e pays d’Europe, loin devant la Belgique. Mais chacun retient les statistiques qui l’arrangent: 67% des accidents mortels en Allemagne ont lieu sur des autoroutes libres loin d’être majoritaires et, par million de kilomètres parcourus, ce même pays n’est plus que le 8e  dans la hiérarchie européenne.

Beaucoup plus important: cet aller-retour Bruxelles-Francfort où alternèrent autoroutes libres, zones de travaux et limitations locales permit de conserver dans la portion allemande du trajet une attention soutenue, centrée sur la seule conduite et facilitée par des changements de rythmes constants. En plus, reconnaissons-le, du plaisir fugitif de se laisser aller de temps à autre à des vitesses largement prohibées en Belgique!

Il n’est pas question pour autant de faire l’apologie de la réglementation allemande sujette elle aussi à critiques et dont la survie tient d’abord au poids de l’industrie automobile locale soucieuse d’écouler ses modèles les plus sportifs sur le marché. Il y a quelques mois, le président du parti social démocratique (SPD) a proposé d’instaurer une limitation à 120 km/h sur autoroute, proposition aussitôt rejetée par son propre parti et par la Chancelière Angela Merkel. Seuls les Verts ont inscrit ce projet dans leur programme afin de réduire les effets de serre consécutifs au dégagement de C02.

Quoiqu’il en soit, la législation allemande présente au moins deux avantages sur autoroute: elle permet d’ éviter toute somnolence – à laquelle on attribue un accident mortel sur 5 au moins sur autoroute- et ne nécessite pas de disperser son attention dans l’observation de son tachymètre et la recherche de  panneaux de limitations  et des radars cachés. Il suffit de suivre le trafic fluctuant en fonction des vitesses autorisées.

En Australie, c’est un test que les autorités se proposent d’effectuer dans le nord du pays à partir de février 2014. En l’absence d’accidents mortels entre 2001 et 2011, 200 kilomètres d’autoroute actuellement limités à 130 km/h vont être rendus libres pendant un an  sur le tronçon reliant Alice Spring à Barrow Creek. L’objectif est d’observer le comportement des automobilistes face à cette absence de limitation de vitesse. La suite en février 2015.

Plutôt que ces régimes de semi-liberté accordés aux automobilistes lorsque les circonstances le permettent, vaut-il mieux, comme le recommandent aujourd’hui les autorités françaises et leur ministre de l’Intérieur Manuel Valls, réduire la vitesse de 130 à 120 km/h sur autoroute et de 90 à 80 km/h sur les routes départementales, « ce qui pourrait faire gagner 450 vies par an »?

Dans l’absolu, la réponse est positive. Moins vite rouleront les véhicules, moins graves seront les conséquences des accidents. Mais la question reste de savoir si la priorité absolue en matière de sécurité routière se situe à ce niveau.

En agissant ainsi, la France focalise une fois de plus les objectifs sur ce seul aspect alors qu’en 2012, les automobilistes, par crainte d’un retrait de permis, ont été de plus en plus respectueux des limitations: 93% des excès de vitesse ont été inférieurs à 20 km/h. Faire ce choix, c’est donc inciter le conducteur à porter son attention sur ce seul thème car c’est le plus susceptible de répression. Quid de la somnolence, de l’alcool, des stupéfiants, des règles de priorité, des distances de sécurité ou du port de la ceinture et globalement de la responsabilisation du conducteur ? « aux yeux du pouvoir politique, Il y a deux raisons majeures pour privilégier les excès de vitesse, expliquent les opposants à ce projet : la facilité de contrôle et la génération aisée de revenus financiers ».

Le constat vaut aussi pour la Belgique, à une nuance près: l’absence d’un permis à point ne génère pas la peur de le perdre.

Le conseil national français de la sécurité routière (CNSR) se prononcera fin novembre. Avis aux nombreux automobilistes belges qui ont alimenté involontairement les caisses de l’Etat français depuis un peu plus d’un an!

L’avis de Bernard Darniche, ancien pilote de rallye

 

Publicités

3 réflexions sur “La sécurité routière reste focalisée autour de la vitesse

  1. Sans doute est-ce pour la facilité des observateurs et « constatateurs » d’accidents que sont les forces de l’ordre que seuls des facteurs « quantitatifs » sont pris en considération alors qu’il s’agit exclusivement de promouvoir la « qualité » de la circulation, seule garantie de son efficacité, son harmonie et leur conséquence, sa sécurité.

    L’attention, le talent, la somme des expériences voire même le plaisir du bel ouvrage sont les ingrédients de la qualité de cet artisanat spécifique qu’est la conduite d’un véhicule. Reconnaissons que ces qualités sont fort mal réparties dans la population et surtout infiniment variables chez chacun des conducteurs en fonction de sa fatigue, son humeur, ses distractions ou d’autres phénomènes perturbateurs.

    Il est sans doute regrettable que les autorités oublient voire sans doute plus certainement refusent de promouvoir ce plaisir du bel ouvrage tant elles se privent ainsi du bénéfice de son effet sur la qualité du trafic.

    Manuel Valls qui a le culot pour ne pas dire l’effronterie de promettre l’économie de 400 vies humaines par an en diminuant de 130 à 120 km/h la vitesse maximale autorisée sur les autoroutes françaises et nombre de ses prédécesseurs oublient l’illusion que donne la lecture des statistiques de sécurité routière dans les mois voire l’année d’un changement important des règlements ou de l’adoption de campagnes de répression spectaculaires. En effet, ces changements génèrent un niveau d’attention renforcé qui est à lui seul la cause de l’amélioration des résultats. Quand le Président Sarkozy lança sa grande campagne de répression avec radars, la première année montra effectivement des améliorations de 10 à 20% suivant les régions. L’année suivante, les conducteurs s’étaient adaptés aux limitations et ne devaient plus consacrer autant d’attention à les respecter et le nombre des blessés et tués remonta aussitôt!

    Par ailleurs et peut-être tout aussi important, les 8.400 km d’autoroutes allemandes (soit 63% de leur réseau) où la vitesse est libre pour autant que les circonstances du trafic ou de la météo le permettent (l’affichage électronique est omniprésent!) sont la garantie des qualités dynamiques de la plupart des voitures produites dans le monde.

    En effet, si la vitesse y devenait limitée, il n’y aurait plus aucun endroit dans le monde (en dehors de l’Île de Man en mer d’Irlande, de la Pampa argentine et du Tibet!) où une voiture devrait rester stable et sûre à plus de 130 km/h.

    Monsieur de la Palice, qui n’a pas connu l’Automobile, sera d’accord avec nous pour admettre l’évidence qu’une voiture capable de rouler à 200 km/h ou plus sera forcément plus sûre et plus efficace à 120 qu’une autre conçue pour se contenter de ne jamais les dépasser !

    S’il réussissent dans leur campagne, les Ecolos et autres pourfendeurs de la vitesse dans l’absolu, comme le député socialiste allemand Siegmar Gabriel, se rendront responsables de la diminution de la qualité de toutes les automobiles, du nivellement par le bas de leur sécurité et, en conséquence sournoise pour l’emploi chez nous, de la perte de l’avantage des marques européennes.

    A méditer donc !

    Philippe Casse
    Driving Research Centre

    J'aime

  2. QQ commentaires via lalibre.be

    della Crepa – Lasne-Chapelle-Saint-Lambert
    Pourquoi pensez vous que les Allemands construisent les meilleures voitures au monde??? La vitesse libre sur environ 50% du réseau autoroutier a poussé les industries allemandes a inventer des systèmes augmentant la sécurité des voitures.
    Leurs voitures, même les entrées de gamme, sont toutes équipées d’éléments de sécurité les plus avancés au monde. L’airbag, l’ESP, l’ABS, l’ASR, les quatre roues motrices etc ont tous été introduits sur des hauts de gammes venant d’Allemagne.

    benomatic – Belgique
    Personnellement je me fiche de l’incidence de la vitesse sur les accidents de la route.
    En revanche, je loue toute initiative qui oblige les automobilistes a reduire leur vitesse et a respecter le code de la route. Qu’ils cassent leurs tire-lires en payant des amendes pour remplir les caisses de la secu en vue de soigner tous les cancers qu’ils provoquent avec leur pollution (10 fois plus de cancers mortels du a la pollution automobile que d’accidents mortels!) et tout le stress qu’ils imposent aux autres usagers de la route. Il faudrait de plus introduire le permis a points et redoubler de vigilence en vue de penaliser les chauffards ( taxis!) dans les agglomerations. Nous vivons dans une veritable jungle de l’automobile, ca suffit!
    alino – Belgique
    Une récente étude du MIT affirme qu’aux États-Unis, 53 000 personnes meurent chaque année à cause de la pollution automobile alors que 34 000 personnes décèdent par accident. La pollution automobile serait donc plus meurtrière que les accidents. Et cette pollution est proportionnelle à la vitesse vu que plus on roule vite, plus on consomme et donc plus ont pollue (sauf dans les embouteillages où l’on pollue un max sans avancer). Et n’oublions pas que l’OMS vient de classer l’air pollué comme cancérigène. Donc la voiture tue parce-qu’elle est un engin dangereux (pour les automobilistes, mais aussi – et presque surtout – pour les autres et un engin polluant…

    conservateur9 – Suisse
    Ce qui a fait baisser la mortalité routière, c’est d’abord et avant l’équipement automobiles (airbag, abs, eps, …) et l’équipement routier.

    Doit-on rappeler que le gouvernement wallon a du sang sur les mains car le mauvais état des autoroutes belges a clairement tué et blessé.

    En avant – Belgique
    C’est dans les villes et villages qu’il faut être absolument intransigeant sur les limitations de vitesse, les feux et passages pour piétons. Sanctionner tout stationnement sur les trottoirs, arrêts de bus et passages piétons.
    Sans oublier, les « bandeurs du milieu » sur les autoroutes, ainsi que les multiples infractions des poids lourds, protégés par leurs organisations quasi maffieuses.

    theren – Belgique
    Monsieur de Partz, vous n’avez pas réinventé la roue (si je puis dire) avec cet article mais vous avez utilisé votre possibilité de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas!
    Impeccable!!

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s