L’incroyable saga Fiat


Le seul coup de génie de Fiat ces dernières années fut la relance de la "Cinquecento" mais un seul petit modèle ne suffit pas à assurer la rentabilité d'un constructeur automobile.
Le seul coup de génie de Fiat ces dernières années fut la relance de la « Cinquecento » mais un seul petit modèle ne suffit pas à assurer la rentabilité d’un constructeur automobile.

Derrière le coup de poker réussi de Sergio Marchionne, PDG de Fiat, pour prendre le contrôle total de Chrysler, apparaît un nouvel épisode de la saga Fiat.

ANALYSE. Après avoir chuté de la 2e  à la 8e place en Europe, perdu 50% de ses parts de marché, vu ses gammes réduites à une peau de chagrin, accumulé les dettes et souffert d’une surcapacité chronique de ses usines très peu productives par ailleurs, un constructeur automobile  peut-il à nouveau relever la tête? Oui, et il s’appelle Fiat ! Cette fois, le mérite en revient à un Italo-Américain de 62 ans arrivé à Turin en 2004, bardé de diplômes et  affichant son non-conformisme à travers un éternel pull ras- du- cou en cachemire noir. Un homme de l’automobile? Pas vraiment aux yeux d’anciens cadres italiens de Fiat rencontrés chez Volkswagen et qui se disaient peu en phase avec ce PDG dont ils reconnaissaient toutefois les mérites en tant qu’ homme de chiffres. Si on réfère à deux événements marquants de ces dernières années, Marchionne est en outre un redoutable joueur  de poker.

Son premier coup, il l’a réussi en pleine crise de l’automobile en s’introduisant en 2009 – essentiellement aux frais  du contribuable américain- dans le capital de Chrysler dont le gouvernement d’Obama voulait se débarrasser. En retour, il offrit la technologie des moteurs Fiat. Le deuxième essai, il vient de  le transformer en rachetant au fonds de pension VEBA du syndicat UAW les 47% détenus dans le capital de Chrysler. Cette part estimée à 5 milliards de dollars par les analystes, il l’a payée 4,35 milliards, et encore: la somme sera financée à 60% par Chrysler lui-même, Fiat n’intervenant que pour  1,9 milliard de dollars sans devoir passer par une augmentation de capital redoutée. On comprend pourquoi l’action Fiat qui a gagné 22% en un mois!

Fiat-Chrysler au 7 e rang mondial

Voilà donc Fiat sauvé des eaux et propulsé grâce  à cette nouvelle entité Fiat/Chrysler au 7e rang mondial derrière Toyota, Volkswagen, General Motors, Hyundai, Ford et Nissan. Dans ce contexte, on aurait presque mauvaise grâce de reprocher à Marchionne d’avoir délaissé Fiat Italie au profit de la branche brésilienne, d’avoir réduit pratiquement les gammes à deux modèles (500-Panda, Ypsilon-Delta, MIto-Giulietta) ou pire, d’avoir « tué » Lancia en rebadgant  des Chrysler américaines du nom de l’ ex-marque italienne de prestige. Pour autant, espère-t-on à Turin, que l’opération américaine à succès ouvre de nouvelles perspectives économiques et technologiques chez Fiat où le coût d’une remise à jour des gammes dans les trois ans est estimé à 9 milliards d’euros.

Les autres inconnues à ce jour concernent le siège social de la nouvelle entité italo-américaine et le sort de la main d’oeuvre italienne dans un nouveau groupe   occupant 214.000 employés (dont 143.000 chez Fiat!) et commercialisant les marques Jeep, Dodge, Chrysler, Fiat, Abarth, Alfa Romeo, Lancia, Maserati et Ferrari. L’objectif est de produire à terme 6 millions de véhicules par an, au lieu de 4,5 aujourd’hui grâce à une extension en Amérique du Nord et la zone Asie Pacifique.

La descente aux enfers de Fiat

Symbole autrefois du miracle économique italien, Fiat a entamé sa descente aux enfers dans les années 90, à cause d’une gestion déficiente, d’un renouvellement trop lent de ses modèles populaires et surtout d’une image progressivement dégradée (fiabilité, finition) par rapport à des concurrents en quête de qualité, dont Volkswagen avec la Golf.  Jusque là, le poids de la famille Agnelli, Etat dans l’Etat italien et proche des  banques, avait permis d’éviter plusieurs crises et de surmonter les  luttes d’influence et les corruptions internes, parfois avec l’argent de Kadhafi lorsqu’il fallut se séparer de Seat. Mais en 2000, les déficits s’accumulent et le puissant Giovanni Agnelli, surnommé « l’Avvocato »,  approche des  80 ans (Il mourra trois ans plus tard). Endetté en 2002 à hauteur de 6,6 milliards d’euros, le groupe italien inspire à un grand magazine économique américain le titre « Arrivederci Fiat! »

Rencontrant en 2003 en tête à tête le patron de l’époque, Giancarlo Boschetti,  nous l’avions interrogé sur une restructuration trop longtemps attendue. La réponse du PDG de Fiat Auto avait été sans détour: « c’est quand on est vraiment dans la merde qu’on trouve les moyens d’en sortir! ». En 2005, peu après l’arrivée de Sergio Marchionne, Fiat reçut une bouffée d’oxygène inattendue de General Motors qui lui permit de renouer avec les bénéfices: renonçant à son option d’achat signée en 2000, GM perdit les 10% qu’il détenait encore chez Fiat et dut s’acquitter  d’un dédommagement de 1,55 milliards d’euros.

La suite, ce furent les restructurations sévères mises en place par Sergio Marchionne, des stratégies et  choix de produits pas toujours réussis, une absence d’investissements, la crise avec les syndicats italiens assortie de menaces de délocalisation et des chiffres de vente parfois gonflés artificiellement, comme en Belgique, pour masquer la réalité. Puis vint le coup de poker  de ce début d’année.

Sachant que Fiat tire 54% de ses bénéfices de l’Amérique du Nord et 9% de ses activités dans la Péninsule, quel est l’avenir du partenaire italien au sein de la nouvelle entité? La suite au prochain épisode d’une saga digne de la comedia del arte.

 

Publicités

Une réflexion sur “L’incroyable saga Fiat

  1. Réactions via lalibre.be

    aristote – Belgique
    C’est la Fiat 500 qui a sauvé Fiat. C’est un succès phénoménal. Comme la MIni. Source de bénéfices et de cash. Deux voitures avec personnalité. Que l’on reconnaît immédiatement. Deux voitures dans lesquelles on souhaite se voir. Très différentes de ces machines à se mouvoir, interchangeables, sans personnalité, confortables, économiques, équipées de tout le matériel indispensable mais très banales.

    06/01/14 à 12:27 )
    politique – Belgique
    FIAT ne meurt pas car ses propriétaires sont bien trop riches.
    FIAT c’est un département comme un autre d’un conglomérat industriel et financier puissant.
    Mercedes a remis Chrysler sur pied au niveau de la modernisation des usines mais le caractère suffisant des hommes de Stuttgart a été une catastrophe et aucune collaboration n’a été possible. Mercedes a perdu énormément d’argent avec Chrysler.
    Le groupe FIAT c’est aussi Ferrari

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s