Lassé par la crise, l’automobiliste a retrouvé au Salon le goût de l’achat


La guerre des prix a été très sévère  au Salon: tout bénéfice pour l'acheteur. Ph. YdP
La guerre des prix du Salon a été très sévère cette année, au bénéfice de l’acheteur en tout cas. Ph. YdP

Loin de toute euphorie, les importateurs automobiles évoquent une certaine reprise du marché belge et l’amorce de nouvelles tendances. Certains ont aussi noté pendant les dix jours du Salon de Bruxelles un changement de comportement des visiteurs: lassés par la crise et une communication reposant sur la peur depuis 2008, ils auraient retrouvé le goût de l’achat. On passerait  lentement « d’un mode crise à un mode reprise », estime le n°1 Volkswagen.

Pour traverser les allées de Palexpo hier soir peu avant sa fermeture, mieux  valait ne pas avoir les oreilles trop sensibles: libérant une tension accumulée pendant ce grand show, les acteurs du Salon célébraient sa fermeture dans le traditionnel concert de klaxons, voire en improvisant un pas de danse. Même si le besoin de faire la fête n’était pas identique sur tous les stands, entre le succès des marques de prestige et innovantes et la vie toujours  difficile en Europe de quelques constructeurs généralistes.

Un bon crû au-delà des chiffres de fréquentation impressionnants relevés par la Fébiac (585.000 visiteurs)? N’attendez pas d’un porte-parole d’un importateur qu’il vous dise avoir vécu un mauvais Salon! Mais entre « les offres en hausse alors qu’on prévoyait un statu-quo » (Volkswagen), « les chiffres correspondant  à nos attentes » (Opel), « un nouveau record pour la dixième année consécutive » (Hyundai), « un bilan satisfaisant mais sans euphorie » (Renault),  « des ventes qui ont démarré plus fort et tôt que d’habitude » (Jaguar/ Land Rover) ou « une année exceptionnelle mais on vient de loin » (Mazda), une certaine satisfaction ponctue le baromètre annuel de l’automobile.

Ce Salon a aussi mis en évidence quelques attitudes nouvelles. La première est d’ordre psychologique: « les gens sont lassés par la communication de crise qui dure depuis 2008  et ont envie de remplacer leur voiture », lance Marie-Louise Van Dyck, attachée de presse de Nissan qui fêtait dimanche soir la vente du millième Qashqai  en quelques semaines (une des  « premières mondiales » du Salon).  William Meerschaut (Hyundai) confirme:  » l’état d’esprit des candidats acheteurs était différent cette année: ils ne s’interrogeaient plus sur la nécessité de franchir le pas mais étaient prêts à passer à l’acte; il nous restait à les convaincre d’opter pour un de nos produits ».

Le retour du moteur essence se confirme

Une deuxième tendance était plus attendue après une année 2013 où le moteur à essence a repris le pas sur le diesel: « le client ne se contente plus de regarder le prix du carburant à la pompe mais s’intéresse aussi au coût de l’entretien et à la fiscalité », rappelle Peter Gemoets (Mazda). Quelques exemples du passage progressif du diesel vers l’essence: la Renault Twingo a été plébiscitée à 90% en essence (la  prochaine version ne sera plus proposée en diesel), la VW Polo à 70%,  l’Opel Meriva et même la Hyundai ix-35  à 50%. Il faut préciser que les nouveaux moteurs essence ont singulièrement évolué, qu’il s’agisse notamment de l’Opel 1.4 turbo ou du Hyundai GDi à injection directe.

Plus étonnant: chez Volkswagen, un acheteur sur deux de la petite Up! a porté son choix sur une énergie alternative (électricité ou gaz naturel). « Nous avons aussi constaté un début de frémissement autour du Zafira Tourer CNG, note  Michel Retour  (Opel), même si cette technologie est loin d’être neuve dans notre gamme ». Outre la prime momentanée de 2.000 € offerte par l’association des gaziers et compensant la différence de prix à l’achat, le gaz naturel est beaucoup moins cher que l’essence. « En revanche, déplore Karl Schuybroek (Renault), la progression des ventes de nos modèles électriques reste très timide. »

Une concurrence effroyable et des prévisions incertaines

Ce bon Salon a priori – on attend les chiffres de ventes effectives dans les deux prochains mois- présage-t-elle une année 2014 correcte au niveau commercial?  « On ne sait pas, avoue Jean-Marc Ponteville (Volkswagen). La concurrence est effroyable et il n’y a jamais eu autant de promotions et de pression sur les prix et donc aussi sur les marges des distributeurs. Nous sommes pris en ciseau entre les exigences coûteuses en matière de sécurité et d’environnement et le prix à la vente. La seule voie est de réaliser des économies d’échelle à tous les niveaux, depuis les plate-formes communes jusqu’à la distribution. Nous demandons aussi au pouvoir politique de prévoir un système fiscal harmonieux et durable, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. 

Michel Retour surenchérit: « on nous demande de développer des moteurs à énergie alternative, électriques ou au gaz naturel par exemple. Cela nécessite des frais de développement et de fabrication plus des heures de formation du réseau et des coûts supplémentaires pour les pièces de rechange et le service après-vente. Mais il faut que les gouvernements nous aident à écouler ces produits: si l’an dernier, on a vendu 10.000 voitures électriques en Hollande au lieu de quelques centaines chez nous,c’ est grâce à une prime de 7.000 € à l’achat. »

Peut-être faudrait-il commencer par harmoniser la fiscalité entre nos régions: « Il est difficile de faire la promotion nationale d’un produit, rappelle Peter Gemoets (Mazda) quand rien que la TMC (taxe de mise en circulation) varie de plusieurs centaines d’euros entre la Flandre et la Wallonie ».

Autant de suggestions formulées au terme d’un Salon aux allures de coup de projecteur annuel sur le monde de l’automobile mais qui risquent  de tomber dans l’oubli dès ce lundi, au mieux  jusqu’aux prochaines élections, au pire jusque janvier 2015.

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