Pour Jaguar et Land Rover, la belle aventure chez l’Indien Tata est loin d’être finie


La nouvelle F-Type, émanation de la vraie Jaguar sportive.
La nouvelle F-Type, émanation de la vraie Jaguar sportive.

Le décès étrange du Directeur Général de Tata Motors a ramené à l’avant de la scène un constructeur automobile indien atypique et à qui Jaguar et Land Rover doivent une relance exceptionnelle et les meilleurs chiffres de leur histoire enregistrés en 2013.

Karl Slym, un Britannique de 51 ans, est mort dimanche dernier à Bangkok après être tombé par la fenêtre de sa chambre d’hôtel. Ce décès dramatique – la police locale pense qu’il s’agit d’un suicide- n’aurait pas dépassé la rubrique des faits divers  si cet ancien cadre de General Motors n’avait pas été engagé en 2012 pour redresser les ventes des voitures  Tata, hors Jaguar et Land Rover. A la mi-janvier, Tata a  dévoilé une nouvelle gamme de moteurs maison (Revotron) mais aussi  une Nano Twist un peu moins basique, après l’échec d’une première version présentée en 2009 comme « la voiture la moins chère du monde » combinant le prix d’un scooter et la sécurité d’un véhicule à 4 roues.

Cette Nano à 100.000 roupies ou 1.800 € (la nouvelle coûtera 1.000 € de plus) dans laquelle Tata avait investi 350 millions de dollars, les Indiens l’avaient boudée: elle ne répondait pas à l’image d’ascension sociale symbolisée par l’automobile, et ils lui avaient préféré des modèles étrangers un peu plus chers. Pas de quoi mettre en péril le holding de tête du groupe Tata actif dans les secteurs de l’acier, de l’informatique, de l’automobile, de l’hôtellerie et bientôt de l’aéronautique à travers une nouvelle compagnie aérienne attendue cette année en collaboration avec Singapour Airlines. Le tout représente un chiffre d’affaires de 77 milliards d’euros à travers des entreprises occupant 450.000 salariés. Tata est même devenu leader mondial dans le secteur du thé grâce au rachat de Tetley.

Un achat de 2,3 milliards de dollars

Dans le monde automobile, Tata était peu connu il y a quelques années, si ce n’est à travers ses véhicules utilitaires ex-Daewoo, un accord de coopération avec Fiat et des projets de moteur à air compressé; Ratan Tata, le patron de Tata Song, avait aussi eu droit à la « Une » en posant en 2008 aux côtés de la Nano, après avoir été consacré businessman de l’année 2005 par le magazine Forbes pour sa restructuration réussie des 80 sociétés du groupe .

Ainsi, lorsque Ford, aux prises avec la crise de l’automobile américaine, céda en 2008 ses filiales britanniques Land Rover (qui avait déjà appartenu à BMW) et Jaguar  à Tata au prix de 2,3 milliards de dollars, on craignit le pire outre Manche. « Il s’agit d’un achat de pure vanité, disait-on: que peut apporter ce constructeur indien à des marques aussi prestigieuses dont il va sans doute délocaliser la production »? Bref, c’était la fin de l’industrie automobile britannique déjà secouée par le transfert de Mini (chez BMW), de MG Rover (chez le Chinois Geely) ou de Rolls-Royce et Bentley devenus propriétés respectives des groupes  BMW et Volkswagen. En Belgique, le personnel de l’importateur Jaguar- Land Rover (JLR), installé dans les locaux de Ford à côté de Bruxelles, se disait « fataliste« après quelques années très chahutées.

Un an plus tard et malgré la crise qui sévissait dans l’automobile et des pertes d’emplois chez JLR, le discours des cadres britanniques avait complètement changé: »Tata n’a pas délocalisé nos activités en Inde, il nous a évité toute bureaucratie inutile, il investit et nous laisse assumer la responsabilité de l’entreprise. Il nous demande juste ce que nous faisons et si nos choix apportent une valeur ajoutée à la société ». Dans le même temps, les médias s’intéressèrent davantage à Ratan Tata, issu de la communauté Parsi et de la religion zoroastrienne connue pour son éthique et son sens du service à la communauté. Apprécié pour sa lutte contre la corruption, Ratan Tata permit aussi à des trusts sociaux et culturels de prendre des parts dans un holding dont sa famille ne détient que 3%.

Et puis surtout, l’approche subtile de Tata, loin de celle vécue lors d’autres regroupements automobiles, et les investissements consentis insufflèrent un nouveau dynamisme dans l’entreprise, permirent d’améliorer les structures et favorisèrent le développement des deux marques -design, technologie, innovations- et l’émergence de nouveaux produits: si les Jaguar XF et Range Rover Evoque avaient déjà été conçues à l’époque de Ford, elles furent commercialisées sous l’ère Tata dans des gammes où apparurent  la Range Rover Sport et la superbe Jaguar F-Type. Une version sportive  R Coupé de ce dernier modèle était exposée au récent Salon de Bruxelles.

La meilleure année de l’histoire de Jaguar et Land Rover

Concrétisant les efforts réalisés depuis 2008, JRL a réalisé la meilleure année de son histoire en 2013 et écoulé plus de 76.000 Jaguar (+ 42% par rapport à 2012) et  348.000 Land Rover (+ 15%). Les ventes globales ont progressé de 19%, voire de 30% dans la région Asie-Pacifique et 21% en Amérique du Nord. En Belgique, Jaguar et Land Rover ont gagné respectivement 5,4% et 2,8% sur un marché globalement  stable.

En outre, JRL a encore de beaux jours devant lui car Tata va investir pas moins de 3,24 milliards d’euros ces prochaines années, y compris vers de nouveaux marchés! « Nous revendiquons l’héritage britannique de nos marques, a rappelé  Ratan Tata. Il repose sur des voitures rapides, attrayantes, aussi sophistiquées que possible et utilisant cuir et bois. La gamme Jaguar devrait être étendue d’ici à cinq ans dans le même esprit que BMW avec ses séries 7, 5 et 3. Une série 3 reste une BMW et pas un produit de masse. Nous poursuivrons les mêmes objectifs avec nos voitures d’entrée de gamme. »

Ratan Tata ayant pris sa retraite en décembre dernier à l’âge de 75 ans, la tâche incombera  à son successeur Cirus Mistry (44 ans) issu de la communauté Parsi de Bombay mais qui n’est pas un Tata, même si sa soeur a épousé le demi-frère de Ratan. En revanche, sa famille est un poids lourd de Tata Song dont elle détient 18% des actions.

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