L’auto, ennemi n°1 de notre société bien-pensante?


La voiture n'est pas qu'un objet de rêve pour les nostalgiques et les criminels de la route.
La voiture n’est pas qu’un objet de rêve pour les nostalgiques et les criminels de la route.

Les annonces réitérées du déclin et de la mort de l’automobile ne suffiront pas à la faire disparaître, écrit Mathieu Flonneau, maître de conférence à l’université Paris I. Ce spécialiste des problèmes de mobilité incite en revanche à repenser la mobilité choisie et librement raisonnée.

Les propos n’émanent pas d’un automobiliste français allergique aux radars (il y est favorable) ni d’un adepte de la liberté automobile sans contrainte ni même d’un membre de la communauté Coyote qu’il a plutôt tendance à fustiger. Mathieu Flonneau, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne et à Sciences-Po, publie  « Défense et illustration d’un automobiliste républicain »(1).   Un plaidoyer raisonné  contre l’anti-automobilisme . « Une idéologie,  expliquait-il il y a quelques semaines  dans « Le Figaro Magazine »(2), qui puise à diverses sources dont un fonds classique d’antitechnologie  mais aussi d’antilibéralisme ».

Pas de révisionnisme historique  

L’auteur rappelle que dans le modèle de croissance et d’intégration développé après la dernière guerre et pendant les « Trentes Glorieuses », la vitesse fut une valeur séduisante du progrès social. Le débat actuel sur le sujet est légitime, mais, selon lui,  nier le progrès lié à l’automobile équivaut à une forme de « révisionnisme historique ». En pratique, il s’interroge  sur certains ralentissements  au nom d’impératifs écologiques et de sécurité  qui amoindrissent et handicapent le réseau routier. Il s’en prend aussi à quelques idéologues  qui  s’acharnent contre l’automobile volontairement  « archaïsée » et rendue non concurrentielle en vue de favoriser un improbable et coûteux transfert modal, dont le rêve d’un chemin de fer plus efficace qu’un ferroutage. Voire en attaquant l’industrie nationale « parfois maladroite » au risque de réduire le paysage automobile aux modèles chinois et coréens.

Même critique à l’égard de certains transports publics : « financer, sans croissance, des tramways dans des villes moyennes est d’autant plus irresponsable que cela génère dettes et impôts ». Mathieu Flonneau évoque aussi les aménagements urbains « qu’il n’est pas question de remettre en cause » notamment dans des zones d’impertinence automobile. Mais encore faut-il ne pas les penser de façon idéologique en refusant la mixité jusqu’à l’absurde ou le rôle de certains axes historiquement  « utiles dans une métropole productive et mobile ».

Plus globalement, l’auteur plaide pour une vision globale des transports qui prenne en compte aussi les aspirations des automobilistes et l’ancrage des populations. « Ce n’est pas en créant des boucs émissaires et en fracturant la société qu’on résoudra les problèmes d’environnement nés de la logique exponentielle des mobilités. »

Doit-on pour autant assimiler les automobilistes à des chevaliers blancs ? Le maître de conférences en histoire contemporaine évoque « une sorte de confrérie d’élus qui auraient le droit de rouler plus vite que la limitation de vitesse » et parle d’un communautarisme limite poujadiste pour désigner la contestation violente des éco-taxes : « la route a un prix qui doit être payé parce qu’elle est utile à l’économie et qu’elle rapporte ». Et pour repenser la mobilité choisie et raisonnée, il faut notamment  se départir de l’idée selon laquelle l’automobile serait nécessairement un mode individuel ; elle peut être un mode collectif et convivial via des formules de partage, tandis que sa possession devient secondaire.

Un symbole de liberté

Plus globalement, l’auteur plaide pour un nouveau contrat social de l’auto conciliant la préservation de l’environnement et le maintien d’une capacité constante de la société à produire des emplois et du bien-être. Enfin, à  propos des mondes divers de l’automobile (du véhicule utilitaire à la voiture de collection) et de son rôle, y compris dans les pays en voie de développement, il y a un mot qui revient souvent dans ses propos : liberté.  Elle inclut celle d’investir les routes secondaires, hors GPS, cartes et guide Michelin en poche, pour découvrir la France « loin du grégarisme des sentiers battus ».

Bref, mitraillant une certaine pensée politiquement correcte, Mathieu Flonneau  est demandeur d’un débat plus raisonné et refuse d’assimiler la voiture à un objet qui ne ferait plus rêver que les nostalgiques ou les criminels de la route. Un débat qui mériterait de franchir les frontières de l’Hexagone  et d’investir nos villes.

(1)    Défense et illustration d’un automobilisme républicain, Essais libres de Mathieu Flonneau, Descartes & Cie, 9,50 €.

(2)    Ne tirez plus sur l’automobiliste, interview de Mathieu Flonneau par Patrice De Méritens , Le Figaro Magazine, samedi 8 mars 2014..

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