» La réduction de chaque gramme de CO2 nous coûte 100 millions d’euros! »


Martin Winterkorn, CEO de Volkswagen, demande un peu de répit à l'Europe avant de définir de nouvelles normes après 2020 pour les rejets de CO2. (ph. Y. de P.)
Martin Winterkorn, CEO de Volkswagen, demande un peu de répit à l’Europe avant de définir de nouvelles normes après 2020 pour les rejets de CO2. (ph. Y. de P.)

Le propos passé est passé un peu inaperçu en dehors de la presse allemande car il a touché essentiellement les invités  de la « Volkswagen Group Night », en préouverture du Mondial de l’auto. Selon Martin Winterkorn (CEO de VW)  interpellant les autorités européennes à Bruxelles, «  la réduction de chaque gramme de CO2 nous coûte 100 millions d’euros et, avant de franchir un troisième pas après 2020, il faut achever le premier. » Mais encore?

Ne cherchez pas un pavillon n°6  au rendez-vous parisien de l’automobile: il sert de  parking pour autocars pendant le Salon. Mercredi dernier en revanche, il avait revêtu ses habits de lumière dans un décor très parisien pour une soirée de prestige autour du patriarche Ferdinand Piëch, de tout le staff VW et de ses ambassadeurs dans le monde dont Jacky Ickx. Après avoir renoncé à un autre site à Saint Denis, Volkswagen avait installé en quelques semaines mezzanines et tribunes pour 2.000 personnes, pistes inclinées accueillant un ballet automobile, podium, luminaires, rampes en fer forgé, cuisines…

Un investissement à l’image d’un groupe employant 180.000 personnes, contrôlant 106 usines et candidat à la place de n°1 mondial en 2018 (quelques 10 millions de véhicules aux noms de ses 12 marques devraient être produits cette année). Concluant la soirée face à un auditoire majoritairement allemand et fier de son industrie automobile nationale, le CEO Martin Winterkorn lança une annonce forte aux autorités européennes. Après avoir  rappelé les bouleversements fondamentaux affrontés par l’automobile et deux de ses défis – la numérisation et la diversité des moteurs -, il demanda un peu de répit avant d’affronter de nouvelles normes de C02: «  Elles demandent des efforts gigantesques à notre groupe-100 millions d’euros pour chaque gramme de C02- sans même savoir quand ils pourront être amortis ». Cette réglementation concerne en outre la seule Europe « et il ne faut pas mettre en péril notre compétitivité mondiale ».

L’Allemagne 18e dans le classement européen des émissions de C02

L’Allemagne automobile mal aimée des autorités européennes? La Chancelière Angela Merkel veille au grain:  grâce aux « super-crédits » qui, de 2020 à 2022, vont accorder dans les calculs un poids accru aux voitures les moins polluantes (électriques et hybrides), les constructeurs allemands bénéficient d’un bref répit par rapport à la date butoir de 2020; ensuite, ils devront respecter comme tout le monde les rejets moyens de 95 gr de CO2/km par marque (160 gr aujourd’hui, 130 gr  à partir de 2015).

Dans l’absolu, les émissions moyennes de C02 en Europe calculées sur les six premiers mois de 2014 ne plaident pas pour l’Allemagne, 18e dans ce classement avec 133, 80 gr/km (La Hollande est en tête avec 109,99 gr, la Belgique 10e avec 122,56 gr). Les causes sont connues: les constructeurs allemands produisent davantage de grandes voitures sportives et puissantes destinées aussi aux pays émergents devenus essentiels pour leur rentabilité et le financement de leurs recherches. D’où le grand écart au sein du groupe VW par exemple, entre la XL1 consommant 1 l/100 km et les 23 litres en cycle « normalisé » de la Bugatti Veyron Super Sport de 1.200 ch.

Le thème est toutefois plus complexe que le seul langage politique ou environnemental de base. L’Europe a fait elle aussi le grand écart: en encourageant  les moteurs diesels plus sobres, rejetant moins de C02 et donc participant à la lutte contre le réchauffement climatique (!), elle a longtemps négligé  les effets des particules fines néfastes  ou de l’oxyde de carbone (NOx) qui, à l’inverse du C02, est un vrai polluant. De même, elle a beaucoup trop tardé à modifier le test de consommation conventionnel NEDC datant de 1973 et dont les conclusions sont totalement dépassées avec des chiffres impossibles à reproduire dans le trafic. Il devrait être remplacé sous peu par un test WLTC en principe plus proche de la réalité, même si le lobby automobile essaye de l’influencer.

Les petits moteurs à essence peuvent aussi rejeter des particules

Aujourd’hui, les normes Euro 5  (limitation des particules aussi pour les moteurs à essence) et en septembre 2015 Euro 6 (réduction supplémentaire des émissions de 50%), tentent de concilier les rejets de CO2, de particules fines et de polluants, mais cela ne se fait pas sans mal, et le consommateur peut avoir du mal à s’y retrouver. Ainsi, l »automobiliste renonçant par souci d’écologie à un  moteur diesel au profit d’un petit moteur essence performant mais à injection directe est-il conscient que sa nouvelle voiture rejette aussi des particules fines susceptibles de pénétrer dans les poumons?

Pour l’industrie automobile, les nouvelles normes vont imposer des systèmes de traitement coûteux des polluants sur les diesels et, globalement, une évolution vers des voitures plus petites et plus chères dont les moteurs eux aussi de gabarit réduit seront moins souples, plus sophistiqués et peut-être moins fiables. Des réalités que devra  affronter en définitive le consommateur. Le plaisir de conduire devrait être préservé à travers les nouveaux véhicules hybrides essence rechargeables très présents notamment au Salon de Paris  mais  il s’agira de voitures alourdies par les batteries, plus complexes et donc plus coûteuses.

Au-delà d’un réflexe « politiquement correct » incitant à se réjouir de toute initiative européenne en faveur d’une réduction du CO2 et de la pollution automobile, le sujet mérite donc une réflexion approfondie sur des bases scientifiques et économiques.

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2 réflexions sur “ » La réduction de chaque gramme de CO2 nous coûte 100 millions d’euros! »

  1. QQ commentaires via « lalibre.be »

    Edouard Denis
    La bienpensance verdâtre est de plus en plus absurde…la RFA ferme les meilleures centrales nucléaires du monde pour les remplacer par du gaz et du charbon (au prix de bcp plus de CO2 et d’une facture qui explose pour le consommateur) et voilà qu’on lui demande de sacrifier sa meilleure industrie sur l’autel du CO2. Pendant ce temps, en Chine et aux USA, on se marre de voir l’Europe entraînée dans une spirale suicidaire (..

    Renaud de San
    Lui demande-t-on de sacrifier son industrie, ou lui demande-t-on « simplement » de s’adapter à une norme dans un but louable (réduction des émissions)? A lire ce pauvre homme, l’industrie automobile n’aurait aucuns efforts à faire et n’aurait à souffrir aucun bouleversement. La transition vers des moyens de propulsions plus propres, plus efficaces est nécessaire et inéluctable. Amusant de lire que: « une évolution vers des voitures plus petites et plus chères dont les moteurs eux aussi de gabarit réduit seront moins souples, plus sophistiqués et peut-être moins fiables. » Bref, à s’entêter, les constructeurs iront jusqu’à l’absurdité alors que la solution électrique est évidente>.

    Jean Piron
    le problème c’est la mobilité collective, alors a quoi ca sert de faire des bagnoles de 1200 cv!Nous sommes a un changement de société et on continue toujours dans une seule direction :la mobilité individuelle….arretons bon dieu.
    Idem pour les maisons,on pousse a grand renforts de bonne conscience et de fric les consommateurs constructeurs à réaliser des baraques 4 facades hyper pointues alors que la solution est dans le collectif.
    Idem pour la mobilité,tout est centralisé alors que les moyens informatiques et la décentralisation des capacités de production restent sur le carreau!
    un peu de bon sens….le Congo c’est fini!les grosses américaines d’après guerre aussi….
    et puis….M….

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  2. Je me permets de signaler une erreur.
    « elle a longtemps négligé les effets des particules fines néfastes ou de l’oxyde de carbone (NOx) qui, à l’inverse du C02, est un vrai polluant. »
    Il s’agit des oxydes d’azote et NON de carbone.

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