Francorchamps : quel avenir pour le « plus beau circuit du monde » ?


 

L'organisateur du prochain Grand Prix de Belgique ne semble pas inquiété par le préavis de grève du personnel du circuit.
L’organisateur du prochain Grand Prix de Belgique ne semble pas inquiété par le préavis de grève du personnel du circuit.

Un peu malgré lui, le circuit de Spa-Francorchamps est sur le devant de la scène depuis quelques jours suite au préavis de grève déposé par son personnel. Alors que se profilent cet été les 24 Heures de Spa –un « test day » aura lieu demain- puis le Grand Prix de Belgique, quel est l’avenir  de   ce fleuron des sports mécaniques ? Retour sur une interview de son directeur Pierre-Alain Thibaut.

C’était une journée d’hiver froide, grise et pluvieuse n’incitant pas à arpenter les belles forêts spadoises ni même à mettre le nez dehors. Dans les enceintes du circuit de Francorchamps, la couleur du ciel se mariait avec celle d’un béton d’autant plus envahissant au premier coup d’œil qu’il était privé de décorum : ni voitures, ni âme qui vive dans des zones cadenassées de toutes parts et au  pied d’un mastodonte au nom anglicisé (« pit building »).

Nostalgie ? Un peu quand même en référence à une époque où la verdure avait encore droit de cité dans les paddocks et où le public massé le long de la piste (60.000 spectateurs payants dans les belles années des 1.000 Km de Spa, 70.000 pour le Grand Prix de Belgique moto !) n’avait pas besoin de jumelles pour voir les véhicules en gros plan. Nostalgie, disions-nous ? A une exception de taille : c’était aussi  une époque aux accents parfois tragiques et où une sortie de route au milieu du raidillon ou dans la courbe de Blanchimont offrait deux alternatives après un contact violent sur les rails dits de sécurité : des contusions et blessures plus ou moins graves ou…la mort ; aujourd’hui, avec un peu de chance, on revient sur la piste et on poursuit la course.

Des sensations de pilotage à nulle autre pareille

Entre-temps, la Formule 1 moderne est passée par là au début des années 80 et la longueur du circuit a été réduite de moitié (de 14 à 7 km), sans lui enlever ce qui reste son atout majeur : des sensations de pilotage à nulle autre pareille. « Quand on a l’habitude de rouler ici, on s’ennuie ailleurs car le plaisir de conduire à Francorchamps est gigantesque », lance Pierre-Alain Thibaut. Si l’avis n’est pas neutre en regard des fonctions actuelles de son auteur, il émane d’un ex-champion de Belgique en tourisme  (Procar) et 4e des 24 Heures de Francorchamps 1984 qui a mené en parallèle une carrière semi-professionnelle en sport automobile et un « vrai » métier, notamment dans les médias. Cette  double casquette de pilote – il roule encore dans des courses historiques en Europe- et de cadre a séduit fin 2008 Etienne Davignon  et les acteurs de Francorchamps à la recherche d’un directeur pour la nouvelle  société du circuit en gestation.  Une  SA de droit public remplacera (enfin !) trois ans plus tard les anciennes ISF (Intercommunale du circuit de Spa-Francorchamps)  et société de promotion et que préside aujourd’hui François Cornelis, par ailleurs à la tête du RACB. « Je n’aurais jamais imaginé  me retrouver un jour ici, avoue le « general manager » qui nous reçoit dans son bureau bordant la piste. Cette opportunité est tombée du ciel au bon moment ».

Une histoire chahutée

Le job proposé n’avait pourtant rien d’un long fleuve tranquille eu égard à l’histoire chahutée des trente dernières années à Francorchamps, à partir du moment où les autorités politiques provinciales et régionales ont ramené le Grand Prix de Belgique sur le circuit spadois en 1983, prenant par la même occasion les rênes de ce fleuron des sports mécaniques.

Pour le meilleur et le pire ? Sur le passé, Pierre-Alain Thibaut s’abstient de tout commentaire et, en référence à son arrivée, avance des propos politiquement corrects et affirme « que la cohabitation ne s’est jamais mal passée en ce qui le concerne ». Il concède juste avoir «  appris la patience » au sein de cette SA de droit public soumise à une  rigueur administrative qui justifie par exemple un délai de 3 ans entre le choix d’un projet et sa réalisation.  « Au-delà de quelques appréhensions par rapport à ce que j’avais entendu dire, j’ai été séduit par l’approche proposée et la volonté de faire fonctionner le circuit comme une SA, d’installer une vraie gouvernance et de développer le chiffre d’affaires à travers nos activités. En outre, grâce à un contrat de gestion signé en 2014 avec la Région Wallonne, les choses sont aujourd’hui plus claires que par le passé et des lignes directrices claires ont été établies. »

Francorchamps a failli cesser toute activité

Si un grand  pas a donc été franchi vers plus de professionnalisme, ce ne fut pas sans quelques émotions pour un directeur qui avoue être plongé jusqu’au cou dans ce circuit : « un an après mon arrivée, l’avocat défendant nos intérêts à la Région Wallonne m’a téléphoné pour m’annoncer  que, suite à une décision du Conseil d’Etat, Francorchamps devait cesser toute activité ! ». En cause, un conflit avec les riverains à propos des nuisances sonores : « en concertation avec les associations de riverains et le cabinet du ministre Henry (en charge à l’époque de l’environnement), nous avons réussi à bloquer cette décision et à mettre en place un nouveau permis unique reprécisant des normes  peu respectées auparavant. Aujourd’hui, nous disposons de 20 week-ends où le niveau sonore peut dépasser 103 décibels, répartis dans une fourchette comprenant trois catégories : 107, 118 et plus de 118 décibels. De ce fait, on refuse certaines séries de voitures et le bruit des moteurs est contrôlé strictement, ce qui a permis de rétablir la confiance avec les riverains. »

Aujourd’hui, Francorchamps vit bien et profite au maximum de l’aura du Grand Prix de Belgique F.1 qui l’aide à remplir un calendrier pléthorique entre week-ends de course et réservations multiples de la piste monopolisant 220 journées. Entamée le 16 mars, la saison se poursuivra sans interruption jusqu’ au 15 novembre , avant de laisser la place à d’autres activités dont un cyclocross international en décembre. Le chiffre d’affaires de la SA Circuit de Spa-Francorchamps est passé de 5,2 millions d’euros en 2008 à  plus de 8 millions en 2014, avec un cashflow estimé à 3,8 millions et un bénéfice de 833,431 euros en 2013.  Cette année, 3,6 millions d’euros vont être investis notamment  afin d’améliorer les infrastructures et le confort des spectateurs : installation d’un totem lumineux  à la chicane pour visualiser les classements, réaménagement de la pit lane endurance dans la descente vers le raidillon, fin des travaux de réhabilitation  du réseau sonore etc. « Une  autre priorité absolue est la sécurité : les anciens feux des 30 postes de commissaires vont faire place à des lampes leds, les barrières de pneus vont être reconstruites avec un matériau plus absorbant, des treillis remplacés et un nouveau véhicule anti-incendie est attendu.»

La F.1 jusqu’en 2018… au moins

Sans le retour des Formules 1, on peut néanmoins penser que Francorchamps n’existerait plus car seule cette perspective a permis d’ouvrir largement les cordons de la bourse publique. Jusqu’à l’excès ? C’est le sujet qui fâche annuellement les défenseurs du circuit lorsque les déficits du Grand Prix sont largement diffusés dans les médias, agrémentés d’interrogations sur l’utilité pour la Région Wallonne d’investir des millions d’euros -7 encore en 2014- pour éponger les dettes de ce grand show.

A priori, le sujet ne concerne pas la direction du circuit : « il faut éviter les amalgames car la gestion du circuit et l’organisation du Grand Prix sont aux mains de sociétés séparées, souligne Pierre-Alain Thibaut, même si toutes deux dépendent de la Région Wallonne. Je rappelle que la SA Circuit de Spa-Francorchamps dégage un bénéfice et finance tous ses investissements grâce au cashflow généré par son activité et sans faire appel à l’emprunt. Le remboursement de l’emprunt contracté pour la construction du « pit building » se fait grâce à une aide régionale accordée à l’époque à l’Intercommunale. »

A titre personnel, le directeur du circuit ajoute des données complémentaires : « aucun Grand Prix dans le monde n’est rentable, le déficit du Grand Prix de Belgique est probablement le plus faible et les retombées pour la région et pour l’image de la Belgique sont infiniment plus importantes que les investissements annuels consentis. »

Et  si la F.1 quittait Francorchamps malgré tout, qu’adviendra-t-il ? « C’est une épée de Damocles qui  nous pend sous le nez, mais je ne crois pas personnellement à ce scénario. La Région Wallonne est convaincue de l’utilité du Grand Prix et Francorchamps fait partie de l’histoire de la Formule 1 et reste un des événements incontournables de la saison ».

Que penser enfin de la mini-tornade sociale actuelle  liée au règlement de travail des employés de Spa-Francorchamps représentant 37 équivalents « temps plein »? A la tête du circuit, la discrétion est de mise, et le R.A.C.B.  en dira peut-être plus ce soir lors de la présentation des « 24 Heures de Spa ». Quant à André Maes, directeur de la société Spa GP, il s’est prononcé sans ambages sur le site de la dh.be, estimant  qu’il n’avait pas besoin du personnel du circuit pour faire fonctionner le Grand Prix de Belgique.

Pierre-Alain Thibaut, directeur du circuit de Spa-Francorchamps.
Pierre-Alain Thibaut, directeur du circuit de Spa-Francorchamps.

 

 

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