La France préfère les radars sophistiqués à la recherche des vraies causes de la mortalité routière


Sur les autoroutes françaises, la vitesse inadaptée est responsable de 16% des accidents mortels.
Sur les autoroutes françaises, la vitesse inadaptée est responsable de 13% des accidents mortels.

La mortalité routière reste dramatique, notamment en  France:  3.384 personnes y ont perdu la vie en  2014. Une raison largement suffisante pour rechercher impérativement ici et ailleurs les  vraies causes des accidents, fussent-elles complexes, plutôt que de se focaliser sur la seule vitesse.

Vous serez nombreux ce week-end et les prochaines semaines à parcourir la France en voiture et peut-être aurez-vous prévu dans votre budget un « en-cas PV »de 50 à 100 euros que des dizaines de milliers de vacanciers belges devront acquitter. Des chauffards? Non, très majoritairement des distraits qui  auront manqué le dernier panneau annonçant une vitesse limitée provisoire… et les gendarmes camouflés  à proximité.  En sillonnant autrefois les nationales françaises, on se montrait attentif aux traversées de villages, aux tracteurs ou aux voitures sans permis évoluant à 40 km/h; aujourd’hui, on observe son compteur de vitesse et on recherche les radars cachés.

Les pouvoirs publics et la plupart des associations pour ou contre l’automobile, constate le site français « Slate fr » (1) dont nous reproduisons de larges extraits ci-dessous, préfèrent les discours simplificateurs, les autojustifications et les anathèmes à la réalité complexe de la sécurité automobile. Il vaut mieux se pencher sur la réalité, c’est-à-dire les chiffres de la mortalité routière en France en 2014 et ce qu’ils signifient.

Comme toute statistique, il faut l’étudier en connaissance de cause. Savoir que dénoncer une augmentation des accidents, des blessés et des morts n’a pas grande signification si dans le même temps il n’existe pas de chiffres sur l’augmentation ou la baisse de la circulation, du nombre de véhicules sur les routes et des kilomètres parcourus.Il faut considérer aussi avec certaines précautions les causes de mortalité telles qu’elles sont indiquées par les forces de l’ordre. Quand elles sont difficiles à identifier, gendarmes et policiers mettent en cause de façon assez automatique la vitesse excessive. Il est difficile de démontrer le contraire et cela cadre parfaitement avec le discours des pouvoirs publics qui pour justifier la multiplication des radars et la manne que cela représente laissent entendre que la vitesse reste le facteur essentiel à l’origine des accidents. Ce qui est faux et depuis longtemps. C’est évidemment et mécaniquement un facteur aggravant sur les conséquences d’un accident, c’est de la physique de base, pas forcément la cause de la collision ou de la perte de contrôle du véhicule.

L’alcool, première cause de mortalité sur les routes en France

Les rares experts indépendants en France (c’est-à-dire qui ne sont pas payés par un organisme public ou par une association financée par les deniers publics) et bon nombre d’experts hors de France expliquent, selon Slate fr, que la sécurité routière est une équation très complexe, qu’elle ne se résume pas à une simple question de vitesse qui n’est qu’un facteur parmi d’autres de la mortalité sur les routes et pas le plus important en France aujourd’hui, loin de là. Cela apparaît très clairement dans les statistiques de 2014. L’alcool a été l’an dernier la première cause de mortalité sur les routes. Ainsi 28% des personnes tuées l’ont été dans un accident où au moins un conducteur avait un taux supérieur à 0,5g/l. Les stupéfiants suivent de près. La présence de drogues a été décelée dans 23% des accidents mortels. Alcool et drogues sont ainsi à l’origine de plus de 50% des morts sur la route. Le non port de la ceinture de sécurité est à l’origine de 21% des tués chez les automobilistes et la fatigue, la somnolence seraient en cause dans 9% des cas.

En tout, le nombre de tués sur les routes française a augmenté de 3,5% par rapport à 2013 et 3.384 personnes ont ainsi perdu la vie. C’est 116 de plus qu’en 2013. Sur ces 3384 morts, 1.663 soit moins de la moitié se trouvaient dans des voitures, 625 sur des motos, 499 à pied, 165 sur de petits deux-roues à moteur, 159 des vélos et le reste des camionnettes, des camions et autres.

La répression n’explique pas tout

Cela n’empêche pas les pouvoirs publics et les associations qui luttent pour la sécurité routière de ne cesser de stigmatiser la vitesse. C’est facile et peu importe si cela ne correspond pas à la réalité. Ainsi, la baisse quasiment continue des accidents sur les routes, du nombre de blessés et de morts depuis les années 1970 en dépit d’une augmentation considérable du nombre de véhicules et des kilomètres parcourus tient autant voire plus à des éléments techniques, culturels et psychologiques qu’à la seule efficacité de la répression et de la peur du gendarme, même si cette dernière a évidemment joué un rôle.

L’amélioration continue depuis trente ans de la tenue de route des véhicules, de leur sécurité active (en mouvement) et passive (résistance aux chocs), du freinage, des pneumatiques, de l’éclairage, des technologies de sécurité (airbags, ABS, contrôles de trajectoire…), des infrastructures routières et notamment des revêtements et de la signalisation, la maturité plus grande des conducteurs et un meilleur respect des règles de circulation et enfin l’efficacité de la médecine d’urgence sont l’ensemble des facteurs qui ont réduit le nombre d’accidents et leurs conséquences. En 1970, on pouvait rouler en France impunément à 200 km/h avec 1 gramme d’alcool dans le sang sans ceinture de sécurité et avec une voiture qui ne tenait pas la route posée sur des pneus de la largeur de ceux d’une moto, qui freinait mal et explosait littéralement au moindre choc! Pas étonnant donc si le nombre de morts par an sur les routes est passé de 17.000  en 1971 à moins de 3.400 l’an dernier.

La vitesse inadaptée concerne 13% des accidents mortels sur autoroute

L’association 40 millions d’automobilistes explique ainsi que «depuis 2012, les accidents mortels sur autoroute ne représentent plus que 6% du total des accidents, ce qui en fait le réseau le plus sûr de France. De plus, ces accidents ne sont dus que pour 13% d’entre eux à une vitesse inadaptée. Ce qui représente un peu plus d’une vingtaine de morts par an.» Plus significatif sans doute, les autoroutes françaises sont tout simplement les plus sûres d’Europe avec 5,4 morts par milliard de kilomètres parcourus devant les autoroutes anglaises ou suisses et leurs vitesses limitées à respectivement 115 km/h et 120km/h, inférieures au 130hm/h en France.

Pour réellement réduire les accidents, Slate fr évoque entre autres une tolérance zéro pour l’alcool et la drogue au volant, une meilleure formation des conducteurs et l’interdiction totale du téléphone et autres facteurs de distraction du conducteur. Globalement, le constat vaut aussi pour la Belgique, moyennant quelques paramètres variables : un parc automobile plus moderne chez nous, un moins grand nombre d’automobilistes circulant sans permis (le permis à point n’existe pas encore en Belgique…) et un état des routes largement inférieur à celui de nos voisins.

Reste le thème essentiel de cet article: pour réduire encore la mortalité routière, il faut arrêter les discours simplistes et les mesures qui en découlent, et se pencher sur les causes majeures des accidents.

(1) Slate fr

 http://www.slate.fr/story/104231/mortalite-routiere-accident-verite

 

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