L’affaire Volkswagen entre tricherie avouée, dissimulations et hypocrisie


La dépollution automobile a un coût à supporter par tous les acteurs.
La dépollution automobile a un coût à supporter par tous les acteurs.

La chute en bourse de l’action Volkswagen et  la démission  de Martin Winterkorn, CEO du premier constructeur automobile mondial, ne sont  que les prémices d’un grand déballage au sein d’un secteur en crise. Tout le monde est responsable, de l’industrie au monde politique via le consommateur.

Dans cette affaire Volkswagen, il y a au moins un élément clair : la tricherie du constructeur allemand est avérée et avouée.  Sur les moteurs diesels dits EA189, un logiciel a bien été placé pour couper les émissions nocives lors des phases destinées à tester les rejets de polluants, dont les oxydes d’azote.

Rien à voir donc avec les mésaventures américaines de  Toyota  qui, après avoir rappelé 3,8 millions de voitures aux Etats-Unis pour remplacer la pédale d’accélérateur, a accepté en 2013 de payer un dédommagement de  16 millions de dollars pour un défaut technique –accélérateur bloqué- qui n’a jamais été prouvé. Mais afin de redresser son image dégradée, y compris à cause d’une mauvaise communication interne, Toyota n’a pas eu d’autre choix que d’adopter un profil bas face à la justice et à l’opinion publique américaines.

Si le séisme Volkswagen est aussi parti des Etats-Unis via une ONG avant de remonter jusqu’à la justice fédérale, le phénomène est d’une autre ampleur.  Non seulement, il va toucher Volkswagen dans tout ou partie du monde mais il a toutes les chances d’éclabousser d’autres constructeurs, voire l’ensemble du secteur automobile.

L’enjeu est à la fois technique, économique et politique.

A l’heure de la future voiture téléguidée, la gestion électronique  d’un moteur est parfaitement maîtrisée. Elle explique par exemple en Europe l’écart grandissant entre les tests d’homologation officiels imposés avant la sortie de chaque nouveau modèle et la réalité du terrain. Organisés sur un banc d’essai, ces tests ont été optimisés par les constructeurs pour atteindre des consommations  et donc des rejets de polluants tout-à-fait aléatoires  et dont le seul intérêt pour le consommateur  réside aujourd’hui dans la comparaison entre deux modèles concurrents, et concerne bien sûr aussi les taxes liées à la pollution « officielle ». De là à aller plus loin dans la sophistication électronique afin de fausser les normes environnementales, il y a un pas que VW au moins a franchi.

Chaque réduction d’1 gramme de CO2 coûte 100 millions de dollars à VW

Sur un plan économique, l’enjeu de la dépollution est tout aussi crucial. Il suffit de rappeler une déclaration au Salon de Paris 2014 de Martin Winterkorn selon qui chaque réduction d’1 gramme de C02 coûte 100 millions de dollars à son groupe ! (Pour rappel, 106 usines, 12 marques, 10 millions de voitures produites par an). Or, l’industrie automobile soumise à très forte concurrence à travers de nouvelles marques livre actuellement une lutte sans merci sur des marchés saturés comme en Europe, soumis à un net ralentissement (Chine) ou proche de l’équilibre au niveau mondial où le marché devrait progresser d’1% seulement cette année. Elle freine donc tant qu’elle peut l’application de règlements contraignants relatifs à une pollution qui, il faut être de bon compte, a diminué drastiquement ces 20 dernières années. Et l’objectif majeur de chaque marque reste d’être concurrentielle dans son créneau et si possible profitable. Les distributeurs soumis à une pression parfois intenable ne diront pas le contraire tout comme les acheteurs bénéficiant parfois de remises plantureuses justifiées par l’obligation d’écouler les stocks.

Et à propos des règlements, l’Europe, moins stricte que les Etats-Unis, est en cause. Personne n’ignore que les tests d’homologation datant des années 70 sont obsolètes. En 2013 déjà, selon un rapport du service scientifique interne de la Commission européenne, « le test de conformité aux normes Euro ne permet pas d’évaluer précisément la quantité d’oxydes d’azote émis par les véhicules diesels sur la route ».

Mais les nouveaux tests tardent à se mettre en place. Pire : averti  par les Verts en juillet dernier de la fraude possible de Volkswagen, le ministère fédéral allemand des transports, soucieux de préserver son industrie nationale,  a pratiqué la politique de l’autruche, avant de préciser que la pratique était connue des services de l’Union européenne.

Et le consommateur ? Les vendeurs de voitures, en Belgique notamment, sont unanimes : à de rares exceptions près, seul le prix intéresse le consommateur qui a ainsi plébiscité jusque fin 2011 les modèles diesels parce qu’ils bénéficiaient de primes, sans se préoccuper du rejet des particules dénoncés par des scientifiques.

La situation va-t-elle changer ? Outre le volte-face attendu du ou des constructeurs impliqués et les conséquences politiques en Allemagne et en Europe, l’épisode Volkswagen pourrait aider le consommateur soucieux d’environnement à mieux accepter le juste prix de la dépollution. Il apparaît ainsi qu’un  système de traitement des gaz d’échappement plus sophistiqué aurait un effet positif, moyennant un coût supplémentaire de 300 à 500 € par voiture. L’hybridation et la voiture électrique offrent d’autres pistes d’avenir pour réduire la pollution urbaine qui reste la plus préoccupante. Mais, à l’image des produits alimentaires meilleurs pour la santé, il faudra pour les rendre populaires et donc compétitifs que le consommateur soit d’accord de payer le surcoût.

Ainsi, sans défendre en quoi que ce soit la tricherie du groupe Volkswagen, l’hypocrisie n’est pas  absente des jugements que peuvent porter les différents acteurs, y compris chacun de nous, sur cette affaire retentissante.

 

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4 réflexions sur “L’affaire Volkswagen entre tricherie avouée, dissimulations et hypocrisie

  1. Il s’agit également et surtout d’une attaque envers la technologie des moteurs diesel à injection directe. Certains cherchent clairement à précipiter la fin du succès de cette technologie afin que les consommateurs se dirigent plus facilement vers des véhicules électriques ou hybrides malgré leur surcoût.

    Même si la situation est différente aux Etats Unis et en Europe, l’objectif reste le même…

    Ce n’est pas vraiment l’image de marque des constructeurs allemands qui est mise en cause. Les consommateurs retiendront que le problème est lié à la technologie des moteurs diesels…

    Les chiffres de vente en termes de proportion diesel et essence/hybride parleront d’eux-mêmes d’ici peu.

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  2. Michel, une « attaque envers la technologie des moteurs diesel », vraiment ?

    Donc, soit c’est une attaque de l’extérieur envers Volkswagen, avec le noyautage de l’équipe de développement du moteur 2L 4cyl, soit c’est un sabotage interne dans le but de faire progresser d’autres départements de recherche ?

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  3. C’est une attaque contre l’industrie automobile européenne et donc de fait à l’économie toute entière !
    Ouvrons les yeux, comme par hasard cela arrive au pire moment économique, géopolitique…et en plein milieu des accords du Traité Transatlantique.
    L’ampleur de ce scandale est sans précédent.
    Et on sait que les services de l’Union Européenne étaient aux courant de ces pratiques.
    Donc qu’on ne me dise pas que les US ou autres ne savaient pas !

    Quelques heures après le scandale, sans jugement, sans rien, on parle déjà du montant de 18 milliards de DOLLARS d’amende ??? Ben tiens donc.

    Tiens si je voulais couler définitivement l’économie Europeénne je ferais comment?
    Faire diminuer leurs ventes à coups de scandale, éventuellement les ruiner en justice à coup de dédommagements et amendes.
    A quel secteur je m’attaquerais?
    Bah surêment pas le marché de la bicyclette.

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