Les « voitures sans permis » jouent d’abord un rôle social


Le look des voitures sans permis a singulièrement évolué.
Le look des voitures sans permis a singulièrement évolué.

Il sera beaucoup question d’automobile ces deux prochaines  semaines en Belgique: après les journées presse et VIP,  le Salon de Bruxelles ouvrira ses portes au public jeudi et jusqu’au 24 janvier. L’occasion, avant l’effervescence propre à cet événement, de revenir sur une table ronde  consacrée  aux « voitures sans permis ».

Le phénomène reste marginal mais la « voiture sans permis » fait parler d’elle, soit lors de rares accidents, soit parce qu’elle répond aujourd’hui chez quelques jeunes à un effet de mode. Danger ?

C’est une mésaventure généralement sans conséquence fâcheuse à laquelle les « vrais » automobilistes sont parfois confrontés, en Belgique mais plus encore sur de petites routes dans les campagnes françaises : devoir freiner brutalement à l’approche d’un véhicule semblable à beaucoup d’autres, mais roulant à 30 ou 40 km/h.

Historiquement français, ce marché particulier s’est développé  dans d’autres pays dont la Belgique, les Pays-Bas, l’Espagne ou encore la Finlande. Ces voitures peuvent-elles vraiment être conduites sans permis ? Quelles sont leurs avantages et leurs inconvénients ? Sont-elles  dangereuses pour leurs occupants et les autres automobilistes ?

Pour répondre à ces questions pas toujours évidentes, le magazine « Essentielle Auto » (1)  avait réuni non sans mal il y a quelques des spécialistes. Les représentants des différentes marques ne se sont en effet pas bousculés pour réagir à nos invitations, la Fébiac ne les compte pas parmi ses membres et les statistiques sont très incomplètes.  Ne serait-ce qu’en raison d’un statut particulier et d’une immatriculation obligatoire seulement depuis mars 2014. Le Commissaire Olivier Quisquater (émission « Contacts » à la RTBF),  Serge Istas (Federauto, devenu Traxio), Benoît Godard (IBSR) et Philippe Mageren, distributeur de la marque Bellier, avaient accepté de participer à la « table ronde » organisée dans les locaux de « La Libre ».

Un rappel tout d’abord pour savoir de quoi on parle. Ces voitures dont le poids à vide doit être inférieur à 350 kg sont selon la loi « des vélomoteurs de classe B de plus de 2 roues ». Equipées d’un moteur 50 cc de 4 kW,  leur vitesse maximale doit être limitée à 45 km/h et elles ne sont pas soumises à un contrôle technique. En revanche, elles sont dites à tort « sans permis », sauf pour les conducteurs nés avant le 14/02/1961. Une date immuable qui a pour conséquence de réduire progressivement le nombre  des exemptés, les autres acheteurs, âgés de 16 ans minimum (ou de 18 ans s’il y a un passager à bord), devant être en possession d’un permis cyclo A3 (ou d’un permis B évidemment).

L’accès aux autoroutes leur est bien sûr interdit, tout comme à des routes pour automobiles (panneau bleu avec voiture). Cela vaut par exemple pour les tunnels de la petite ceinture de Bruxelles. Et s’il y a des exceptions sur certaines routes nationales, comme le souligne Oliver Quisquater,  c’est pour laisser circuler les engins agricoles. Ce qui peut effectivement poser un problème lié à la différence de vitesse, d’autant plus que ces voiturettes ne sont pas identifiées comme telles, à l’inverse d’un tracteur.

Un achat dans une fourchette de 12 à 15.000 €

La première question à aborder dans ce débat concerne l’intérêt d’un tel achat. Il n’est en tout cas pas financier puisque le prix de départ se situe à 11.000 €, avec une fourchette moyenne se situant entre 12 et 15.000 €. Un prix élevé qui serait justifié par un montage très majoritairement en petite série, un équipement aujourd’hui plus sophistiqué et de fréquentes mises à jour esthétiques destinées à rendre ces voitures de mamys plus séduisantes. Pour le même prix, on trouve de vraies voitures neuves offrant des performances, un confort et un espace d’un tout autre niveau, sans parler des occasions à quelques milliers d’euros. Le comportement plutôt brutal de ces mécaniques au démarrage ou lors de freinages, la sonorité désagréable des petits moteurs, la vitesse limitée à 45 km/h ou la sécurité très relative ne plaident pas davantage en leur faveur.

Pourquoi dès lors opérer ce choix ? Selon Philippe Mageren qui commercialise ces voiturettes depuis de nombreuses années, elles jouent d’abord un rôle social : « elles s’adressent à des personnes âgées qui n’ont jamais conduit. Suite à la perte d’un conjoint par exemple, elles se retrouvent isolées et, grâce à cet achat, retrouvent une mobilité et une indépendance. J’ai mis sur la route des centaines de personnes qui ne s’étaient jamais assises derrière un volant. Je les emmène pendant 2 heures sur un terrain privé et je réitère au besoin l’expérience jusqu’au moment où elles sont capables de partir seules à 20 ou 25 km/h. Ce sont des personnes consciencieuses qui peuvent sans doute gêner la circulation mais commettent très peu d’accidents ».

Une sécurité sans surveillance

C’est le sujet le plus délicat : que penser de la sécurité de ces voiturettes ? Si on se limite  à examiner les statistiques globales des cyclos à 3 ou 4 roues, il n’y a pas lieu de s’inquiéter car ils ne sont responsables que de 40 accidents corporels par an. Leur influence sur les accidents dans leur ensemble est donc réduite à très peu de choses, même si on ignore  le nombre global de  voiturettes  en circulation.  Même constat à propos de la vitesse – les risques à 45 km/h sont limités- ou des conducteurs globalement très sages à leur volant et effectuant essentiellement de courts trajets urbains. Et aux yeux du seul représentant des distributeurs, les dégâts constatés lors d’accidents aux carrosseries sont limités.

Mais solidité n’est pas symbole de sécurité en l’absence de zones d’absorption des chocs car les premières victimes sont alors les occupants. Et puis, comme le souligne Benoît Godard (Institut Belge de la Sécurité Routière) à propos d’un phénomène de mode dans certaines écoles, « les parents pensent que leurs enfants seront plus à l’abri avec ce type de véhicules qu’avec un cyclo. Si on se base sur les tests Euro NCAP avec un bilan de 2 ou 4 points sur 16, la sécurité n’est pas bonne ».

Sans doute peut-on discuter de l’adaptation de ces tests  à des véhicules limités à 45 km/h mais la différence de vitesse entre ceux-ci et les autres voitures est préoccupante, tout comme leur perception dans le trafic : « De loin, ils n’apparaissent pas différents des autres, rappelle Olivier Quisquater (Police Fédérale), et les automobilistes peuvent être surpris par la vitesse réduite. » Il n’empêche : aux yeux de l’IBSR, ce type de véhicules, eu égard aux statistiques, ne pose pas de problèmes particuliers en termes de sécurité. Même si on retient surtout les cas très médiatisés.

Une image négative

Que penser en définitive ? Un constat d’abord aux yeux d’Olivier Quisquater : « les jeunes ont tendance à retarder le moment de passer leur permis de conduire. Mais plus les années passent, moins on devient franc au volant. Au début, on ne demande pas que tous les détenteurs d’un permis soient des professionnels de la conduite mais pour apprendre à bien conduire, il faut y prendre du plaisir ». Avant de se poser un jour la question d’acheter ou non ce type de voiture, mieux vaut donc passer un permis traditionnel et maîtriser la conduite automobile.

Une conclusion ensuite proposée par  Serge Istal, Secrétaire Général de Traxio : « tant que ces véhicules seront en nombre limité dans un trafic local, ils ne poseront pas de problèmes. La difficulté vient plutôt de leur image négative dans le grand public. »

(1) Le prochain magazine trimestriel « Essentielle Auto » paraîtra le jeudi 14 janvier dans La Libre Belgique et dans la DH.

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2 réflexions sur “ Les « voitures sans permis » jouent d’abord un rôle social

  1. A mon avis, Yves, toutes les automobiles (et les autres véhicules) jouent un rôle social. Il en va ainsi aussi du contrôle technique toutes les fois qu’il préserve la mobilité de ceux qui se présentent à lui. Mais c’est juste d’avoir abordé cette question via ces véhicules particuliers. Bonne et heureuse année à toi et ta femme.

    Pascal (et Ornella)

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