Haro sur les voitures de société?


’outre l’aspect fiscal favorable, l'utilisateur d'une voiture de société ibénéficie de remises supérieures à un achat en tant que particulier grâce au gros volumes gérés par les loueurs.
Outre l’aspect fiscal favorable, l’utilisateur d’une voiture de société bénéficie de remises supérieures qui ne le laissent pas indifférent par rapport à un achat individuel.

On peut discuter des maux – et des bienfaits- de la voiture de société mais sans a priori sociétal et politique et en prenant en compte à la fois la mobilité, la pollution et les aspects économiques et fiscaux.

Il y a des moments où on est content de posséder un véhicule permettant de stocker de la bonne musique et équipée d’un système de navigation. Hier par exemple où une partie de notre journée a été occupée à chercher des chemins de traverse pour s’extraire le matin de la gare du midi à Bruxelles afin de rejoindre la direction de Liège puis à patienter le soir dans un énorme bouchon que l’on croyait résorbé sur l’autoroute entre Battice et Liège.

A l’arrêt puis au pas sur une autoroute, on a le temps de réfléchir. Par exemple à l’absence de la moindre information proposée par les gestionnaires des routes à l’heure de l’électronique, de la géolocalisation et des smartphones; et on pense bien sûr aux conséquences d’une telle journée – une par beaucoup d’autres- sur la gestion du temps, sur la vie économique et sur la pollution. Et puis, ayant la chance de ne pas vivre ce cauchemar au quotidien, on se met à la place de tous ces chauffeurs, surtout de poids lourds, englués dans le trafic. Et personne n’ose imaginer qu’une partie des conducteurs restent bloqués par plaisir, même s’ils bénéficient d’une voiture de société moderne et confortable !

Qui pense encore à faire seul un aller-retour Bruxelles-Paris en voiture ?

Le constat posé, il faut chercher des solutions, et il y des exemples ponctuels : à moins d’être masochiste, qui aurait encore l’idée aujourd’hui de faire seul à bord de sa voiture un aller-retour Bruxelles-Paris ? Le même constat vaut pour les avions low cost réduisant drastiquement l’usage d’une voiture pour certains types de vacances mais entraînant d’autres causes environnementales. Et si on se limite à la circulation dans les 19 communes de l’agglomération bruxelloise, la recherche d’une alternative à l’auto est facilitée aujourd’hui par une offre élargie et de qualité de la STIB qui mériterait plus d’attention de la part de certains utilisateurs potentiels, surtout bruxellois.

Comme on le sait, ces alternatives ne valent pas pour une série de trajets au départ de communes wallonnes et flamandes ni pour certaines destinations ou pour des déplacements couplés travail-école. Et il est inutile de s’étendre sur les maux trop connus des chemins de fer (RER, ralentissement des moyennes horaires, pannes du matériel, gares abandonnées…) ni sur les investissements différés dans des parkings de dissuasion à l’entrée de Bruxelles.

Avec les plans « cafétérias », la voiture de société n’est plus réservée aux cadres

Confronté à ces cas divers, le navetteur a vu effectivement se développer des offres de voitures de société qui, contrairement à ce que l’on lit parfois, ne se limitent plus aux (hauts) cadres mais concernent aujourd’hui des employés de tous niveaux (un rappel utile pour ceux qui voudraient faire du racolage électoral à travers une politique anti-bagnoles !).  Pour les banques et de grandes entreprises, elles s’inscrivent dans ce qu’on a baptisé les « plans cafétérias ». En clair, l’employeur,- dans le but non  anodin de diminuer la masse salariale et donc les charges –  propose  à son collaborateur de disposer de quelques milliers d’euros  annuels pris sur son salaire pour une ou des affectations particulières : voiture familiale en  leasing, citadine couplée à un abonnement en transport en commun ou à un vélo électrique, achat de matériel informatique et de téléphonie etc. Si l’employé opte pour ce plan cafétéria et porte son choix sur une voiture, il sait qu’outre l’aspect fiscal favorable, il bénéficiera de remises supérieures à un achat en tant que particulier grâce au gros volumes gérés par les loueurs.

Logiquement, le système fonctionne, pour les raisons liées au transport évoquées plus haut mais aussi pour les bénéfices qu’en tire l’utilisateur. Vu sur un plan macro-économique, la voiture de société est bien sûr tout profit pour l’industrie automobile et soutient le marché à défaut de le développer car les immatriculations de voitures neuves sont relativement stables d’une année à l’autre.

Taxer davantage ?

Bien sûr, rien n’est immuable et face à l’immobilité, à la pollution notamment urbaine, à la qualité de vie, à la santé ou encore au coût de la voiture de société difficile à chiffrer (les fourchettes varient de 2 à 4 milliards d’euros !), il y a des questions à se poser. Faut-il par exemple augmenter la fiscalité des voitures de société ? Au Royaume-Uni, la taxation plus élevée sur l’avantage en nature a fait chuter les ventes de voitures de société mais elle a fait grimper dans la même proportion les leasings aux particuliers, sur base des remboursements kilométriques offerts par les sociétés aux utilisateurs de leur voiture privée. La gestion mensuelle des frais de voiture sur base d’une location ou d’autres formules est entrée dans les mœurs.

De la même manière, les ralentissements artificiels du trafic automobile dans les zones urbaines – sauf s’ils augmentent le rythme des transports en commun- ne servent qu’à congestionner un peu plus la circulation et à développer la nervosité des usagers.

Une remise en question des comportements individuels

D’autres pistes doivent être étudiées pour encourager la multimodalité parallèlement à une gestion moins catastrophique des chemins de fer. Et le TCM (Total Cost of Mobility, à savoir le prix réel de la mobilité sans se limiter à la voiture) intéresse tout le monde, y compris les loueurs de véhicules qui veulent satisfaire leurs clients. Ils proposent même d’être associés à la gestion d’une future mobilité globale et durable. Depuis novembre dernier et avec d’autres partenaires dont la Solvay Business Schoool, le SPF Mobilité, l’ULB, la VUB et Saint-Louis, ils sont  partie prenante d’une nouvelle chaire universitaire destinée à évaluer la voiture de société sous tous ses aspects dans l’optique d’une mobilité durable des entreprises. On imagine que la voiture électrique en fera partie.

Dans l’immédiat et pour avancer, il faut d’abord se débarrasser de la référence à un slogan du passé (« ma voiture, c’est ma, liberté ») et ne pas se limiter aux oppositions gauche-droite ou anti et pro-voitures qui polluent les débats actuels et vont jusqu’à justifier ou non la suppression d’un viaduc ou l’opportunité de réparer ou non les tunnels à Bruxelles.

La réflexion vaut aussi pour les comportements individuels et il serait sot de nier que la mise à disposition d’une voiture de société est aussi un encouragement à l’utiliser parfois abusivement ou sans prendre la peine d’examiner les alternatives. La remise en question ne concerne pas que les pouvoirs publics.

 

 

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2 réflexions sur “Haro sur les voitures de société?

  1. Chère Simone,
    Merci d’aborder ce sujet « chaud » du moment! Il est vrai qu’un certain nombre de personnes entretiennent ce feu! Il est regrettable qu’ils le fassent à coup de fausses informations boire de contre-verités flagrantes. Et je regrette, Chère Simone, que vous ne les ayez pas identifiées.
    Il y a en Belgique 5,7 millions de voitures particulières. Parmi elles, 1,1 millions sont immatriculées au nom d’un assujetti à la TVA. Une grosse moitié d’entre celles-ci sont la voiture d’un indépendant ou du titulaire assujetti d’une profession libérale. Le reste, soit un peu plus de 500.000 voitures sont les fameuses voitures de société. Un peu moins de leur moitié sont des voitures « de service » qui permettent à un employé « non-sédentaire » d’exécuter les tâches extérieures qu’exige sa fonction. Il est donc exclu de supprimer ces voitures car cela affecterait aussitôt la capacité des acteurs économiques de fonctionner. Restent donc env. 280.000 voitures confiées par des entreprises à des employés « sédentaires »: ce sont donc des « voitures salaire » qui excitent tant certains dans notre Landernau politico-social belge.
    Une étude récente démontre que s’ils en étaient privés par décision réglementaire, 90% des bénéficiaires d’une de ces voitures la remplacerait aussitôt par une qu’ils achèteraient de leurs deniers! Et 70% d’entre eux achèteraient une voitures d’occasion!
    En plus, il faut savoir que, contrairement à ce que la Rtbf Première a annoncé cette semaine, la voiture de société « moyenne » produit 10gr de CO2 de moins que la voiture de particulier « moyenne ».
    Supprimer les seules voitures « de société » qu’il serait possible techniquement de supprimer auraient plusieurs conséquences qui iraient à l’opposé des objectifs affichés par la plupart de leurs ennemis :
    – Effet dérisoire sur le volume de trafic,
    – aggravation des performances environnementales du parc automobile
    – renchérissement des voitures d’occasion et, par voie de conséquence, achat de voitures d’occasion plus anciennes et donc d’autant moins bonne pour l’environnement!
    – mais victoire politique des ignorants irresponsables !
    En conclusion: supprimer les « voitures de société » (qui pourraient l’être!!! » est un exemple de plus de la fausse bonne idée. Mais ici, elle pourrait sans doute figurer au livre Guinness des records!
    Quand on sait par ailleurs que si une seule voiture sur 20 dans un embouteillage (soit 5%) ne s’y trouvait pas, l’embouteillage ne naîtrait même pas! Et le meilleur moyen d’atteindre cet objectif est que chaque « citoyen mobile » s’intéresse davantage voire enfin à la créativité « multimodale » de sa mobilité .
    Accessoirement, il serait temps que l’automobiliste belge commence enfin à respecter certains articles du code de la route comme celui de ne pas s’engager dans un carrefour sans pouvoir le traverser « sans désemparer »! Dans un embouteillage, il n’y a qu’une seule victime humaine : le dernier de la file! Tous les autres automobilistes qui s’y trouveraient ne peuvent pas prétendre en être victime: en effet, ils en sont co-auteurs! Ils. E sont même pas « dans » l’embouteillage, ils « sont » l’embouteillage !
    Merci Chère Simone de votre bonne attention à mon long message . Mais j’espere beaucoup que vous révélerez à vos lecteurs les vraies données socio-économiques de la trop fameuse « voiture de société » !
    Avec mes plus cordiales salutations.
    Philippe Casse
    Past-member de la Commission Mobilité de la Région de Bruxelles-Capitale. C

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  2. Merci de votre long commentaire et de vos remarques, cher Philippe. Toutefois, dans l’esprit de mon blog, mon but n’est pas d’évoquer le sujet des voitures de société dans tous ses détails ni d’en être le défenseur mais de proposer quelques balises destinées à éviter de limiter les jugements à quelques clichés sociaux et politiques que j’ai pu lire et entendre.

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