Mulhouse, riche de son passé industriel


La ville de Mulhouse n'a été rattachée à la France qu'en 1798. (ph. ydp)
La ville de Mulhouse n’a été rattachée à la France qu’en 1798. (ph. ydp)

Si vous optez pour une visite de  l’incontournable collection automobile Schlumpf à Mulhouse, complétez votre séjour par une découverte d’une ville alsacienne atypique et dont l’héritage de la révolution industrielle en a fait la  « capitale européenne des musées scientifiques, techniques et industriels ».

 » A force de courir, on ne prend plus le temps de regarder autour de soi. Ma passion pour les voyages et la photographie m’ont permis d’avoir une autre vision des choses que j’aime partager ».  Qui parle ainsi ? Raymond (Weigel), jeune retraité, Mulhousien de naissance et de cœur et « Greeter » à ses heures comme une trentaine de ses concitoyens. C’est-à-dire guide bénévole par amour pour sa ville dans laquelle il va nous balader pendant deux bonnes heures, avant que l’obscurité n’interrompe notre périple pédestre entre expressions du « street art », vestiges industriels, jardin des senteurs et quartier de bars et de restos autour de la rue de l’Arsenal.

Il nous a fixé rendez-vous au pied de l’Hôtel de Ville, sur la place de la Réunion qui s’apprête en cette mi-février à fêter son carnaval rhénan. Bordée par les anciennes maisons des corporations manufacturières et dominée par le Temple St Etienne- le plus haut édifice protestant de France-, la place de la Réunion est le cœur de Mulhouse et son nom évoque un épisode majeur d’une histoire peu banale : le rattachement avec la France en 1798 seulement. Une plaque sur l’Hôtel de Ville rappelle cette date et sur la façade d’une maison proche figure le nom du premier enfant français -Henriette Reber- né le 15 mars 1798.

Auparavant, cette ville née près d’un moulin (Mühle en allemand) et toujours parcourue par des cours d’eau souterrains a connu une vie agitée : Cité-Etat puis République lorsqu’elle prit ses distances avec le Saint-Empire et éjecta les catholiques, les juifs et les nobles au profit des bourgeois suisses, elle a adopté les idées de la Réforme et fait du calvinisme une religion d’Etat. « II s’agissait bien d’une République libre, insiste notre guide, mais alliée à la Suisse qui nous protégea et d’où arrivèrent en 1520 des émigrés protestants. Ce sont aussi les Suisses qui, au milieu du XVIIIème siècle, ont favorisé les débuts de l’industrie textile et développé en parallèle les machines-outils et les locomotives nécessaires au transport. D’où la construction à cette époque d’une première ligne de chemins de fer entre Mulhouse et Thann à l’initiative de Nicolas Koechlin, financier et homme politique. »

Si elle n’abritait que 5.000 habitants en 1750, Mulhouse en comptait 80.000 un siècle plus tard (115.000 aujourd’hui), entrant de plein pied dans l’ère industrielle pour devenir la « Manchester française » jusqu’à la récession et la délocalisation de l’industrie textile dans les années 1970. C’est aussi l’époque du premier choc pétrolier et d’un combat syndical symbolisé par la « prise » de la collection automobile des frères Schlumpf. « Mulhouse fait l’effet d’un ovni dans le paysage alsacien, lit-on dans la documentation de l’office du tourisme. La ville ne réunit pas tous les aspects du reste de la région, mais d’autres qui forgent son caractère. Un caractère au fil bien trempé dans le textile, l’impression ou la mécanique. Ouvrière, oui, et industrielle aussi. Mais pas seulement ».

DMC et SACM, des noms au passé célèbre

De ce passé industriel, Mulhouse a conservé une population cosmopolite (130 nations représentées), d’anciennes cités ouvrières reconverties et des noms célèbres :  DMC – Dollfus-Mieg et Compagnie- fut un des plus grands groupes textiles et industriels en Europe au XXème siècle et compta jusqu’à 10.000 employés (il en reste moins de 200); La Société alsacienne de constructions mécaniques (SACM) a fabriqué des locomotives dont la première à moteur Diesel et des machines textiles mais aussi la première pile atomique avant de donner naissance avec Thomson au groupe Alstom.

Aujourd’hui, sans offrir le charme d’autres villes plus typiques de l’architecture alsacienne, Mulhouse soigne une image plus sécuritaire, se transforme sans oublier le passé -une ancienne fonderie est devenue un campus universitaire-, se modernise à l’image de ses beaux trams et tente de se projeter dans un nouvel avenir. Notre « greeter », qui a travaillé longtemps en Suisse et dont la grand-mère était allemande comme toute l’Alsace à l’époque, miserait volontiers sur une relative autonomie de sa région et l’intensification d’accords économiques et culturels avec la Suisse et l’Allemagne voisines. A ses yeux, la connaissance des langues étrangères se perd, le pouvoir centralisé à Paris est trop éloigné et le concept de la région « Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine » créée le 1er janvier de cette année ne lui parle pas du tout.

Connaissant notre intérêt pour l’automobile, notre guide attentionné a imprimé un article paru dans la presse locale et rappelant que bien avant l’usine d’assemblage PSA Peugeot-Citroën, des voitures « Ducommun » furent construites à Mulhouse au début du XXe siècle. Même les frères Schlumpf n’ont pas trouvé trace de cette marque dont subsistent en tout et pour tout quelques photos prises au Salon de Paris et une plaque commémorative dans la rue Engel-Dolfius où se trouvait l’entreprise Ducommun.

Une référence supplémentaire à un riche passé justifiant une balade dans le centre urbain autour de la place de la Réunion et la visite d’un musée – par exemple les chemins de fer ou l’impression sur étoffes- au sein d’une ville considérée comme la « capitale européenne des musées scientifiques, techniques et industriels ». En plus des plaisirs de bouche alliant eux aussi diverses cultures, à l’image de l’incontournable « flammekueche » (tarte flambée). Et, au besoin, un minibus électrique gratuit vous conduira d’un quartier à l’autre.

Selon le temps disponible – notre périple automobile dura trois jours-, un détour par Colmar conduira impérativement au musée Unterlinden rouvert en janvier et dont les collections rassemblées dans un ancien couvent du XIIIème évoquent l’art religieux -à travers notamment le retable d’Issenheim- mais se prolongent avec bonheur jusqu’à l’époque contemporaine. Un dernier arrêt pour la route dans une des brasseries chaleureuses du centre piétonnier complétera le séjour.

Mulhouse en bref 

Musées

Cité de l’Automobile, Musée National-Collection Schlumpf. La visite incontournable pour les amateurs des Bugatti et de l’histoire de l’automobile (lire par ailleurs sur ce blog). http://www.citedelautomobile.com/

Musée de l’Impression sur étoffes. En 1746, quatre jeunes Mulhousiens fondent une manufacture d’impression textile, un art qui, lors de la révolution industrielle, place Mulhouse et l’Alsace à la tête du marché mondial du tissu imprimé. Jusqu’au 9 octobre, « Impertinente » accueille une rétrospective originale des vêtements et sous-vêtements de la styliste Chantal Thomass.

Cité du Train, Musée français du Chemin de fer. De 1844 à nos jours, l’histoire du chemin de fer. Plus de 60 000 m2 d’exposition, 6 grands thèmes, 8 quais de gare et 100 pièces diverses.

Musée EDF Electropolis. Le plus important musée d’Europe de l’histoire de l’électricité et de l’électroménager, situé à côté de la Cité du train et proche de la Cité de l’automobile. La pièce maîtresse est un groupe électrogène de 1901 restauré (machine à vapeur couplée à un alternateur Sulzer-BBC).

Autres musées de Mulhouse. Musée du Papier Peint, Musée des Beaux-Arts, Ecomusée d’Alsace etc. (Pass musées de 3 jours).

Musée Unterlinden (Colmar). Incontournable, le Retable d’Issenheim est un polyptique composé de panneaux peints et d’une caisse sculptée présentant des épisodes de la vie du Christ et de saint Antoine. Mais l’aménagement de nouveaux espaces en dehors du couvent du XIIIème siècle a permis de valoriser et d’étendre les collections de l’archéologie jusqu’à l’art moderne et même contemporain. Une œuvre de Claude Monet et un buste de femme assise signée Pablo Picasso en font partie. http://www.musee-unterlinden.com/

Infos : Agence de l’Attractivité de l’Alsace,  http://www.alsace.com;  http://www.tourisme-mulhouse.com/

Se restaurer, dormir

Zum Sauwadala. Au-delà d’un nom difficile à retenir, un lieu très prisé par les amateurs d’ambiance, de musique et de cuisine alsaciennes dont l’inévitable choucroute et la « flammekueche » traditionnellement à base de fromage, d’oignons et de lardons et passée à la flamme (et non pas flambée à l’alcool). 51 € pour 2 personnes, réservation conseillée (13, rue de l’Arsenal, 68000 Mulhouse, + 33 3 89 45 18 19).

Chez Auguste. Petit restaurant aux allures de brasserie, cuisine française raffinée et excellent menu à 25€.  75 € pour 2 personnes avec une bouteille de vin, réservation indispensable (11, rue Poincaré, 68000 Mulhouse, + 33 3 89 46 62 71).

Jupiler Café (Colmar). Brasserie conviviale au cœur de la ville.  32 € pour 2 personnes (24, place de la Cathédrale, 68000 Colmar, + 33 3 89 24 46 11).

Hôtel Kyriad Mulhouse Centre. Idéalement situé au centre de la ville et dans le piétonnier, parking avec accès direct (forfait de 20 € pour 48 h), chambres de qualité variable selon les internautes (literie, moquette, insonorisation) mais la nôtre était correcte et calme, bon petit déjeuner, personnel attentif, prix démocratique.

Mulhouse 3

Mulhouse 5

Mulhouse 6

 

 

 

 

 

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