Rencontre avec Roberto Giolito, designer du concept qui a inspiré la Fiat 500


Roberto Giolito (ph. ydp)

Vendue à 2,1 million d’exemplaires, la « 500 » reste « le » modèle de la gamme Fiat, 10 ans après son lancement en juillet 2007. Retour sur ce projet avec le designer Roberto Giolito et interview dans l’ancien bureau turinois de Dante Giacoso qui avait imaginé la première Fiat 500 il y a 70 ans.

Pour s’imprégner des valeurs d’une marque automobile, le mieux est de replonger dans son histoire. Déambuler deux heures dans le musée Fiat à Turin réveille, si besoin était, l’admiration que suscite la « Fabbrica Italiana Automobili Torino » dont la production témoigne d’une imagination sans borne.

Et si le chapeau restait de mise, on l’enlèverait par respect en pénétrant dans le bureau reconstitué et occupé autrefois par l’ingénieur Dante Giacosa, l’homme qui a mis les Italiens sur la route dans les années 60 et 70 grâce à la première « Cinquecento ». C’est là que nous reçoit, autour d’une grande table en bois poli, Roberto Giolito, aussi jovial que prolixe au moment d’évoquer – y compris avec les mains comme tout designer- une des voitures qui a marqué sa carrière au début des années 2000. Cet homme originaire d’Ancona et jazzman à ses heures n’était pas un inconnu à Turin au moment de dessiner la 500: on lui devait déjà en 1989 la révolutionnaire Multipla avec ses six places dont trois à l’avant.

« Comme pour la Multipla, je me suis inspiré sur la 500 de l’ancien modèle mais sans chercher à répéter le même style. L’approche était complètement différente, de même que la technique de design reposant sur un programme informatique très innovant en Europe pour l’époque, acheté en Californie et permettant de simuler les images de la voiture dans son environnement naturel. »

Objectif : 4 places et 3,30 m. de long

Sur quoi reposait votre cahier des charges ? « Le package prévoyait une longueur de 3,30 m, 4 places, un avant très court et un arrière tronqué. Lors des premiers tests dynamiques, nous sommes tous arrivés au même constat : l’idée n’est pas de renouveler la 500 d’origine mais de créer une nouvelle icône pour Fiat. »

Ainsi naquit en 2004 le concept Trèpiuno : « avec quatre jeunes ingénieurs, nous avons mis toute notre énergie dans la concrétisation de cette nouvelle tendance reposant sur la longueur réduite associée à cockpit aussi pratique que possible et à un passager placé très à l’avant pour préserver l’espace à l’arrière. Nous avons globalement accordé beaucoup d’importance à la position du conducteur qui devait faire corps avec l’ensemble de la voiture. On a notamment évalué en détail comment un homme ou une femme se situerait par rapport au volant et au pédalier. A titre de comparaison et sans critiquer qui que ce soit, j’aime beaucoup le design de la VW Beetle mais moins la place du conducteur. »

Si la 500 a connu le succès que l’on sait, les premiers tests cliniques ont été décevants auprès d’acheteurs potentiels qui trouvaient la voiture trop généraliste et le design peu innovant. Ils aimaient les lignes à l’avant mais l’arrière était simpliste à leurs yeux…

 « On a travaillé beaucoup sur la sécurité »

Qu’à cela ne tienne, après l’accueil favorable réservé au prototype Trèpiano lors d’un premier Salon automobile, le développement a été poursuivi pendant 3 ans : « on a travaillé beaucoup sur la sécurité (NDRL : qui n’était pas le point fort de précédentes petites Fiat), les structures, les 7 airbags, les crashs-tests en Allemagne etc.  Nous étions en avance sur les obligations liées aux 5 étoiles des tests EuroNcap et répondions déjà aux futures normes d’homologation Euro V. »

L’objectif était-il de se mesurer à la nouvelle Mini née en 2001 avec pour mission de rappeler elle aussi un glorieux passé ? « Beaucoup d’options s’offraient à nous dont la Mini et l’esprit Abarth. Nous avons soigné l’aménagement intérieur, les équipements et les prix avec l’idée de se placer au niveau de la Mini. Mais nous avons aussi voulu créer un modèle capable d’être apprécié par toutes les classes de la population, jeunes ou moins jeunes, hommes et femmes. Si ces dernières aiment particulièrement le style de la 500 et choisissent souvent l’intérieur blanc ivoir, les hommes sont sensibles à son originalité, en plus des performances sportives des versions Abarth. Et puis, l’agrément au volant a surpris pas mal de monde dont les Américains qui attendaient une Smart ou quelque chose de basique mais pas ce compromis efficace entre style, motorisation et facilité de conduite ».

Diversifications multiples

Si la 500 poursuit une carrière étonnement longue, elle le doit aussi à des versions multiples dont certaines surprennent, à l’image de la 500 X qui a permis de construire sur la même plate-forme la Jeep Renegade, ou de la 500 L au style très éloigné de la 500 originelle.

Un choix initié dès le départ ? « Les variantes sont conçues sur la même base et, en trois ans, nous avons eu le temps de tout prévoir. Ainsi le cabrio, dont la structure était prévue à l’origine, est une vraie 500 mais on a opté pour un « soft top » et un modèle partiellement découvrable pour ne pas sacrifier l’espace arrière où, de toute façon, il y aurait eu trop de vent. De même, on a beaucoup travaillé sur la 500 L et si on dit qu’elle ne ressemble pas à la 500, nous considérons cet avis comme un compliment : avec ses montants peu volumineux et son grand espace, elle offre un design unique dans le segment des monovolumes tout en partant de la même base (« scratch »). Sans doute la X propose-t-elle un style évoquant davantage la 500. »

Une future 500 qui tiendra compte de nouveaux marchés

Et à quoi ressemblera la future Fiat 500 ? « On y travaille. A côté d’autres modèles dont la Tipo familiale, le futur de Fiat repose sur la 500 et ses variantes. Mais il faut tenir compte des nouveaux paramètres du client et aussi de la nécessité d’étendre la percée de Fiat vers d’autres marchés dont le Moyen-Orient ou la Turquie qui devront aussi apprécier ses lignes. Il conviendra donc de privilégier le design utile et simple, surtout dans les pays où on s’adresse à un public familial. Mais je ne peux pas anticiper davantage ! »

 

Le concept Trepiuno.
L’actuelle Fiat 500.

 

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