La délicate loterie nocturne des 24 Heures


Le raidillon reste un passage délicat (ph. ydp).

Plus que jamais, les 24 Heures de Spa se jouent entre les concurrents à la fois les plus rapides, les plus chanceux et les plus « prudents ».

Alors que la nuit était tombée sur Francorchamps, les 24 Heures avaient pris leur rythme de croisière en ce samedi soir et on ne se bousculait plus vraiment dans les paddocks, au milieu du ballet des quads tractant les pneus. Le show d’avant-départ au milieu des hôtesses était déjà loin, l’espace champagne sur la pit brasserie et son point de vue unique sur la piste attiraient toujours autant de monde, les VIP étaient répartis dans des espaces privés toujours plus nombreux et le public s’était dispersé aux quatre coins du circuit. Un tour à bord d’une navette sur les routes de service nous avait permis de capter furtivement le ballet des phares trouant la nuit et les trainées de couleurs laissées par les feux arrière.

Dans une des grandes loges surplombant les stands F.1, Vincent April commente un beau relais pour les derniers invités de Bentley. La Continental GT3 qu’il partage avec Andy Soucek et le Belge Maxime Soulet est aux premières loges et, comme le confirme Luc Holberbeke, un des cadres de Bentley Belgium, « nous sommes ici cette année avec l’ambition de gagner. »

Trop de candidats à la victoire

Le problème est que les candidats sont au moins une vingtaine parmi les treize constructeurs représentés, comme en témoignent le peloton de voitures roulant exactement aux mêmes vitesses et souvent collées l’une à l’autre par grappe de cinq ou dix depuis le départ. Seul le jeu des ravitaillements (avec des tactiques à la clé), des pace-cars, des neutralisations sous drapeau jaune et des pénalités (obligation de passer par les stands) font bouger le curseur de temps à autre.

Pas question dans ce contexte de « sprint endurance » de lever le pied ne serait-ce qu’une seconde. « Les 24 Heures, c’est 20 heures d’attente et 4 heures de course », commente Marc Soulet qui a eu pour mission de réussir le difficile exercice de la première heure au milieu de 63 pilotes déchaînés. « En même temps, on ne peut jamais relâcher la pression d’un tour à l’autre car les quelques dixièmes de seconde perdus sont très longs à récupérer. »

A gauche du raidillon, dans l’espace aménagé pour les anciens pilotes des 24 Heures et quelques voitures d’époque, Willy Braillard, Christine Beckers et d’autres évoquent leur époque, celle où on roulait faisait encore équipage à deux avec des voitures moins performantes et moins assistées mais sans devoir maintenir en permanence le rythme d’un sprint et où on pouvait souvent gérer son avance le dimanche matin.

Un arrêt total de la course

Devant nous et depuis cet endroit qui abritait autrefois une des tribunes les plus spectaculaires du circuit, les GT, comme vissées à la piste, franchissent le raidillon presque à fond et sans difficultés apparentes. C’est pourtant ici que vont se produire dans la nuit quelques impressionnantes sorties de piste dont l’une va même provoquer l’arrêt total de la course peu après 3 h. du matin. En cause, l’accrochage entre la Bentley d’Andy Meyreck et la Lamborghini de Jurgen Krebs qui vont se retrouver tous deux aux urgences à l’hôpital avec des fractures non précisées. Après une embardée dans la même zone et un incendie de sa Lexus RCF, Stéphane Ortelli a lui aussi été hospitalisé mais sans gravité.

Forces et faiblesses

Ces accidents et d’autres témoignent à la fois de la force et des faiblesses d’une telle course en peloton serré, notamment de nuit sous une visibilité évidemment réduite et pendant des heures fraîches mises à profit par chaque concurrent pour asseoir ou améliorer sa position sur une piste sèche depuis le départ. Rien à voir avec les 24 Heures du Mans d’aujourd’hui ou même d’hier lorsque, face à des véhicules aux performances très variables, Jacky Ickx disait aborder la ligne droite des Hunaudières « avec une prudence de chauffeur de taxi ».

Un risque de dommage corporel

Ici, foin de tout calcul : confrontés à des adversaires bénéficiant des mêmes atouts techniques (notamment grâce à cette fameuse balance des performances), il ne faut jamais différer un possible dépassement …tout en évitant l’accrochage.

Si, par rapport à y a quelques années, le succès de la Blancpain Serie Endurance a permis d’élever sensiblement le niveau de pilotage, l’exercice reste très délicat dans le trafic pour quelques 200 pilotes et le risque de dommages corporels, que l’on avait tendance à associer à une autre génération, a refait son apparition dans une course comme les 24 Heures, malgré la protection dont bénéficient les pilotes, les voitures plus sûres et la gestion informatisée du circuit et des faits de course. Selon Jean-Michel Martin, commentateur avisé, il y aurait peut-être lieu de revoir la configuration du fameux raidillon pour cette course.

Loin de ces accidents fâcheux, de très nombreux accrochages plus ou moins mineurs, y compris pour la Bentley de Marc Soulet jouant alors les premiers rôles, ont confirmé qu’il faudrait chercher ce dimanche après-midi les vainqueurs parmi …les carrosseries restées en bon état et les voitures ayant évité un retour imprévu au stand.

On en était là à moins de deux heures de l’arrivée, à guetter l’erreur éventuelle parmi un groupe de cinq concurrents séparés par 22 secondes et emmené par deux BMW.

DOUBLE BMW A L’ARRIVEE

En définitive et au terme d’une 70e édition passionnante de bout en bout, la BMW M6GT3 n°34 de l’Autrichien Philipp Eng, du Norvégien Christian Krognes et du Britannique Tom Blomwvist  (le fils du rallymen Stig) a remporté la 70e édition des 24H de Spa-Francorchamps et signé la première victoire de ce team allemand privé Walkenhorst. Déjà victorieux en 2016, Philipp Eng enregistre un deuxième succès à Spa.

Le succès BMW est enrichi par la deuxième place de la voiture n°99 de Sims, Klingmann et Catsburg qui échoue à… dix secondes. Le podium est complété par l’Audi R8 LMS n°29 de Sheldon et Kevin Van der Linde  (deuc frères, comme les Martin à une autre époque) et Jeffrey Schmidt.

Ceux-ci devancent une autre Audi (n°25) retardée en fin de course par un début de panne d’esseence, celle du brillant et premier Belge Frédéric Vervisch entouré des tenants du titre Markus Winkelhock et Christopher Haase. Ils terminent à 53 secondes de la tête…

 

UN SAMEDI AUX 24 HEURES

http://www.endurance-info.com/fr/remporte-les-total-24-heures-de-spa/

 

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2 réflexions sur “La délicate loterie nocturne des 24 Heures

  1. Merci pour ta lecture de ce sujet volontairement décalé de la part d’un observateur en tout cas extérieur et prenant juste un peu de recul sur un événement passionnant, vécu sur place puis via de belles images de l’organisation et des commentaires avisés. Je me dis juste que si le risque fait partie du sport auto, il faudrait en l’occurrence essayer d’éviter ici un drame qui ne serait plus acceptable aujourd’hui.

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