Découvrir Francorchamps au volant ? Un rêve réalisable


Une soirée à Francorchamps, pour le plaisir de se lâcher au volant. (Ph ydp)

Rouler sur le circuit de Spa-Francorchamps sans licence de pilote ni talent particulier est un rêve réalisable. Test grandeur nature lors d’une « tracknight » organisée par JCL Driving un lundi soir au printemps.

« Pour monter en piste à côté du raidillon, on longe les rails et les pneus en serrant à droite jusqu’au moment où on n’a pas d’autre alternative que de pénétrer sur le circuit ». Au volant, le pilote et GO José Close commente pour nous un tour à Francorchamps sous un merveilleux soleil couchant.

Suit la longue montée vers le virage des Combes : «on freine à hauteur du panneau 100 m, on garde la même ligne jusqu’à la fin du vibreur afin de rentrer tard à l’intérieur du premier virage à droite et on  laisse les roues tourner avant d’accélérer ; même chose dans le gauche  où on va jusqu’au milieu de la piste avant de s’inscrire dans la courbe suivante en un seul coup de volant puis de descendre vers « Bruxelles » ; il y a plusieurs alternatives dans ce virage dont la mienne: je freine et j’arrive de suite à l’intérieur du virage jusqu’à la sortie en me laissant aller vers l’extérieur ; c’est la distance la plus courte ».

Accélération dans la descente jusqu’au rapide double gauche : « on freine jusqu’au milieu du vibreur, on inscrit, on rentre dans le virage avec un seul mouvement de volant et on laisse aller jusqu’au vibreur du virage suivant en jouant avec l’accélérateur pour guider la voiture ».

Il faut limiter les mouvements du volant

Aller jusqu’au bout du vibreur, rentrer tard en virage et surtout limiter les mouvements du volant sont autant de conseils qui vont être répétés tout au long des 7 km parcourus dans une puissante « propulsion ». Avec une comparaison pour illustrer les propos : « si tu écrases un ressort de bic et que tu le relâches brutalement, il va partir dans tous les sens ; un amortisseur réagit de la même manière ; si tu multiplies les changements d’appuis brusques, la voiture devient très instable, n’est plus agréable à conduire et risque de partir en tête-à-queue ou en sous-virage ».

Au bout de ce premier tour arrive l’incontournable raidillon, après avoir réaccéléré à la sortie de l’épingle de la source : « je longe le mur à droite, je vais chercher le triangle à gauche au bas du raidillon puis je m’inscris dans la courbe, je reste à l’intérieur, je redresse mes roues et je corrige après avoir franchi le sommet ».

Le raidillon reste un monument

Plus facile à dire qu’à faire ? Je confirme, même après avoir vu des milliers de passages et à tout le moins une centaine de sorties de route le long d’un « S » plus ou moins allongé dans l’histoire récente du circuit au gré de -trop- fréquents changements du tracé à l’initiative des autorités sportives. Cette montée aux allures de mur pour un pilote rapide reste impressionnante et peut faire très mal. L’accident du Brésilien Pietro Fittipaldi, victime de fractures aux deux jambes après un « tout droit » consécutif à un problème électrique lors des essais des Six Heures de Spa, l’avait rappelé quelques jours avant notre visite.

Ce soir, il est juste question de se faire plaisir, même si les accélérations et les freinages de la Ferrari California que j’ai la chance de conduire pour l’occasion (V8, 460 ch, 0 à 100 km/h en 4 sec, 310 km/h maxi…)  procurent quelques frissons, essentiellement au pied du raidillon, dans le double gauche de la descente et au passage rapide de Blanchimont dans la remontée.

Le feeling, on l’a ou on ne l’a pas

Oser freiner tard et avec force, balayer la piste d’un vibreur à l’autre, accélérer au bon moment, garder le pied dedans quand il faut, tenir ses rétros à l’œil, cela s’apprend-il vraiment ? « Le feeling, on l’a ou on ne l’a pas, et certains ne l’auront jamais », tranche Philippe, un des coachs présents à cette séance. Avant de féliciter un jeune de 18 ans vêtu d’une combinaison de pilote jaune et fort des ambitions de son âge et d’expériences en kart et en motocross : « en 10 tours au volant de la Megane RS, tu as gagné 15 km/h dans Blanchimont ».

Une petite quarantaine de participants pour 2 heures en piste

En pratique, comment se déroule une « tracknight » de 2 heures ? Après les inscriptions, la signature de l’abandon de recours et le briefing de l’organisateur, la petite quarantaine de participants a quitté à 18h la cour de l’hôtel de l’Eau Rouge, au pied du raidillon. Non sans s’être fait contrôler le bracelet jaune – deux personnes maximum par voiture- et le port du casque obligatoire, avant un relevé en piste du niveau sonore des voitures -95db- avec lequel la direction du circuit et surtout les riverains ne badinent pas. Comme pour une vraie course, le système de sécurité est en place avec des commissaires de piste, des caméras de surveillance et des panneaux lumineux dont le bleu utile pour prévenir d’un dépassement.

Le premier tour est franchi à 85 km/h derrière un véhicule de sécurité et tous les panneaux de signalisation sont en mode jaune clignotant afin de les repérer. Puis la « meute » est lâchée, sans précipitation : entre les Porsche 911, VW Fun Cup, Ferrari, Lotus Elise, BMW Série 3 et 1, Renault Megane RS et…Citroën C1, chacun roule selon son rythme et les capacités de sa voiture.

Régler ses rétros, laisser libre l’espace d’une voiture

Grâce à la longueur du circuit, il y a de la place pour tout le monde, même si les consignes du briefing restent d’application : régler correctement les rétroviseurs en se rappelant que les dépassements peuvent se faire par la gauche ou par la droite, laisser l’espace d’une voiture par rapport aux autres participants, se montrer fairplay, respecter les débutants quand on dispose d’une voiture de course et tenir compte des panneaux lumineux dont le noir imposant un retour immédiat dans les paddocks.

En fait, que motive les participants ? « Je suis là d’abord pour m’amuser, répond Arnaud, avec la possibilité de rouler à fond au volant d’une voiture rapide sans prendre de risques ni craindre la présence d’un radar caché ici ou là. Par rapport à la vie professionnelle, ces deux heures ne bloquent pas une journée de travail et offrent une vraie détente, même si on ne roule pas 120 minutes d’affilée à ce rythme car l’effort physique et la concentration sont intenses ».

Les GO confirment : « le mieux est de faire 5 ou 6 tours puis de s’arrêter car au-delà on n’est plus attentif et la voiture commence à souffrir elle aussi ». D’où l’intérêt de se partager le volant, y compris pour limiter les coûts.

Ambiance bon enfant, décor fabuleux

Séduits par ces tracknights et d’autres sessions allongées en journée, des passionnés souscrivent un abonnement et certains achètent même une voiture destinée à ces seules sorties,  évitant ainsi assurance, taxe de mise en circulation et contrôle technique. Il suffit d’emmener le véhicule jusqu’au circuit sur une remorque.

Alors que le soleil se couche sur Francorchamps, la séance s’achève sans incident et dans l’ambiance bon enfant qui la caractérise. On ne vient pas ici pour parader ni se prendre la tête. Après avoir rangé voiture et casque, les pilotes d’un soir se retrouvent à la terrasse de la pit brasserie en haut du circuit. Autour d’un verre ou d’un buffet démocratique et face à un décor fabuleux -d’ici, on balaye le circuit depuis la chicane jusqu’au sommet du raidillon et bien au-delà-, chacun refait un tour imaginaire dans sa tête ou commente ses « performances ».

Dans les paddocks, les derniers moteurs se sont tus et à travers quelques piaillements, les oiseaux confirment qu’ils ont repris possession du domaine là où le béton a laissé un peu de verdure. Le panneau d’affichage de l’ancienne tour Uniroyal affiche un peu plus de 20h et surtout une température de 23 degrés. Au lointain, une montgolfière survole les sapins qui ont résisté à la transformation du site. « Franco » magique.

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UNE SOIREE A 200 €

« On peut rouler lors des tracknight sans avoir aucune expérience de la conduite en circuit, rappelle l’organisateur, mais le briefing doit alors être très ciblé pour rappeler les règles et expliquer les erreurs à ne pas commettre. L’essentiel est que le candidat monte en piste en évitant tout stress qui peut être la cause de problèmes. Au besoin, des coachs sont là et peuvent être réservés lors de l’inscription ».

Souvent, les débutants sont d’abord  passagers puis, si l’adrénaline monte, se retrouvent derrière le volant. D’autres plus aguerris testent leurs compétences sur différentes voitures ou sont là pour acquérir un maximum d’expériences en vue de projets en sport automobile. D’une Citroën 2 CV à une Ferrari, une Porsche 911 ou  une McLaren, on voit tous les types de véhicules lors de ces tests et il n’existe aucune limite en dehors des normes de bruit. « Chacun peut venir avec sa voiture habituelle et il faut juste être conscient de ses caractéristiques : une Citroën C1, une VW Polo de 75 ch ou un 4X4 ne se conduit pas comme une Porsche 911 ».

On ne vient pas ici pour battre un record

L’accident fait-il partie des éléments à prendre en compte par les participants ? « Je mets l’accent sur ce qu’il ne faut pas faire. Si on essaye de piquer quelqu’un au freinage plutôt que de le dépasser en ligne droite, un accrochage est toujours possible, d’où la nécessité de laisser de l’espace entre les véhicules et de bien utiliser ses rétroviseurs. J’insiste pour que tout le monde aborde ces séances dans le même esprit, pour se faire plaisir et en se montrant fairplay. Cela n’empêche pas de réaliser un bon temps au tour mais on ne vient pas ici pour battre son record ».

Parallèlement à d’autres organisateurs (Marc Duez Driving Day, Pierre-Yves Rosoux, des clubs services), JCL Driving propose 12 à 15 tracknight par an en plus de séances allongées en journée. Chaque soirée de 2 heures en piste coûte 200 € (190 € en prévente), plus 30 ou 20 € pour le passager éventuel selon qu’il prenne ou non le volant. Un abonnement à 6 séances permet de bénéficier d’une septième gratuite.

On n’oubliera pas d’ajouter à ces frais d’inscription l’essence, l’usure des pneus et des freins et tout autre imprévu !

Infos :  http://www.jcldriving.be/

 

 

 

 

Briefing et mode d’emploi avant le début de la séance.

Un tour à côté de José Close.
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Une réflexion sur “Découvrir Francorchamps au volant ? Un rêve réalisable

  1. Cher Yves, Merci de ce bel éloge sur notre circuit. Il est seulement dommage que ses “patrons” d’antan aient tant lutté contre ceux qu’il considéraient comme des concurrents alors que l’Angleterre, la France, l’Allemagne et l’Italie ont largement démontré qu’au plus il y a de circuits, au plus vivant est le sport et au plus attractif est le pays pour des épreuves internationales. Le circuit de Nivelles dont j’ai été très proche de la création a été saboté comme tu le sais par les « socialistes liégeois ». Ceci dit 400 tours (surtout de nuit) du (petit) Francorchamps et malheureusement seulement 2 du grand Franco fermé ont construit chez moi un immense respect de cet endroit mythique. A bientôt avec mes amitiés et une bise à Claudine Philippe

    Envoyé de mon iPhone

    Rue des Floralies 64 1200 Bruxelles 00 32 497 57 77 97

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