L’Orne, entre échappée belle et refuge


Reportage photo ydp.

Balade automobile dans l’Orne et notamment dans le Perche, une région située à deux heures de Paris mais à cent lieues du stress de la capitale française. Entre manoirs, bocages et forêts, retour aux plaisirs simples mâtinés d’un certain chic parisien évoqué récemment dans « La Maison de France 5″et dans les pages du « Monde ».

L’herbe encore gelée crisse sous nos pas dans les vastes étendues d’herbe bordant le Domaine de la Lochetière. L’objectif en ce petit matin est d’approcher et de photographier, avant qu’elles ne se lancent dans un galop échevelé, deux jeunes juments percheronnes dont la robe noire capte les premiers rayons du soleil levant. Nous sommes bien dans le Pays du Perche, une des cinq régions formant, au sud de la Normandie, le département de l’Orne.

La veille, cinq heures en voiture depuis la Belgique nous ont conduit, via Amiens et Rouen, sur la N 12 traversant une série de villages en direction de Mortagne- au- Perche. Cette nationale bordée de nombreux radars (souvent cassés depuis décembre dernier…), des milliers de Parisiens l’empruntent chaque week-end après avoir rejoint la Porte de Saint-Cloud et transité par les autoroutes A 13 et A 12.

Quitter Paris pour gérer une maison d’hôtes à la campagne

Pour eux, l’Orne est devenue à la fois une échappée belle et un refuge. Dès que la météo est favorable, beaucoup y viennent faire le plein d’air pur du vendredi soir au dimanche ; d’autres y acquièrent une résidence secondaire et retapent chaque week-end de vieilles maisons dont d’anciennes longères abritant autrefois logis et bâtiments de l’exploitation agricole. Et d’aucuns déménagent carrément dans le Perche ou un peu plus loin vers les Pays d’Ouche, d’Alençon ou d’Argentan. Parmi eux, des parents qui veulent offrir une meilleure qualité de vie à leurs jeunes enfants- avant que les ados ne repartent étudier à Paris-  et des -presque- séniors qui n’en peuvent plus de la vie parisienne.

C’est le cas de Sylvia Merel installée à Normandel, près de Mortagne, et dont nous sommes les premiers clients d’une nouvelle maison d’hôtes soignée dans tous les détails. « Nous avons acquis en 2005 cette ancienne ferme inoccupée depuis les années 60 et y venons chaque week-end. En 2012 et au désespoir de mon mari travaillant toujours à Paris, j’ai décidé de m’installer ici. Comme j’avais besoin d’une occupation, nous avons fait transformer cette ancienne grange séparée de la maison principale et aménagé trois chambres, un salon et une cuisine. »

La passion des chevaux percherons

Les Merel n’en sont pas restés là. Sous l’impulsion d’un cousin éleveur, ils se sont pris de passion pour les chevaux percherons et particulièrement pour les « diligenciers», une race réimportée des Etats-Unis et plus élégante que le percheron français destiné davantage au labeur, à l’attelage, voire encore à la boucherie. Si on additionne les soins dont bénéficient les juments matin et soir, l’entretien des champs et du jardin, l’embellissement permanent de la ferme et des bâtiments annexes, une vie associative intense, la maison d’hôtes et le projet d’un futur gîte, les ex-citadins pur jus sont loin d’être devenus des campagnards bobos.

Et que devient Paris à leurs yeux ? « J’y retourne quelques fois par an mais j’ai presque eu un malaise récemment tant j’étais oppressée par la foule à la gare de Montparnasse », raconte Sylvia. Son mari, Yann, professionnel dans le domaine de la mode, confirme une double vie complexe : « en débarquant le lundi matin à une fashion week parisienne après un week-end en bottes et au milieu de mes chevaux, j’avoue avoir parfois du mal ».

Salons de thé, glacier et chambres d’hôtes

Ces Parisiens ou ex-Parisiens en quête d’une autre vie, nous allons en croiser tout au long du week-end : un couple formé d’un photographe et d’une ex-attachée culturelle  associe table de gourmandise, gîte, magasins de curiosités et de brocante à Mortagne et dans la campagne environnante ; un publiciste pratiquant le télétravail et une décoratrice parachèvent le samedi de notre visite cinq ans de rénovation d’une future maison d’hôtes très raffinée et bénéficiant d’un grand jardin à Mortagne; dans la même ville, un glacier ayant quitté Paris et  son employeur prestigieux (Lenôtre !)  évoque sa collaboration avec les fermiers des environs et  sa future crème à base de lait de jument et aux accents curatifs;  et à Coudehard, au pied du Mémorial de Montormel, nous passons une soirée à refaire le monde avec un frère et une sœur venus s’installer l’an dernier dans l’Orne, après avoir transformé la résidence secondaire de leurs parents -un ancien presbytère du XIXe siècle-  en une maison d’hôtes remplie de souvenirs avec vue imprenable et calme garanti.

Mélange des genres

A vrai dire, ce mélange des genres, s’il ne résume pas la vie dans l’Orne, est la source d’un certain art de vivre pour une région tirant parti de sa proximité avec la capitale française joignable aisément en voiture ou en train. Il justifie la présence d’expositions et de commerces dont beaucoup sont les arrière- boutiques de brocanteurs et d’artisans parisiens. Les nouvelles chambres d’hôtes et les gîtes, souvent de qualité, y sont couplés à des salons de thé ou de dégustation, à des bars à vin et surtout à la vente d’objets multiples répondant à la pratique d’un vrai sport régional : chiner ! Du visiteur au propriétaire, tout le monde « chine » à la recherche de pièces rares ou originales qui s’accumulent parfois dans les maisons d’hôtes, du hall d’entrée au grenier.

Si des centres urbains se meurent, ici comme ailleurs, Mortagne-au-Perche et Bellême, deux petites villes de caractère, se réveillent le jeudi soir pour accueillir les premiers citadins dans des commerces souvent « bon chic bon genre ». A l’inverse, les volets se referment les dimanches d’hiver en début d’après-midi car c’est l’heure du retour pour les visiteurs du week-end…

Restent en semaine les autochtones et les Parisiens « émigrés », les uns et les autres partageant les plaisirs simples de la vie à la campagne, une alimentation privilégiant les produits locaux et les circuits courts et surtout chaque rayon de soleil offert par une nature préservée. Quitte à se réfugier l’hiver au coin du feu pour se prémunir des nuits froides, de la pluie et d’un climat pas vraiment méditerranéen.

Une nature source d’inspiration divine ?

La nature en Orne est-elle aussi source d’inspiration divine ?  La question n’est pas saugrenue après avoir découvert, à côté d’une architecture religieuse très présente de l’art roman au néo-gothique, des illustrations nombreuses et parfois étonnantes de la foi chrétienne : c’est à Alençon qu’est née en janvier 1873 la future religieuse canonisée sous le nom de Sainte Therèse de Lisieux ; à Montligeon, on  se surprend à découvrir au milieu de nulle part face une imposante basilique néo-gothique imaginée par un curé de campagne visionnaire  et devenue un lieu d’accueil international ; à Ménil-Gondouin, un prêtre original et iconoclaste a choisi pour son église une façade peinte de dessins et de messages multicolores ;  à Soligny-la-Trappe,  la façade néogothique de l’abbaye n’impressionne guère, pas plus que l’architecture des bâtiments accessibles uniquement pendant les offices. En revanche, l’esprit de Saint-Benoît prônant une vie de prière, de travail et de silence continue à souffler : lors de notre passage, plus de trente prêtres et quelques frères célébraient la messe dominicale.

Et si l’Orne était le pays de la zénitude, cet état de sérénité et de relaxation source d’ouverture ?

Sylvia et Yann Merel, tous deux Parisiens, se sont pris de passion pour le Perche…et les chevaux percherons.

Le Domaine de la Lochetière.

La Basilique de Montligeon.

A pied, en vélo ou à cheval

Les vrais touristes, en quête de séjours nature et de balades sportives, l’Orne les attend avec l’arrivée du printemps. Parmi eux, des Anglais intéressés notamment par la proximité avec le Mans et son circuit automobile. Et bien sûr des Belges, prêts à chausser des bottines de marche, à enfourcher leur vélo ou simplement désireux de faire une pause sur la route vers le sud-ouest.

Favorisées par deux parcs naturels, les activités de plein air y sont légion et l’une d’elles est occupée à se développer : les grands itinéraires à vélo. Ainsi, la « Véloscénie », permet de rejoindre Paris au Mont-Saint-Michel sur plus de 440 km dont 140 km dans l’Orne avec 75 km sur voies vertes ; l’autre grand itiunéraire, la « Vélo Francette », relie Ouestreham à la Rochelle en traversant la Normandie, les Pays de la Loire et le Poitou-Charentes, soit 607 km dont 80 km dans l’Orne via la Suisse Normande, Flers et Domfront en direction de la Mayenne. A côté de ces grandes balades, 48 circuits de 10 à 70 km sont proposés.

« L’Orne à pied » regroupe une série de circuits sélectionnés, notamment en forêt, et le GR 22 conduit au Mont-Saint-Michel.

Et puis bien sûr, l’Orne est le pays du cheval à travers de multiples haras – le plus célèbre est celui du Pin-manèges et élevages favorisés par une terre au climat doux et humide flanquée d’un sol d’argile et de calcaire. On y pratique la monte classique sous des formes diverses (balades et randos d’une journée et plus) mais aussi l’attelage avec les fameux percherons.

 

Orne pratique

Des petites villes de caractère

Mortagne-au-Perche et Bellême (5 h. de voiture depuis Bruxelles).

Chambres d’hôtes

  • « Le Domaine de la Lochetière » à Normandel 61190 Charrencey, Sylvia Merel, tel 00 33 (0) 6 13 99 10 38.
  • « Le Presbytère Perché » au pied de Montormel et à 61160 Coudehard, Anne et Remy Pommier, tel 00 33 (0) 768 22 08 61, lepresbytereperche.com
  • « Maleyrand maison d’hôtes » à 61400 Mortagne-au-Perche, tel 00 33 (0) 660 23 84 90

B&B

  • « La Belleme bleue » à 61130 Bellême, tel 00 33 (0) 233 25 29 75, labellemebleue.com

Concept store et gîte

  • « Chez nous campagne » à Les Joncherets 61190 Bubertré, Cecile Schmitt, tel 00 33 (0) 630 77 17 74, chez-nous-campagne.com

Tourisme en Orne

Infos : www.ornetourisme.com/

 

 

 

 

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