Haras du Pin, le Versailles du cheval imaginé par Louis XIV et Colbert


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Site classé au milieu d’un environnement naturel en Normandie, le Haras du Pin est un ensemble remarquable imaginé par Louis XIV et Colbert et marqué par l’empreinte du grand siècle. Après avoir traversé les péripéties de l’histoire, le plus ancien et le plus prestigieux des haras de France veut se donner un nouveau souffle.

A l’image du Cadre Noir de Saumur – tous deux font partie depuis 2015 de la même « Ecole Supérieure du Cheval et de l’Equitation » (ESCE)- le Haras du Pin, situé dans le département de l’Orne, titille dès son abord les sens d’un amoureux du cheval, à commencer par la vue de cet impressionnant complexe consacré à celui que Buffon appellera au milieu du XVIII e siècle « La plus noble conquête que l’homme ait jamais faite, ce fier et fougueux animal qui partage avec lui les fatigues de la guerre et la gloire des combats ».

Jean-Baptiste Colbert, grand commis de Louis XIV, avait à tout le moins une image proche à l’esprit lorsqu’il a envisagé la construction de cet élégant domaine où apparaissent d’emblée quelques symboles : l’imposante grille d’entrée en fer forgé dominée par une tête de cheval dorée, la Cour d’honneur en forme de fer à cheval et protégée par des sauts de loup ou encore l’allée principale appelée « Avenue Louis XIV » et longée par des façades en brique rouge surmontées de tuiles plates. Même si les travaux ont été finalisés sous le règne de Louis XV avec la construction de deux écuries puis du château en pierre de Caen, des architectes des grandes écuries de Versailles ont œuvré ici et utilisé les mêmes éléments de symétrie. De quoi justifier le surnom de « Versailles du cheval » donné au Haras du Pin.

Fournir l’armée en chevaux

Outre le regroupement des petites entités grâce à la fondation de l’administration des haras nationaux, « Louis XIV et Colbert avaient deux objectifs, raconte Deidre, notre guide anglaise : fournir l’armée en chevaux destinés à la guerre et définir les différentes races en assurant la reproduction d’étalons. Cet endroit a été choisi parce que la Normandie était réputée pour son élevage grâce à un climat humide et à une terre argileuse donnant des fourrages et pâturages de qualité. Et puis, le haras était à 160 km de Versailles, ce qui aurait permis au Roi de visiter ses étalons. En fait, il n’y est jamais venu jusqu’à sa mort en 1715. »

Royal à l’origine, le Pin connut un premier temps d’arrêt après la Révolution française, devint « impérial » sous la houlette de Napoléon avant d’être « national » puis aujourd’hui sous contrôle régional. Et si, faute de place, chaque boxe était occupé à l’origine par deux étalons séparés par des barres en fer destinées à freiner leurs ardeurs belliqueuses, le contexte changea drastiquement après la première guerre mondiale et surtout la seconde.

Une diversification à partir des années 60

L’apparition des véhicules blindés et la motorisation de l’agriculture réduisirent en effet sensiblement les besoins de reproduction d’un haras connu pour ses pur- sang anglais, ses trotteurs français (95% sont nés en Normandie) et ses chevaux de trait. A partir des années 60, le Haras du Pin entama ainsi la diversification de ses activités vers les loisirs (équitation), la compétition à travers les courses et les sauts d’obstacles et …l’élevage de percherons destinés à la boucherie. Une évolution indispensable à la survie d’un haras employant encore aujourd’hui une centaine de personnes.

Depuis quelques années, la reproduction équine, pratiquée aussi par des éleveurs privés, a même été stoppée au Pin. « Un changement d’affectation, poursuit notre guide, qui permet la présence de visiteurs dans les écuries autrefois interdites aux touristes à cause des étalons aux réactions parfois brutales ». Joignant le geste à la parole, Deidre entoure affectueusement quelques-uns de ses chevaux favoris et invite les visiteurs à caresser eux aussi des animaux plus paisibles que les précédents reproducteurs.

L’indispensable hommage à « Furioso », le faiseur de champions enterré debout

Après un passage en revue des expositions (l’historique du cheval et ses 300 ans au Pin, selles et harnachements, travail du cuir, maréchalerie, véhicules hippomobiles), la guide nous conduit à l’arrière des bâtiments vers une pierre tombale particulière sous laquelle repose un pur-sang anglais appelé « Furioso ». Ce bai brun d’1,66 m fut découvert en Angleterre après la guerre par des inspecteurs des haras nationaux. Après un début de carrière peu productif sur les hippodromes britanniques, Furioso arrive dans l’Orne en 1946, est mis au vert et devient étalon pendant 22 ans.

Une centaine de ses poulains (sur 300 !) vont devenir champions (dont Lutteur B, médaillé olympique en saut à Tokyo en 1964 et Pomone B, championne du monde à Buenos Aires en 1966) ou reproducteurs réputés. Le 3 septembre 1967, le pur-sang meurt d’une crise cardiaque à 28 ans. Il est enterré sur place et debout (comme le veut l’usage pour les grands mammifères), aux côtés d’autres mâles célèbres, le trotteur Fuchsia et le pur-sang Le Tyrol.

Un lieu magique à développer avec des acteurs privés

Après une visite guidée du château et surtout une balade dans la nature environnante jusqu’au bel hippodrome de la Bergerie (il fut dès 1835 le premier champ de courses français), une question se pose : à l’heure où l’Etat français n’a plus guère besoin de chevaux et où l’argent public se raréfie, quel est l’avenir d’un site devenu musée en 2006, très coûteux en personnel et ne bénéficiant pas des infrastructures d’un centre de tourisme moderne et attractif ? Même s’il accueille chaque année 120.000 personnes et organise des manifestations multiples, essentiellement de juin à septembre.

Une communication officielle sous l’égide de Hervé Morin, président de la Région Normandie, a apporté un début de réponse cet été. Après avoir investi 7 millions d’euros depuis 2010, les autorités régionales considèrent le Haras du Pin comme « un lieu magique à développer avec des acteurs privés ». Trois axes – économie, tourisme et compétition- sont envisagés et une étude de faisabilité devrait déboucher sous peu sur la mise en route d’un nouveau projet.

En font partie la valorisation de l’élevage (davantage de présence dans les pâturages, préparation des chevaux à l’attelage, soins post-traumatiques, remise en forme…), un tourisme familial et haut de gamme (lodges, accrobranche, cabanes dans les arbres, village du cheval, visite virtuelle, nouvelle restauration, espace aménagé pour les camping-cars…) et de nouvelles compétitions dont, dès 2021, le championnat d’Europe de concours complet et le championnat du monde d’attelage poney.

Les premiers effets du renouveau devraient se faire sentir dans un ou deux ans. Dès aujourd’hui, vélos et voitures électriques sont proposés en location pour découvrir ce site exceptionnel et effectivement à valoriser.

 

 

Haras du Pin

Situé dans le département de l’Orne, à un peu moins de 500 km de Bruxelles

Visites guidées du haras tous les jours du 1 Avril au 30 Septembre

Quelque 150 jours d’activités par an (concours d’équitation etc)

Spectacles de juin à septembre (Les jeudis du Pin)

Animations particulières dont  baptêmes en calèche etc

Infos :  

61310 Le Pin au Haras. Tél. : +33 (0)2 33 36 68 68

info@harasnationaldupin.fr

https://www.haras-national-du-pin.com/fr

Agent d’un jour

Chaque matin de 8 à 12 h du lundi au vendredi d’avril à fin décembre, possibilité d’accompagner les agents : terminer les soins et le curage des boxes, travail du cheval, attelage et monte (selon le niveau du cavalier) et nourrir les chevaux (à partir de 10 ans, enfants mineurs accompagnés, 120€)

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