Bruxelles, Salon automobile atypique


@ydp

Beaucoup de Salons automobiles nationaux ont disparu et les grands rendez-vous, de Francfort à Tokyo, sont en perte de vitesse. A l’inverse, Bruxelles affiche sa confiance en l’avenir. Décryptage.

Il y a quelque chose d’Astérix dans le Salon de Bruxelles, le personnage d’Uderzo et de Goscinny. Et si le rendez-vous annuel de Palexpo, surfant sur la disparition d’une série de shows similaires et le recul sensible de grand-messes de l’automobile, résistait seul contre tous ?

Les faits sont là, peu rassurants pour une industrie en mutation : après un « Mondial de l’automobile » chaotique à Paris en 2018, le Salon de Francfort organisé en alternance a vu sa fréquentation chuter de 30% l’automne dernier. Avec 560.000 visiteurs, il fait à peine mieux que Bruxelles (540.000) alors que 900.000 personnes s’y bousculaient encore en 2015. Que dire de Tokyo rejoint auparavant par tous les grands constructeurs et qui, en plus d’une approche inédite et parfois ludique de la mobilité, comblait tous les deux ans nos envies d’exotisme ? Seules quatre marques étrangères étaient présentes en octobre dans une exposition où les Japonais, partagés entre sérieux et anxiété, mettaient l’accent sur la mobilité du futur et notamment sur le transport des moins valides au sein d’une population vieillissante…

Un jour de moins

Soyons de bon compte : le prochain Salon de Bruxelles a été raccourci d’un jour et a vu sa surface quelque peu réduite. Toutes les grandes marques n’en seront pas moins représentées avec, entre autres, 12  « premières mondiales » et 8  « premières européennes ». Y compris les 7 véhicules nominés pour le titre de « Voiture de l’Année » qui sera décerné début mars au Salon de Genève.

Comme d’habitude, les animations seront nombreuses, des « dream cars » à la soirée de gala via l’expo « we are mobility » et la nouvelle application « AskLee » qui a pour ambition d’associer le profil personnel de chaque futur acheteur à une visite aussi utile que possible.

Assez d’éléments en phase avec l’optimisme des organisateurs de la Fébiac (Fédération Belge de l’Automobile & du Cycle) qui attendent 500.000 visiteurs ces prochains jours et disent fonctionner sur base d’une échéance à 3 ans. Mais sur quoi repose un optimisme qui ne semble avoir rien de béat ?

Organisateurs et exposants font partie de la Fébiac

Philippe Dehennin, président de la Fébiac, avance trois éléments de réponse : « tout d’abord, le Salon de Bruxelles est organisé dans un pays neutre, c’est-à-dire n’accueillant pas de constructeur national et ouvert à toutes les marques sans a priori ; on ne peut pas en dire autant à Paris ou à Francfort ».

Le deuxième élément est plus fondamental encore et repose sur la symbiose entre organisateur et exposants qui travaillent en collaboration étroite et pour un intérêt commun : « les importateurs qui louent les espaces sont aussi membres de la Fébiac et nous définissons ensemble les formats, les coûts et la durée du Salon dont la pérennité a valeur d’argument commercial auprès des gestionnaires de Palexpo. »

Enfin, si janvier n’est pas le mois le plus agréable pour rejoindre le plateau venteux du Heysel, le remplissage des carnets de commandes à cette époque de l’année tombe bien : « ce rendez-vous génère des retombées commerciales qui se prolongent jusqu’à la mi-avril et sont bienvenues pour tout le monde, y compris au sein des usines automobiles. »

Cette exception dans la morosité ambiante des expositions automobiles est telle que Bruxelles est devenu un exemple de benchmarking à l’étranger. Ses organisateurs ont ainsi été invités à commenter la recette du succès auprès de leurs homologues du Salon de Genève.

Enfin, si janvier n’est pas le mois le plus agréable pour rejoindre le plateau venteux du Heysel, le remplissage des carnets de commandes à cette époque de l’année tombe bien : « ce rendez-vous génère des retombées commerciales qui se prolongent jusqu’à la mi-avril et sont bienvenues pour tout le monde, y compris au sein des usines automobiles. »

Cette exception dans la morosité ambiante des expositions automobiles est telle que Bruxelles est devenu un exemple de benchmarking à l’étranger. Ses organisateurs ont ainsi été invités à commenter la recette du succès auprès de leurs homologues du Salon de Genève.

La mobilité enfin prise en compte

Aucun nuage à l’horizon ? Outre un marché plus difficile, la fiscalité des véhicules de société remise en question et un mode de déplacement individuel contesté par une partie de la population qui le fera savoir, il s’appelle mobilité. Un mot qui fut longtemps balayé d’un revers de la main lors du traditionnel « Q&A » ponctuant les présentations du Salon aux médias. Concrètement, il n’était pas question aux yeux des gros importateurs faisant la loi de « sacrifier » des mètres carrés loués au prix cher à d’autres activités que la promotion des déplacements individuels et motorisés.

Au vu des options politiques actuelles, Bruxelles a manqué le rôle de précurseur et d’informateur qu’aurait pu jouer depuis quelques années un « Salon de l’Auto et la Mobilité ». Les organisateurs tentent aujourd’hui de se rattraper et se disent ouverts au dialogue et prêts à rencontrer les associations environnementales… si ces dernières le souhaitent. Le transfert de l’espace « we are mobility » du palais 10 vers le patio beaucoup plus central va dans ce sens, mais il y a encore du chemin à parcourir pour faire de Bruxelles une vitrine de la multimodalité qui se met en place dans le monde.

Un choix de plus en plus complexe

Aux yeux de Philippe Dehennin qui se dit adepte des transports en commun, « l’avenir de la mobilité va s’inscrire dans l’intermodalité entre les différents types de véhicules, avec un report partiel vers d’autres moyens de transport adaptés, pour autant qu’ils existent et soient disponibles ». S’il n’est pas trop tard pour formuler ce type de discours, il est largement temps.

Dans l’immédiat, le Salon de Bruxelles, au-delà de la fête très belge associée à cet évènement – smoking et nœuds papillon seront de sortie à la soirée de gala-, va essayer d’aider le candidat acheteur à répondre à une question cruciale : en fonction de mon profil d’utilisateur, quel type de motorisation dois-je choisir et avec quel carburant pour l’accompagner ? Face à la transition mobilitaire, énergétique et digitale, une journée à Palexpo ne suffira pas à intégrer la quantité d’informations nécessaire pour effectuer un choix qualifié et de plus en plus complexe.

Un bel espace pour les « dream cars » à découvrir. @ydp 

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s