Quel avenir pour les petites stations françaises de ski ?


@ ydp

La hausse des températures, après la diversification des vacances hivernales, menace les petites stations de ski au sein desquelles se livre aussi un combat pour l’avenir, entre préservation des espaces naturels, écologie sociale et survie des villages. A Saint-Véran comme à Saint-Jean-Montclar, les habitants se monopolisent dans des sens divers.

En ce mardi de février à Molines-Saint-Véran, au cœur du Parc Naturel Régional du Queyras, veste et gants chauds apparaissent incongrus sur des pistes noyées de soleil et où la qualité très moyenne de la neige a des allures printanières.  Le thermomètre affiche 12 degrés en milieu de matinée et l’eau dévalant de partout témoigne de la fonte du manteau neigeux.

Pour bénéficier d’un peu de fraîcheur, il faut grimper au sommet des pistes via le long téléski du Grand Serre qui s’ouvre sur un panorama somptueux. Le temps de lâcher la perche à un peu plus de 2.800 m. d’altitude, un coup d’œil circulaire suffit pour embrasser du regard des dizaines de sommets dont même celui du Mont Blanc dans le lointain.

C’est le moment de quitter ses skis pour gravir quelques dizaines de mètres à pied et s’asseoir sur un banc longeant l’autre versant de la montagne. Face à nous, l’emblématique Mont Viso marque la frontière avec l’Italie toute proche. En outre, une légère brise aide à se souvenir que le printemps météorologique n’est pas attendu en principe avant un mois.

La montagne magique, jusque quand ?

Magique montagne hivernale, mais pour combien de temps encore ? Saint-Véran qualifié de « commune la plus haute d’Europe » – mairies, postes et écoles à plus de 2.000 mètres sont en tout cas rares-, c’est un peu le village d’Astérix. Loin de tout et à l’accès pas nécessairement aisé -le retour de la neige va le confirmer les jours suivants-, ce coin perdu à l’est des Hautes Alpes a résisté jusqu’à ce jour à tous les envahisseurs, promoteurs et entrepreneurs, refusant même -une erreur sans doute- d’exploiter une eau à la pureté exceptionnelle.

Devenu un atout face aux grandes stations qui ont lacéré les paysages à coups d’immeubles et de remontées mécaniques, cet environnement préservé est aussi apprécié par des familles belges, malgré la distance à parcourir (un peu plus de 1.000 km). Autour d’une grande table dressée aux « Chalets du Villard » pour la soirée raclette du mardi, des liens se nouent entre des convives du nord venus rechercher ici une ambiance particulière et une autre approche des sports d’hiver entre ski alpin, de rando et de fond, raquettes ou balades. Même si en cette semaine de carnaval, il faut s’accommoder des embouteillages vers Lyon et surtout Grenoble et accepter, ici aussi, quelques files au départ des remontées mécaniques ou, au gré de la météo, sur des terrasses ou dans des restaurants bondés.

L’altitude, un atout majeur jusqu’à preuve du contraire

Heureusement, à l’heure du réchauffement climatique, l’altitude permet, jusqu’à preuve du contraire et malgré quelques inquiétudes récurrentes à l’approche de Noël et des vacances hivernales, de blanchir correctement les pistes chaque hiver avec l’aide des canons à neige indispensables pour stabiliser la couche de fond en début de saison puis stocker quelques réserves pour tenir jusqu’à la fermeture des pistes fin mars.

En revanche, des petits domaines skiables de basse ou moyenne altitude ferment -on en compterait en France 168 sur un total de 584-, vaincus par le manque de neige chronique ou la course à la rentabilité perdue face aux grandes stations et à de nouvelles destinations de vacances. D’autres recourent à des pratiques très critiquées, notamment sur les réseaux sociaux. C’est le cas cet hiver à Saint-Jean Montclar située dans les Alpes de Haute-Provence, au-dessus du lac de Serre-Ponçon.  Pour pallier le déficit d’enneigement au village et assurer la jonction avec le haut du domaine skiable, le collectif d’habitants à la tête des installations a loué un hélicoptère afin de transporter de la neige depuis les sommets !

Un scandale écologique ?

Face à la dénonciation d’un « scandale écologique », les promoteurs de la « première station auto-gérée d’Europe » ont réagi et argumenté leur point de vue. Non sans rappeler que leur station aurait dû fermer en 2017 parce que la société d’exploitation qui la gérait ne la jugeait plus assez rentable.  Installés ici depuis des générations, pratiquant comme souvent en montagne une pluriactivité, les habitants estiment que sans le ski, le village est voué à une mort certaine. Aujourd’hui, quelques familles font  vivre Montclar dans un esprit de convivialité, préparent les pistes, proposent des activités ludiques aux familles, gèrent les hôtels de charme, les trois restaurants ou la patinoire. Pour eux, l’équation était simple cet hiver : soit la station n’ouvrait pas, soit une journée de rotations par hélicoptère et un investissement de 8000 euros sauvaient la saison.

Prendre en compte les besoins des populations

Face à des affirmations plus globales,- « apprenons à vivre avec la nature et les saisons », « rendons la montagne à la montagne », la blogueuse Ariane Fornia, écrivain et journaliste-photographe, plaide pour « une vraie écologie sociale, un développement durable prenant en compte les besoins des populations, la dynamique des territoires, pour construire une relation harmonieuse avec le milieu et non pour être dans une logique d’opposition stérile où on préfère la nature aux hommes, en ignorant leur interconnexion. On ne peut prétendre vouloir sauver « la planète », entité abstraite, et se moquer des aspirations légitimes d’humains bien réels, qui plus est quand ils revendiquent justement l’attachement à cette montagne, cette culture, ce mode de vie en phase avec leur terre. L’été bergers, éleveurs, charpentiers, cultivateurs, artisans, l’hiver guides de montagne, moniteurs, pisteurs, perchistes. »

Une campagne électorale centrée sur un projet de téléphérique

Ce discours en faveur de toutes les initiatives permettant de sauver les petites stations, on le connaît aussi à Saint-Véran qui redoute de devenir un musée des maisons d’autrefois ou « un parc zoologique où on viendra nous jeter des cacahuètes ». Il a même monopolisé en sous-main la campagne des dernières élections municipales qui ont eu lieu ce mois-ci.  En cause, l’étude contestée d’un téléphérique partant du haut du village et le traversant en diagonale pour rejoindre l’observatoire astronomique situé sur le Pic de Château Renard (2.930 m) et dont les activités scientifiques et de loisirs sont appelées à se développer.

Porté par le Conseil municipal en place jusqu’il y a peu et par quelques promoteurs dont le gérant d’un supermarché à la base de l’aménagement du premier hôtel 4* à Saint-Véran (à côté duquel démarrerait le téléphérique !), le projet divise profondément les quelques 160 habitants du village auxquels se sont joints des résidants.

Les uns saluent une initiative bienvenue pour redynamiser le village et assimilent les opposants écolos à des « anti-tout » ; d’autres critiquent le tracé de cette installation mécanique balafrant le paysage et craignent de voir leur village abandonné par les promoteurs lorsque leur projet, associé à un établissement de luxe en haut du téléphérique, aura échoué. Un berger, candidat à la mairie, évoque même « un combat entre riches et pauvres » et annonce le départ des derniers paysans.

Diversifier les activités pour préparer l’avenir

On en était là fin février, alors que la neige avait refait son apparition dans le Queyras, redonnant provisoirement au paysage son aspect immaculé et faisant chuter la température de 20 degrés pour redonner des sensations hivernales aux milliers de skieurs heureux de se lâcher sur les 36 km de pistes du domaine de Molines-Saint-Véran.

Reste, à Saint-Véran et ailleurs, à profiter de la période actuelle encore relativement faste pour faire preuve de créativité et diversifier tant et plus les alternatives hivernales, même si la pratique du ski reste aujourd’hui indispensable à l’équilibre économique. Heureusement, à l’inverse du discours des climato-sceptiques et des lobbies de tout bord, on ne doit pas expliquer aux montagnards que la nature dans laquelle ils vivent au quotidien est en train de changer radicalement.

@ydp

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