Un coup de boost inespéré à une autre mobilité. Et après ?


La cohabitation accrue entre des modes de transport variés va demander plus de respect et de  tolérance des uns vis-à-vis des autres. (Rep. photo ydp)

On le dit et on veut le croire, sans en être sûr du tout: le monde après le covid 19 ne sera plus comme avant. Les mêmes incertitudes concernent la mobilité du futur, même si la crise actuelle a les allures d’un fameux tremplin pour de nouvelles pratiques.

Le propos est anecdotique mais quand même : un dossier sur la mobilité, prévu pour une parution en mars, a été reporté au magazine que vous tenez entre les mains. Sa relecture attentive a débouché sur un constat sans appel : si le tout ne devait pas passer à la trappe, le contenu devait être sensiblement adapté et réécrit. A l’évidence, les vérités de juin 2020 ne sont plus celles de mars et les mesures qui paraissaient déraisonnables, improbables voire inapplicables il y a trois mois ne sont plus nécessairement exclues aujourd’hui !

Ce dont il est question, c’est bien évidemment de la place de la voiture dans notre société, dans nos villes, dans nos modes de consommation et de loisirs. Le véhicule en tant que tel n’est pas remis en cause mais bien l’usage partiel de ce formidable moyen de déplacement individuel qui fait partie intégrante de la vie de générations successives depuis plus d’un siècle. L’astrophysicien Hubert Reeves le rappelait dans une interview récente : tout le monde était en faveur du développement de l’automobile dans les années 1950, y compris pour des raisons sociales, et on pensait qu’il y aurait toujours assez de place pour elle.

Depuis, l’explosion de la démographie, la multiplication des déplacements, le transfert des populations vers les villes, l’abandon du rail au profit de la route et des infrastructures urbaines et commerciales au seul bénéfice de la voiture ont atteint leurs limites. Autant de choix devenus erratiques et aux effets néfastes pour le trafic, l’environnement, le niveau sonore et la qualité de vie en général.

Il a fallu la disparition inopinée et totale de la voiture pour « révéler » cette réalité, chiffres, graphiques et images en mains. Un peu comme Venise qui, débarrassé de la surexploitation du tourisme et de ses bateaux de croisière croisant au cœur de la Cité des Doges, a découvert que la lagune pouvait être bleue. Une situation aussi inédite qu’improbable il y a quelques semaines seulement, en Belgique, en Europe et dans le monde. Ainsi, l’auto, pas plus que d’autres moyens de transport et de loisirs – avions, géants des mers…- n’est plus la bienvenue partout et en toutes circonstances.

La société pourrait adhérer plus rapidement au changement

En pratique, nos voitures, au-delà de l’attrait, du plaisir et de la passion qu’elles continuent à susciter, resteront des objet utiles ou indispensable pour les familles, le travail ou les loisirs, mais leur accès en milieu urbain notamment va être repensé. A vrai dire comme on le lira par ailleurs à travers des projets de réaménagement de quartiers ou une enquête réalisée en France, l’idée n’est pas neuve. En revanche, son adhésion par une partie importante de la société réfractaire à des évolutions jugées idéologiques ou anti-voitures pourrait intervenir plus vite que prévu il y a trois mois.

Le tout est de voir comment le monde politique va répondre aux craintes légitimes inspirées par des mesures prises dans la précipitation -on le vit aujourd’hui- ou dépourvues de stratégie globale en l’absence d’accords suprarégionaux, par exemple à Bruxelles. Une mobilité efficace repose en effet sur un maillage de solutions diverses et complémentaires.

MaaS, un forfait mensuel pour se déplacer

Concrètement et à l’initiative de différentes instances, y compris européennes, une « mobilité » intelligente est à l’étude depuis plusieurs années, à l’image de « MaaS » (« Mobility as a Service »), un acronyme encore peu connu auquel Essentielle Auto avait consacré un dossier en janvier 2017.

Le concept en deux mots : le seul usage de la voiture est remplacé ou complété par un paiement forfaitaire mensuel donnant accès à divers abonnements : transports publics, covoiturage, autopartage, locations de vélos, trottinettes et autres scooters électriques. MaaS devient ainsi un service permanent de mobilité géré via son smartphone. Sur une plate-forme commune, l’utilisateur, en fonction de ses besoins, de son timing, des disponibilités et de son budget, choisit à tout moment, réserve et paye le mode de transport le plus approprié.

Une nouvelle plate-forme annoncée fin 2021 à Bruxelles

Utopique ? Plus vraiment, du moins à un niveau local ou régional. A Bruxelles, la STIB, après une phase de test proposée sous peu à 2.000 utilisateurs, prévoit qu’une plate-forme sera prête au plus tard fin 2021. « Par exemple, précisait il y a quelques mois le CEO Brieuc de Meeûs à la DH, le client achètera un package à 50 euros par mois. Avec ce forfait, il prendra les transports en commun qu’il souhaite pour le montant payé et pourra choisir cinq trajets en taxi, vingt en métro, une heure de trottinette, trente minutes de vélo partagé, etc. »

En France, des villes comme Lille et Nice travaillent sur « un compte mobilité pour tous, automobilistes y compris » dont la gestion serait assurée par la communauté urbaine et le service confié à un exploitant unique. Dans quel délai ? « Cinq à dix ans », c’est-à-dire demain ou après-demain lorsque seront résolus deux préalables majeurs : collecte et partage des données informatisées d’une part, distribution des revenus ensuite.

L’efficacité de mesures à tester

Dans l’immédiat et n’en déplaise à tous ceux qui ont profité momentanément d’une ville sans bruit ni pollution, le trafic a repris progressivement dans les centres urbains, d’autant plus que les préoccupations d’avant Covid 19 restent les mêmes : transports publics inexistants, en attente (RER) ou trop compliqués pour des navetteurs, rythme et ponctualité des trains insuffisants, parkings de dissuasion trop peu nombreux etc.

En outre, il va falloir tester « en vrai » l’efficacité ou non des solutions mises en place dans l’urgence, dont la vitesse généralisée à 30 km/h dans certaines communes et zones et le rétrécissement des grands axes d’entrée et de sortie des villes au profit des vélos. De quoi provoquer de nouveaux embouteillages en amont selon Touring ou au contraire une manière d’inciter les automobilistes à rechercher des alternatives selon Stratec, le bureau d’études de la mobilité ?

Enjeu climatique et relance de l’économie

On attend de voir sur le terrain, tout comme l’impact de ces mesures, après d’autres, sur le monde des affaires et le commerce dont le redémarrage s’annonce périlleux. « Une des grandes questions qui va se poser dans les années à venir, souligne Pierre Wunsch, Gouverneur de la Banque Nationale, c’est le lien entre l’enjeu écologique et la relance de l’économie ». Le secteur de l’automobile ne démentira pas, confronté au risque d’un cataclysme industriel mondial et de pertes d’emploi énormes avec des drames humains à la clé, y compris en Belgique dans la distribution. Au ralentissement brutal des ventes pourrait s’ajouter à court ou moyen terme la suppression des avantages fiscaux accordés aux voitures de société, un sujet qui revient sur la table de chaque nouveau gouvernement. A l’inverse, on attend des mesures pour relancer le secteur automobile, quitte à le verdir davantage.

Une part modale de 30% pour le vélo ?

N’empêche : par la force des choses, des formes de mobilité plus douces ont été (re)découvertes par des campagnards et des citadins des centres villes ou de communes périphériques. Beaucoup de regards se tournent ainsi vers le vélo, électrique ou non, et dont la pratique a grimpé en flèche. Même si les conditions atmosphériques très favorables depuis le début du confinement et l’absence de trafic (- 98,5% début avril) ne reflètent pas la réalité au quotidien.

Au milieu des voitures, à l’heure d’hiver et sous la pluie automnale, il faudra être davantage motivé, comme le sont des parents affrontant les chemins de l’école sur deux roues été comme hiver. Entre-temps, boostée par l’expérience actuelle, la Région bruxelloise ne va pas réduire ses ambitions pour le vélo : dans une ville où 60% des déplacements sont inférieurs à 4 km, elle prévoit à terme une part modale de 30%. D’aucuns demandent aussi la multiplication des dimanches sans voiture qui permettraient de retrouver un calme momentané mais n’aideront en rien la mobilité.

Malgré les enjeux et contraintes multiples, on n’imagine pas toutefois que la situation redevienne juste « comme avant ». Ne serait-ce que parce que le confinement a permis de ressentir les bienfaits d’une mobilité moins agressive, conviviale et partagée entre différents modes de déplacement. Celle-ci mérite d’être prolongée grâce à la bonne volonté de tous les utilisateurs de la voie publique.

A tout le moins, un fait est acquis : le télétravail est devenu une réalité incontournable dont les effets ne pourront qu’être bénéfiques à la mobilité.

 

 DOSSIER MOBILITE CE VENDREDI DANS « ESSENTIELLE AUTO » (LA LIBRE + LA DH).

Le vélo va devenir un acteur incontournable, et pas seulement pour les loisirs.

 

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