Faut-il doubler le prix du diesel ou mieux cibler les émissions les plus polluantes?


Le débat pour ou contre le diesel reste d'actualité.
Le débat pour ou contre le diesel reste d’actualité.

Le débat sur le diesel, récurrent, a été relancé à deux reprises ces derniers jours dans les médias, avec des prises de position divergentes. Une seule évidence: d’une manière ou d’une autre, nous devrons réduire la pollution automobile dans les villes.

« Il faut doubler le prix du diesel »: c’était il y une semaine la manchette du « Soir »  relayant les propos du chef de l’Oncologie thoracique de l’Institut Jules Bordet à Bruxelles selon qui c’est le seul moyen pour décider une partie importante des consommateurs à moins utiliser ce carburant. « En Europe, rappelle le professeur Jean-Paul Sculier, une personne meurt du cancer du poumon toutes les 2 minutes. Huit sur dix sont des fumeurs mais les deux autres ont seulement été exposées à des causes environnementales ». On sait que depuis 2012, l’OMS a classé les gaz d’échappement des moteurs diesels comme cancérigènes et, selon les dernières études européennes, l’exposition à des particules fines contenues dans les gaz d’échappement augmente de 20 à 50% le risque de développer un cancer.

Et quid des nouveaux moteurs essence à injection directe soupçonnés eux aussi de rejeter des particules fines, parfois en plus grande quantité? Le professeur de Bordet, après avoir rappelé les années perdues lorsqu’on  pensait que les filtres à particules permettraient de diminuer les rejets, estime qu’il ne faut pas inverser la charge de la preuve. A l’époque il est vrai, on n’avait pas pris en compte les particules secondaires qui se forment au-delà de l’échappement lorsque les gaz se refroidissent au contact de l’air. Dans l’attente de l’évolution de l’évidence scientifique et en sachant que l’exposition aux particules fines dégagées par le diesel est cancérigène, il faut donc agir aujourd’hui pour la santé, estime le représentant du corps médical. Un avis corroboré par l’Agence européenne pour l’environnement selon qui « entre 25% et 53% de la population urbaine a été exposée en 2011 à des concentrations de particules fines supérieures à la valeur de référence ».

La consommation de diesel a augmenté l’an dernier en Belgique

Le diesel a-t-il encore un avenir? C’était la question posée le week-end dernier dans « l’Essentielle Auto », le magazine trimestriel de « La Libre », à des représentants des constructeurs automobiles, de la Fébiac et de la Fédération Pétrolière Belge réunis lors d’une table ronde. Avec un premier constat: si la part des voitures à essence a remonté sensiblement depuis la suppression de la prime gouvernementale de 15% fin 2011 (36% du marché belge, plus de 50% des voitures particulières), 78 % des kilomètres en 2013 ont été effectués par des voitures diesel et surtout la consommation de ce carburant a encore augmenté l’an dernier. En cause,non pas les voitures mais le transport routier qui continue à se développer et représente 60 à 66% des déplacements en Belgique. De quoi justifier les aménagements apportés aux deux raffineries anversoises qui ont chacune investi 1 milliard d’euros dans la transformation du fuel brut en diesel.

Si le passage d’une voiture diesel à un modèle à essence est aisée en fonction de l’offre actuelle – beaucoup d’automobilistes roulant essentiellement en ville font aujourd’hui ce choix- , le transport routier ou fluvial n’offre pas la même flexibilité à court ou moyen terme. Même si, après avoir rappelé qu’un poids lourd transportait 40 tonnes consommait 30 l/100 km – soit l’équivalant d’ 1 l/100 km pour une petite voiture- Mercedes dit travailler sur de gros moteurs au gaz naturel qui seront un jour indispensables pour être autorisés à ravitailler les supermarchés installés en zone urbaine.

Que veulent les pouvoirs publics?

En pratique et indépendamment du transport routier, deux questions se posent aux yeux des participants à cette table ronde: que veulent les pouvoirs publics et quel est le bon choix pour le consommateur? A la première question, la Fébiac rappelle qu’ on reproche aujourd’hui aux automobilistes d’avoir opté pour une voiture diesel plus résistante, consommant moins et rejetant donc moins de C02 et capable d’effectuer beaucoup de kilomètres. « Si les priorités ont changé, il faut les définir: doit-on bannir  d’abord les rejets de particules fines plutôt que de privilégier les normes environnementales Euro V et VI plus sévères pour les mécaniques diesel et réduisant notamment l’oxyde d’azote (NOx), faire la chasse au C02 (dioxyde de carbone) ou opter pour une formule mixte? » Plutôt que de s’attaquer à un carburant en particulier, la Fédération Pétrolière Belge estime que le jugement doit se faire sur base d’un résultat d’émissions mesurable et mesuré.

Et quel est le bon choix pour le consommateur, tout en sachant que les voitures de société,  sur base de la fiscalité actuelle, restent très majoritairement diesels (jusqu’à 80 ou 90% pour les gros modèles)? « Nous devons mieux conseiller les acheteurs, admettent les représentants des constructeurs automobiles, en les interrogeant sur leurs priorités: kilométrage quotidien et annuel, usage urbain et routier, confort de conduite, valeur résiduelle, avant de les orienter vers le meilleur achat ». Faut-il rappeler une évidence à ce stade: montant moins vite en température qu’un moteur essence, un diesel est moins efficace si on l’utilise majoritairement sur de petites distances urbaines où, en outre, le filtre à particules n’a pas le temps d’être opérationnel.

Interdire les voitures diesel en centre-ville?

Reste une question au moins d’actualité: en fonction des éléments développés ci-dessus: doit-on interdire les voitures diesel en centre- ville pour limiter les émissions de particules fines imputables pour un tiers au transport? « C’est une cause de pollution plus aisée à modifier que d’autres sources dont l’industrie », estime le  Professeur Jean-Paul Sculier. De leur côté, les participants à la table ronde de l’Essentielle Auto citent en référence la méthode retenue par la ville de Paris et la maire Anne Hidalgo: les véhicules vont être classifiés en étoile selon leur niveau de pollution; dès le 1er août 2016, les « 1 étoile » dont les moteurs diesels datant d’avant 1997, y seront interdits.

Pour rappel, l’âge moyen auquel une voiture est envoyée à la casse en Belgique est passée de 12,9 ans en 2001 à 15,1 ans aujourd’hui. ll y a peut-être des pistes à creuser de ce côté, sans trancher un débat qui reste vif entre les défenseurs du moteur diesel et ceux qui le vouent aujourd’hui aux gémonies. Sans entrer dans trop de détails techniques, les premiers mettent en avant, en plus des rejets réduits de CO2, le meilleur rendement des moteurs diesels, l’influence réduite du type de conduite sur la consommation ou encore le rejet plus élevé en particules des moteurs essence à injection directe; les seconds rappellent que les moteurs essence à injection indirecte restent les plus nombreux, estiment que le rejet effectif de NOx des moteurs diesels est largement supérieur aux normes officielles Euro VI, en plus de rejets secondaires induits par les systèmes de dépollution (N 20, particules secondaires, ammoniac) et des problèmes de santé et de filtre déjà évoqués en milieu urbain justifiant à tout le moins une fiscalité moins favorable au diesel.

Quoiqu’il en soit, tout le monde s’accorde à dire que les nouvelles normes européennes vont dans le bon sens, et les données scientifiques auxquelles  les uns et les autres se référent ne sont en rien contradictoires sur une évidence au moins: la nécessité de réduire la pollution dans les villes et donc la pression automobile.

 

 

 

 

 

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s